ISABELLE, VALÈRE, LISETTE
Lisette, à Valère.
Vous voilà bien rêveur?
Valère.
Et j'ai sujet de l'être.
Aux yeux de mon ami je n'ose plus paroître. J'ai servi son rival. Je ne puis m'empêcher, Même devant vous deux, de me le reprocher. C'est une trahison dont j'étois incapable Si l'amour n'eût voulu que j'en fusse coupable.
Lisette.
Vous vous en repentez?
Valère.
Je m'en repentirois, Si je vous aimois moins. Mais enfin je voudrois Que vous déclarassiez le motif qui vous porte A marquer pour le Comte une amitié si forte.
Lisette.
Ce motif est très juste, et, quand vous l'apprendrez, Bien loin de m'en blâmer, vous m'en applaudirez.
Valère.
Je le veux croire ainsi; mais daignez m'en instruire.
Lisette.
Je l'ignorois tantôt, et ne pouvois le dire. Je le sais à présent, et ne le dirai point.
Valère.
Pourquoi vous obstiner à me cacher ce point? Quoi! faut-il qu'un amant vous trouve si discrète?
Isabelle, à Valère.
Mais c'est donc tout de bon que vous aimez Lisette?
Valère.
Je l'aime, et m'en fais gloire.
Isabelle.
Un tel attachement