PROPRIÉTÉS ANTISEPTIQUES ET MODE D'ACTION DU GLUTOL
Le glutol, combinaison chimique de la formaldéhyde et de la gélatine, agit par la mise en liberté de la formaldéhyde en présence des tissus, en présence du pus. C’est L. Schleich, de Berlin, qui, le premier, vérifia le fait. « Le but de mes expériences était de voir s’il n'existait pas un moyen de dégager dans l’intérieur de l’organisme l’aldéhyde formique de la gélatine formique et d'obtenir ainsi un procédé antiseptique dans lequel les cellules des tissus tireraient elles-mêmes leur antiseptique de la matière à elles offerte et qui nest ni antiseptique, ni vénéneuse.
« Mon point de départ a été d'introduire de la gélatine formique dans l'organisme animal (cavité abdominale du lapin). Je fis d'abord une suture d'intestin, puis J'introduisis dans la cavité abdominale un morceau de gélatine formique desséchée de la grosseur d’une pomme et l’y enfermai au moyen d’une suture. Le lapin continua de
vivre et se porta très bien pendant les six semaines et demie qui suivirent. Lorsque j'ouvris de nouveau l’abdomen je trouvai immédiatement sur la ligne de la suture, au inilieu d'une circonvolution intestinale, une Induration rayonnante de tissu conjonctif environ de la moitié de la grosseur du morceau de gélatine formique placé dans la cavité, et, à mon grand étonnement. je ne trouvai d'abord aucune trace du corps étranger dont j'avais pourtant, au début, reconnu expérimentalement la consistance. Qu'était devenue la gélatine formique?... Une incision à travers la couche de tissu conjonctif de néoformation m’eut bientôt éclairé.
«Je trouvai au centre de l'induration un noyau de la grosseur d'une noisette, mou, blanchâtre et en bouillie qui apparemment était le reste de la matière résorbée par les cellules du tissu. C'était véritablement surprenant : le péritoine, les leucocytes et les sécrétions du tissu conjonctif avaient dissous en peu de temps un corps qui hors de l'organisme avait montré une si grande résistance; mais il était plus surprenant encore qu'après l’introduction à laquelle j'avais procédé sans autre précaution dans l’abdomen du lapin, pourtant si prédisposé aux manifestations lymphatiques, il n’y eût aucune trace de dégénérescence caséeuse.
« Les masses centrales, de même que les rayonnements périphériques et les couches adhérentes à l'intestin et au péritoine, se composaient de tissus translucides et, çà et là, légèrement vascularisés. Ceci devait frapper quiconque a fréquemment expérimenté sur le lapin et sait combien il est difficile d'éviter cette fâcheuse tendance de l’organisme animal.
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J'ai renouvelé ces expériences, les étendant aux pigeons et aux chiens. J'ai introduit dans l’organisme animal des bactéries (staphylocoques, streptocoques, choléra des poules) mélangés avec de la gélatine formique après avoir constaté chaque fois, au moyen de prélèvements faits au hasard, que les cultures n'étaient nullement enrayées par la présence de cette poudre. Il est alors devenu évident que les quantités de poudre introduite étaient résorbées sans réaction spécifique d'aucune sorte de la part de l'organisme. (1) »
À. Gottstein (2) fit également des expériences confirmatives de la théorie de Schleich. Si l’on mêle du glutol à des globules de pus et qu’on filtre le liquide, on obtient la réaction caractéristique de l’aldéhyde formique, c’està-dire une coloration rouge intense par l'acide sulfureux fuchsiné,
Par quel processus se produit ce dégagement de la formaldéhyde contenue dans le glutol? L. Schleich et Gottstein se sont bornés à le constater sans pousser plus loin leurs recherches. Il nous semblerait en rappelant le pouvoir qu'a la pepsine en solution acide de digérer le glutol qu’un fait de même nature a lieu en présence d’une plaie. Des ferments d’origine variable, cellulaire ou microbienne, exerceraient sur la gélatine une action primitive de nature digestive, action d'où secondairement résulterait la mise en liberté de la formaldéhyde combinée à la gélatine. Assurément, jusqu'à plus ample informé il ne s’agit que d’une hypothèse, mais elle nous paraît rationnelle si on se rapporte aux travaux de Gottstein.
(1) C.-L. Sonreicn. — T'herapeulische Monatshefte, février 1896.
(2) Æxperimente mit glutol (Berlin, Alin. Woch., n° 14, 5 avril 1897).
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Il nous suffira donc pour avoir une connaissance exacte des propriétés du glutol d'étudier le pouvoir antiseptique de la formaldéhyde, son action en présence du terrain chirurgical et des éléments d'infection qu'il peut recéler, son mode d'action comparativement aux autres antiseptiques, l’iodoforme en particulier, la gélatine ne remplissant dans le glutol que le rôle d’un substratum d'autant plus négligeable qu’elle disparaît par résorption lors de la mise en liberté de la formaldéhyde.
L'étude du pouvoir antiseptique de la formaldéhyde a depuis une dizaine d'années donné lieu à de nombreux travaux dont M. G. de Marion (1) a fait une synthèse assez complète pour que nous y ayons puisé largement.
Les premières expériences sur le pouvoir antiseptique de la formaldéhyde sont dues à Trillat et remontent | à 1888. |
Depuis cette époque beaucoup de bactériologistes ont étudié la question. Citons Aronson, Stahl, Berlioz, Schmitt, Wortmann, Béchamp, Pottevin. Trillat (2) a déterminé la dose maxima capable d'empêcher la décomposition de l’urine, et dans une autre série d'expériences la dose stérilisante pour le bouillon.
À 1/50,000, la décomposition du bouillon subit un arrêt très marqué, la stérilisation complète est atteinte à la dose de 1/20,000. Valude obtient la stérilisation du bouillon de viande avec une dose de 16 milligrammes pour 1000 grammes, ce qui donne un coefficient de 1/62.500.
Constatons ici qu'en nous rapportant au tableau de
(1) Progrès médical, 1895.
(2) Journal de pharmacie, 1 juin 189%, p. b39.