VARIÉTÉS DU GOUDRON VÉGÉTAL AUTRES QUE LE GOUDRON DE PIN
A la suite du goudron de pin, ou goudron végétal proprement dit, exclusivement employé en France, j'ai placé l’étude de quelques autres variétés de goudron végétal qui n’ont, il est vrai, que peu ou pas d'importance pharmaceutique, mais qu’il ne m'était guère possible cependant de passer sous silence.
Quelquefois préparées spécialement, elles ne sont généralement que des produits accessoires obtenus dans la fabrication de l’acide pyroligneux, du gaz d'éclairage, etc.
Je les diviserai en trois groupes:
\ Goudron de genévrier.
Provenant de bois résineux....!
| Goudron de bouleau.
| Goudron de hêtre.
Provenant de bois non Has
Goudron de chêne. | Goudron de liège.
Provenances diverses. .........
| Goudron de marc de pommes.
à E.— Goudron de genévrier.
Ce goudron, plus connu sous le nom d'huile de cade, est fourni par la distillation du bois de l’oxycèdre ou cade, juni-
ES perus oxycedrus, L. (Conifères) arbre de petite taille, originaire des contrées qui avoisinent la Méditerranée.
L'huile de cade est très anciennement connue. Son histoire peut être divisée en deux époques bien distinctes: la première, dont les débuts remontent aux temps les plus reculés, est la période des longs tâtonnementset des expérimentations sans suite. On y voit l'huile de cade à l’état de remède populaire, transmis traditionnellement dans son pays d’origine; à peine de loin en loin et sans écho, quelques voix isolées s’élèvent du monde médical pour témoigner en faveurdeses propriétés. La seconde époque commence en 1846; c'est à partir de ce moment que, grâce à l'initiative d’un médecin d’Alais, Serre, l'attention s’éveille enfin sérieusement sur l'huile de cade, que les expériences se multiplient en prenant un caractère vraiment scientifique, et que l’on voit peu à peu le remède populaire s'élever à la dignité de médicament.
C’est surtout aux environs d’Alais que se fabrique l'huile de cade. Pour la préparer, on prend les troncs, les grosses branches et les racines des vieux genévriers, car les arbres jeunes ne fournissent point d'huile, et, après en avoir détaché l’aubier pour ne conserver que les parties rougeâtres du centre, on coupe ce bois en morceaux de 20 à 30 centimètres de long et on les met dans un vase distillatoire qui est tout simplement une vieille marmite de fonte percée sur un de ses côtés. Quand ce vase est complètement rempli, on le couvre avec une pierre plate que l’on lute avec de l’argile, et l’on allume du feu tout autour. Au bout de quelques heures, l'huile commence à descendre; elle coule par l'ouverture dans une rigole qui la conduit dans des bouteilles où elle est conservée; cent parties de bois ainsi traitées donnent environ trente parties d'huile.
Ainsi préparée, l'huile de cade est un liquide brunâtre, de la consistance d’une huile épaisse; elle est très inflammable,
HN VE son odeur est forte, résineuse, analogue à celle du goudron ou mieux de la viande fumée, mais plus désagréable; sa saveur est âÂcre, caustique; mise sur la peau saine, elle ne provoque ni douleur, ni démangeaison.
On substitue souvent à l'huile de cade, l’huile de goudron de pin qui lui est inférieure en propriétés, et très souvent l’huile de goudron de houille qui présente une composition chimique et des propriétés bien différentes. Il est done bien important que les pharmaciens soient certains de l’origine de leur huile de cade, car celle qui est falsifiée présente de nombreux inconvénients.
L'huile de cade est employée à l'extérieur comme parasiticide, et dans les affections cutanées de l’homme et des animaux; à l'intérieur, à la dose de 20 gouttes jusqu’à une cuillerée à café contre les affections vermineuses des enfants. On en touche aussiles dents cariées, afin d’en provoquer la chute.
Elle s'emploie soit pure, soit sous forme de pommade, mélangée avec des corps gras ou de la glycérine.
? HK.— Goudron de Bouleau.
Le goudron de bouleau est préparé en grande quantité en Russie, où il porte le nom de Dagget, avec l’écorce résineuse du Petula alba L. (Amentacées). Cette fabrication constitue la principale ressource de certains districts du gouvernement de Kostroma où elle est très répandue.
Voici comment on procède: au mois de mai, quand l’arbre est en pleine sève, on enlève son écorce extérieure blanche, sans toucher à l’écorce rougeâtre de dessous ; pour pratiquer cette opération, on abat généralement les bouleaux qui, vu le peu de valeur du bois dans ces contrées, demeurent sans
AT. ea emploi. L’écorce reste empilée dans la forêt jusqu’en décembre; à cette époque, on la transporte aux fourneaux de distillation qui sont constitués par de simples caisses quadrangulaires en tôle, mises en communication avec un tonneau en bois, dans lequel la condensation s’opère plus ou moins complètement. On dispose d'ordinaire ces fourneaux par batteries de 15 à 20 caisses. La distillation est commencée à un feu très modéré, puis activée peu à peu; elle dure environ 24 heures. |
À l’état de pureté, le goudron de bouleau est vert selon les uns, noir ou brun-noir selon les autres. On s'explique facilement cette divergence d'opinions en pensant à la difficulté qu'il y a de se procurer des échantillons purs, parce que, sur les lieux mêmes de sa production, on le mélange avec du goudron de Conifères, dont le prix est beaucoup moins élevé. Son odeur est agréable et empyreumatique; c’est à lui que le cuir de Russie doit son parfum spécial si recherché des amateurs. Sa densité est de 0,943; quelquefois, d’après M. Ewan (1), cette densité est moindre et l’aspect du produit varie avec elle. Voici les différentes variétés de goudron de bouleau admises par cet observateur:
1° Densité 0,941 couleur brun-rouge, odeur plus empy-
reumatique.
261 0,876 — rouge-brun.
3 — 0,871 — ambrée.
49 — » — noir, épais, bitumineux.
Soumis à la rectification, le goudron de bouleau fournit une huile légère qui renferme environ 1/15 d’un phénol particulier, possédant l’odeur du cuir de Russie; elle renferme en outre, une forte proportion de térébène. Les dernières portions, bouillant de 250° à 300°, présentent des effets de
(1) Pharm, Journ., 1883.
dichroïsme très remarquables: elles sont d'un rouge magnifique par transmission et d’un vert foncé par réflexion.
Le goudron de bouleau contient les principaux éléments du goudron de pin. La pyrocatéchine paraît s’y trouver, d’après Flückiger et Hanbury, en plus grande proportion que dans ce dernier; en revanche, il ne paraît renfermer ni acides, ni alcaloïdes; on n’y a pas trouvé non plus d’hydrocarbures benzéniques (Longuinine). On en extrait une essence jaune pâle (Huile russe, Huile ou essence de bouleau), acide, à odeur agréable, répondant à la formule C'°H'6, soluble dans l’alcool et l’éther, dissolvant les résines, se congelant en partie de — 16° à — 17%, se réduisant en vapeur à + 156°(1) et qui est livrée au commerce par les distillateurs de Leipzig.
Il est employé en médecine dans les affections de la peau. Maisch a proposé une dissolution de 1 p. de goudron de bouleau dans 3 à 4 p. d’alcool. Hager porte la proportion d'alcool à 10 p. pour 1 de goudron. On a enfin proposé de dissoudre 1 p. de goudron de bouleau dans un mélange d’alcool et d’éther (& 15 p.) aromatisé avec des essences de lavande, de rue et de romarin (& 0,4 p.)
La préparation des peaux est l'emploi le plus important du goudron de bouleau. C’estavec un mélange de suif et d’huile de bouleau que l’on corroie, en Russie, la plupart des vachettes et veaux destinés aux parties souples des chaussures ; mais le tannage préalable à l’écorce d’aulne étant fait par des procédés défectueux qui ne donnent que des produits peu résistants à l’usage et à l’humidité, c’est au moyen de l’essence de goudron de bouleau que l’on parfume, en tannerie, des peaux mieux préparées mais qui n’ont du cuir de Russie que l’odeur et le nom.
(1) Maisch., Amer Journ. pharm.. 1881, 55.
$S ELX. — Goudron de hêtre.
Parmi les bois non résineux employés à la fabrication du goudron, se trouve en premier lieu le hêtre, Fagus sylvatica L. (Cupulifères) dont le produit est surtout employé à la fabrication de la créosote.
On a publié sur cette variété de goudron d'importants travaux qui ont permis de commencer à voir clair dans cette question ; en voici le résumé :
Avant 200°,le goudron de hêtre ne fournit que peu de produits parmi lesquels se trouvent les hydrocarbures et dérivés méthyliques signalés dans le goudron du pin. Il paraît renfermer, en outre:
Phénol.
Crésol.
Alcool phlorylique.
Acide oxyphénique ou pyrocatéchine.
Dérivé méthylique de la pyrocatéchine ou gaïol.
Homopyrocatéchine.
Dérivé méthylique de l’homopyrocatéchine ou créosol.
Le mélange de ces divers corps constitue le produit connu et encore fréquemment désigné sous le nom de créosote. Is passent à la distillation de 200° à 230. |
Dans les appareils perfectionnés aujourd’hui employés en Russie, le bois de hêtre ne paraît pas fournir plus de 10 p.100 de goudron.
On s’en sert en Russie, en Moravie, en Angleterre et sur les bords du Rhin à la fabrication de la créosote.
Il n’a pas d'emploi médical.
PT
$S HV. — Goudron de chêne.
D'une fabrication très restreinte, ce goudron renferme surtout de l’acide pyroligneux, de la créosote, des hydrocarbures de la série dela benzine’et de la naphtaline.
? V.— Goudron de liège.
Les débris de liège provenant de la fabrication des bouchons ont été soumis à la distillation pour la préparation du gaz d'éclairage; ils ont donné des sous-produits dont M. Bordet à fait l'examen chimique (1).
Ces sous-produits se séparent en deux couches: l’une aqueuse, à réaction faiblement acide; l’autre constituée par un goudron rouge-brun foncé, très fluide.
Le liquide aqueux présente la plus grande analogie avec celui que l’on obtient dans la distillation du bois, car il renferme comme éléments principaux, de l’acide acétique et de l'alcool méthylique; mais il contient en plus une proportion considérable d’ammoniaque qui neutralise à peu près complètement l’acide. Comme éléments accessoires, se trouvent de l'acide cyanhydrique en proportions notables, des homologues supérieurs de l’acide acétique, parmi lesquels semble dominer l'acide propionique, enfin, une petite quantité de méthylamine.
Ce goudron est un peu plus lourd que l’eau, son odeur est particulière, beaucoup plus aromatique que celle du goudron de houille. Par le repos, il se débarrasse de l’eau à peu près
(1) Année scientifique 1881, 195.
DAT d'A entièrement, de sorte que son traitèment est très facile: il donne à la distillation les produits suivants:
Huile légère recueillie jusqu’à + 210°. 27
Hule lourde brune 16 00 Ne Al
Huile à fluorescence verte. ..... A 1W BAINS ARE SALE TOR 35 MO 0 LAURE MA LAR 44 100
Les portions les moins volatiles de l’huile légère, exposées au froid, abandonnent beaucoup de naphtaline. Cette même huile, traitée par la soude, n’éprouve qu’une faible diminution de volume; l’acide sulfurique n’exerce sur elle que peu d'action etne lui enlève presque rien. Après ces traitements, elle est constituée par un mélange de carbures aromatiques. La benzine et le toluène y sont surtout très abondants. Le goudron de liège contient au moins 4 p. 100 de benzine et 3 p. 100 de toluène. | L'huile lourde, traïtée par la soude, ne fournit qu’une petite quantité de phénol.
Enfin, l'huile à fluorescence verte, obtenue en poussant la distillation à un point supérieur à l’ébullition du mercure, est, comme la portion correspondante du goudron de houille, caractérisée par la présence de l’anthracène.
L'ensemble de ces résultats fait voir que, abstraction faite des gaz, la distillation du liège donne des produits analogues ha fois à ceux que fournit la distillation de la houille et à ceux qu’on obtient en distillant les bois durs, tels que le chène et le hêtre.
Le liège donne, en effet, comme le bois, de l'acide acétique æt de l'alcool méthylique, mais il ne fournit pas les séries remarquables de corps phénoliques et kétoniques, qui caractérisent le goudron de bois. Il donne d’ailleurs, comme la houille, de l’ammoniaque et des hydrocarbures.
20) de Le charbon obtenu dans cette distillation sert, comme matière colorante noire, sous le nom de noir d’Espagne.
2? VE.— Goudron de marcde pommes.
Quand on distille le marc de pommes, produit très abondant dans les pays à cidre, on obtient un gaz très éclairant, utilisé depuis quelques années, et un goudron jaune, noircissant rapidement à l'air; ce dernier possède une odeur de créosote; sa consistance est épaisse, mais il devient liquide et fluide à la température de 80°.
Soumis à la distillation, il donne, d’après Tissandier (1), les produits suivants :
Hate ne muet Det 90
It Bénzinen ii ME RER 1546
31 p. 100 d’essences, | Acide:phéniquets Eure 8 » à 15°Cartier. | Créosole re cr à L 3 »
! Carbures divers, pertes, etc. EP
| Elulesbarafinet er 4 5
PATATE Re RE Elo) Li OM ENTNU ES | CharoON léger "etre" 21 »
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En traitant ce goudron par l'acide azotique, à une chaleur modérée, Tissandier a obtenu un acide nouveau, jaune, doué d’un pouvoir colorant très intense et applicable à la teinture. Cet acide ne renferme que de l’hydrogène, du carbone et de l'azote; il ne doit donc pas être confondu avec l’acide picrique.
(1) Bull. soc, chim., 1866, t. v, p. 349.
| À PMR Pas plus que le précédent, le goudron de marc de pommes, = vu le peu d'importance de sa production, n’a d'emploi indus- triel. Ils ne sont, ni l’un ni l’autre, entrés d’ailleurs dans la pratique pharmaceutique.
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