CHALET
Les bijoux et les caprices coûtent cher. D'aucuns, amateurs d'opéra-comique, se contentent d'un chalet. On en construit en bois résineux, rougeâtre qui sont élégants et agréables. En les édifiant, iP faut avoir soin de faire passer au feu les extrémités de toutes les parties de la construction enfoncées dans le sol. Le bois devient ainsi absolument insensible aux changements atmosphériques. Un vernis spécial empêchera les champignons de s'implanter sur les parois, et les vers de s'y creuser des ermitages. Une préparation ignifuge, appliquée sur la surface, écartera tout danger d'embrasement. Cette précaution est indispensable, car on n'a pas l'électricité partout, et il faut compter avec le pire.
L'essentiel est de ne pas faire d'un chalet un joujou de Nuremberg. On atteint vite le ridicule. Les
petits balcons, les minuscules escaliers, les découpures sorties du même tour qui sert à fabriquer les bilboquets, tout cela est mesquin et a un petit air niais qui appelle inévitablement les plantes vertes en zinc colorié, et les boules de verre que je ne sais quel fantaisiste allait aux alentours de Paris <r chasser » chaque dimanche, à la sarbacane.
Un chalet peut et doit être grand. Alors il constitue, Tété, une habitation charmante. L'ornementation la plus surchargée ne choque plus. On a tout loisir d'enrouler aux balcons les arabesques les plus hardies, de faire de la rampe des escaliers une dentelle, de broder le toit et les fenêtres. Rien n'est interdit au grand chalet verni, pomponné, qui rappelle avec tout le confort moderne, la tente des ancêtres dressée tantôt ici, tantôt là, au gré, non du caprice, mais des besoins.
Comme la tente de feuillage ou de poil de chameau, le chalet est nomade. Facile à démonter, transportable ainsi qu'un simple colis, réédifié en un tour demain, il permet au pseudo-philosophe, émule de Bias, de changer de ciel, portant avec soi tout son bien.
Conclusion : point de chalet d'opéra-comique; mieux vaut la confortable demeure des Suédois et des Norvégiens.