BILLARD
Réservez à la salle de billard le style japonais, fantaisiste entre tous. S'il faut tout dire, ce sera commettre un grave anachronisme. Le billard n'est pas précisément un jeu qui fleurit dans les États du Mikado. Louis XIII, qui en raffolait, pourrait se fâcher de cette préférence.
Eh! mon Dieu, choisissez le Louis XIII, si vous ne l'avez déjà mis dans la salle à manger; mais je tiens pour assuré que le Japonais serait charmant. Vous aurez tôt fait de draper d'un obi le billard
GOUT DANS l'ameublement. Si
ventru du dix-huitième siècle, alBn qu'il ne détonne pas dans l'ensemble.
Le style que vous choisiriez hors de celui-là serait plus riche, assurément plus solennel, mais peu convenable à une pièce réservée au plaisir. Au milieu des conversations joyeuses, du bruit des billes d'ivoire, les oiseaux étranges aux ailes roses, qui volent sur une mer rose , dans un ciel de pourpre , ne seront pas dépaysés. De ci, de là, un kakémonos mettra sa note claire. Chaque coin aura son sourire grâce à Téventail bizarre, à la lanterne découpée qui rompront la monotonie des lignes et feront disparaître la grimace des angles droits. Les épais coussins, les larges sophas sont bien ceux qui conviennent à des gens occupés' à rire. Pourquoi entourer d'un cadre sévère des joueurs qui, dans le feu d'un « massé » difficile, jetteront l'habit à bas, afin d'avoir leurs mouvements plus libres?
Faites cette concession au modernisme.
Le modernisme vous guette partout. Vous avez mis des sièges Henri II ou Louis XIII dans votre salle à manger, et au lieu de tendre le cuir sur les quatre montants, sans plus, votre tapissier l'a posé sur un coussin confortable : mode anglaise, modernisme. Modernisme encore le goût des plantes vertes, des surtouts fleuris, qui est né sous les neiges