PARTIE MODERNE
pyramides la raison de la décadence des empires. Tous échapperont à la banalité ambiante, à Tétouffement de Thôrizon borné. Tous auront appris quelque chose, recueilli une idée neuve, une pensée.
En face de ce coin profane, j'en aurais un autre.
Les anciens avaient un autel réservé au culte journalier. J'imiterais leur sagesse. Le jour fini, les heures dépensées en mille soins divers, fatigué, parfois attristé, il fait bon se reprendre. Si je ne voulais que rêver, mon échappée dans Tautrefois me suffirait, mais quand j'ai besoin d'être soutenu, consolé, il me faut davantage.
J'ai donc, de l'autre côté de ma chambre, un second retrait. La baie est garnie de vitraux sombres : une lumière trop vive blesse l'âme fatiguée. Sur les murs, quelques doux aphorismes : « Rends le bien pour le mal », « Bienheureux ceux qui sont justes », « Bienheureux ceux qui pleurent, » etc. Au fond, une tenture de pourpre où se détacherait tout blanc un Christ; sur une colonne de chêne, une branche de lis. En face, une haute stalle à dais, devant laquelle serait un pupitre à pivot, mettant tour à tour sous ma main l'Évangile ou V Imitation.
Michelet assure que pour goûter Y Imitation ^ il faut avoir été vaincu, meurtri dans la bataille de la vie et que ce livre admirable est doux surtout à ceux qui
22i) LE GOUT DANS L'AMEUBLEMENT.
ont aimé, désaimé, puis aimé encore. Je crois que môme Tâme neuve y trouve une jouissance.
C'est donc dans ce coin que j'irais chercher la force. Rien ne distrairait ma pensée. La blancheur du Christ, la blancheur du lis animeraient seules l'ombre d'une clarté.
Conduisez dans cette ombre l'âme la plus ulcérée, ello aura un sursaut involontaire et, en dépit de ses résolutions, sortira apaisée.
Cependant, en l)as, dans l'atrium, mes enfants mèneraient tapage, et quand auraient pris fin, et ma prière et ma rêverie, je m'arrêterais, souriant, dans la galerie d'où je puis dominer leurs ébats. Mon cœur mieux disposé aux émotions chères serait alors plus doucement heureux.