CHAPITRE XV
là république est favorable a la paix surtout en france
Un chef de république sera moins porté à chercher querelle aux autres nations qu'un roi qui est un chef d'armée.
Les souverains européens portent toujours l'habit militaire ; ils ne paraissent en public que revêtus d'un costume de général, même quand ils ne sont point capables de conduire une armée. Le vêtement civil parait indigne d'eux. Jamais le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche ne se montrent qu'en uniforme.
Les rois s'occupent surtout de perfectionner les choses militaires et les engins de combat, fusils, canons et mitrailles, comme si l'art de détruire les hommes était le seul qui méritât leur attention. Ils sont en cela les continuateurs des rois anciens, qui étaient avant tout des guerriers; mais, dans nos sociétés fondées sur la paix, le travail et l'échange, ces rois guerriers forment un terrible contresens. Disposant de millions d'hommes, aspirant à s'illustrer ou à consolider leur trône par des victoires, jaloux les uns des autres, ils menacent constamment le repos du monde.
Le désarmement, dans les conditions actuelles, est une chimère; mais si tous les peuples de l'Europe disposaient de leurs destinées, comme ils n'ont aucun intérêt à se nuire, à s'enlever des provinces ou à ruiner leur commerce, ils ne tarderaient pas à imiter la Suisse et les États-Unis : ils renverraient les soldats à la charrue.
Je n'oserais dire que la république est une garantie assurée
de la paix; mais, généralement adoptée et organisée comme aux États-Unis, ''Ile diminuerait certainement les chances de guerre.
La république a pour la France, en ce moment, l'avantage de lui permettre une plus grande liberté d'action dans sa politique extérieure. La monarchie pourrait difficilement, sans compromettre sa popularité, comprimer les impatiences belliqueuses (Hic le désir de la revanche éveille de temps à autre, tandis que la république sera toujours libre d'attendre son heure, car elle n'a pas d'intérêt dynastique à sauvegarder, au prix d'une guerre intempestive. Étant le peuple constitué, elle n'a pas à taire de popularité.
Etranger et citoyen d'un pays neutre et pacifique, de par le droit européen, il ne m'appartient pas d'exprimer une opinion sur les revendications que la France peut tenter un jour ; mais ce que l'on doit dire, c'est que ceux qui, en ce moment, allument dans les cœurs la soif de la revanche font le plus grand mal à leur pays, car ils rendent presque impossible la tâche du gouvernement qui s'occupe à reconstituer les forces nationales, et ils le poussent à recommencer de nouveau la politique insensée de 1870.
Pour reconquérir la suprématie militaire, il ne suffit pas, comme les esprits superficiels le supposent, de perfectionner des mitrailleuses, de substituer le canon d'acier au canon de bronze ou l'obus percutant à l'obus à mèche. Il ne suffit même pas de décréter le service obligatoire pour tous ou d'étudier les mouvements tournants. C'est la discipline, le ressort moral, l'instruction dans tous les rangs, les secrets de la haute science militaire qu'il s'agit d'introduire partout, et c'est là une œuvre qui demande delà réflexion et du temps. Or si, pendant que le gouvernement y consacre tous ses soins, le public s'impatiente de ces lenteurs, si l'opposition, flattant les ardeurs devengeance du public, s'en fait une arme pour renverser le pouvoir, est-il un souverain qui puisse résister à des attaques de ce genre?
On a reproché à Louis-Philippe, sous le nom de paix à tout prix, la politique sensée qu'il faisait suivre à la France et qu'elle n'aurait jamais dû abandonner, et l'opposition radicale, aveuglément ou méchamment belliqueuse, a miné le trône, en