‹ Le gouvernement dans la démocratie (volume 2)Chapitre 81 sur 147 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

LA MON ARCH3E CONSTITUTIONNELLE EST LA PLUS DÉLICATE DES FORMES DE GOUVERNEMENT

La monarchie constitutionnelle, quand elle est pratiquée comme elle Ta été en Angleterre, sous la reine Victoria, et en Belgique, sous le roi Léopold Ier et sous son successeur, donne au pays le gouvernement de lui-même et garantit la liberté mieux que toute autre forme de gouvernement; mais ce régime excellenl exige de la part du souverain ou une indifférence complète ou un tact supérieur.

Si le roi est indiffèrent et ne s'occupe que de ses plaisirs, c'est le premier ministre qui gouverne et tout marche comme dans une république; mais si le souverain s'intéresse aux affaires et veut y intervenir, s'il a des visées, des plans, une politique qu'il veutimposer, alors il lui faut une habileté tout à fait exceptionnelle, pour réussir comme Léopold Ier et ne pas tomber comme Louis-Phiiippe.

Le rôle d'un roi constitutionnel n'est point du tout cette sinécure grassement rétribuée, mais humiliante, que Napoléon refusait, on sait en quels termes, des mains de Sieyès.

Bagehot, dans son livre sur la constitution anglaise, analyse avec une merveilleuse finesse tous les services que l'on peut attendre de cet te haute fonction ; mais il en fait voir aussi toutes les difficultés, bien plus grandes encore sur le continent qu'en Angleterre.

Si le souverain a une politique personnelle, il s'efforcera de la faire prévaloir. Il n'osera peut-être pas se mettre en lutte ouverte avec la représentation nationale, mais, usant des énormes moyens d'influence dont le pouvoir exécutif dispose, il fera tout pour que cette représentation soit composée au gré de ses désirs et pour qu'elle y cède. Il tentera d'étendre son

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