LA RÉPUBLIQUE EN FRANCE
dance de caractère, en un mot, préparé le pays au despotisme sanglant de la terreur au despotisme militaire de l'empire et à tous ses malheurs subséquents, parce qu'elle l'avait rendu impropre à se gouverner lui-même. La monarchie s'y est écroulée si souvent depuis la fin du siècle dernier, qu'elle a perdu tout prestige. Ce qui est plus grave, nul ne croit plus à sa durée. Elle ne semble donc plus offrir, même aux yeux de ses partisans, cette garantie de stabilité qui est son principal mérite.
Enfin, on pense généralement que les progrès de la démocratie doivent amener partout la république; et la prospérité inouïe de l'Union américaine fait espérer que l'Europe aurait le même sort si elle adoptait les mêmes institutions.
Il se trouve ainsi que la monarchie, en France, a des partisans tièdes, divisés, découragés, et des adversaires ardents, convaincus et entreprenants. Comment pourrait-elle subsister longtemps dans de telles conditions?
Il est une vérité que les faits récents démontrent et qu'il ne faudrait jamais perdre de vue, c'est qu'une nation déchirée par de profondes dissensions politiques ne peut lutter avec succès contre un État de force égale où les mêmes divisions n'existent pas.
D'abord, cette nation ne dispose jamais de toutes ses ressources, car le gouvernement doit en employer une partie à comprimer ses adversaires.
En second lieu, elle ne peut perdre une bataille sans risquer une révolution en face de l'ennemi, ce qui, jetant partout le trouble, désorganise nécessairement la défense.
Napoléon III vaincu ne pouvait rentrer à Paris : c'était la fin de la dynastie. De là cette expédition de Sedan, si étonnamment inepte qu'en Europe on ne pouvait y croire.
Supposons, au contraire, une victoire de la France en avant du Rhin. Dans les premiers huit jours, la Prusse s'y attendait, car il lui fallait quinze jours pour mobiliser son armée. Y aurait-il eu une révolution en Allemagne? Loin de là, la nation se serait serrée autour de son chef. Ce n'est pas à Berlin, c'est à Kœnigsberg qu'il aurait fallu conquérir la paix, et le roi aurait pu la signer sans perdre la couronne.
Entre deux souverains, dont l'un ne peut subir un revers
sans compromettre sa dynastie, et dont l'autre peut compter sur l'appui de ses sujets dans le plus extrême malheur, les chances ne sont pas égales.
A génie militaire de môme force, le second fera mieux la guerre que Le premier. Voyez Frédéric II pendant la guerre de Sept ans. Vers la fin, il perd bataille sur bataille, son royaume es! envahi, sa. capitale prise; néanmoins il fait une paix honorable el garde la Silésie : il n'avait rien à craindre des factions. En 1813, Napoléon sacrifie ses armées et ne sait point accepter la paix avantageuse qu'on lui offre : il ne pouvait rentrer dans Paris avec un prestige diminué.
Un pays dont la forme de gouvernement a pour adversaire un parti puissant ou dont l'ordre social est troublé par des lu Iles de classe n'est pas en mesure de mener à bien une grande guerre. La Révolution française n'a vaincu les armées étrangères que grâce à l'extrême mollesse et aux divisions des souverains étrangers.
Si la France rétablit la monarchie, elle sera toujours en ce point inférieure à la Prusse, car la Prusse est un pays monarchique, où la maison royale, populaire parles services rendus, peut longtemps encore compter sur l'appui de tous.
Les Français, au contraire, ont tellement perdu le sentiment monarchique, — la « loyauté», comme disent les Anglais, — que les légitimistes même ne le connaissent plus. La république peut rendre la force à la nation, en rétablissant l'accord de tous.
C'est pour un pays un avantage très grand d'avoir conservé une dynastie ancienne, que le respect environne, mais à qui on a enlevé toute puissance de nuire, comme en Angleterre. C'est un avantage principalement pour l'avancement des classes populaires, but final que poursuivent les républicains. Voici comment.
République ou monarchie constitutionnelle se valent à peu près, et tout homme réfléchi avouera que ce n'est pas la peine de se battre pour avoir l'une plutôt que l'autre. Cependant si cette question est soulevée par la chute du trône, toute l'attention s'y portera. Les partis lutteront sur ce point. Des efforts énormes seront consacrés à amener le triomphe de l'une ou de l'autre de ces formes de gouvernement, et cette lutte est sté-