LES CITOYENS DOIVENT SE GOUVERNER
emprisonner les traîtres et les partisans de l'ancien régime, voilà comment on a voulu fonder en France les institutions républicaines.
Les anciens n'avaient pas l'idée de la liberté individuelle telle que les Anglo-Saxons l'ont reçue de leurs ancêtres, et telle qu'ils l'ont consacrée dans leurs lois. En Grèce, comme à Rome, le citoyen était tout entier aux mains de l'État, mais la liberté existait, croyait-on, quand tous prenaient part au gouvernement. La science politique ne consistait pas à garantir les droits des individus, mais au contraire à les plier au service de la cité.
L'Anglo-Saxon veut ne pas être gouverné, le Grec voulait gouverner à outrance, pour atteindre le but posé à l'Etat.
Laissez faire chacun, dit le premier, et tous seront aussi heureux qu'ils peuvent l'être, ce qui est la fin pour laquelle la société existe.
Emparez-vous de chacun, dit l'autre, ou l'ordre véritable ne s'établira jamais. En ce point, les républicains français ont pensé et agi comme les Grecs, et c'est ainsi qu'ils ont deux fois tué la république.
L'homme moderne, quelque maté qu'il soit par le despotisme et par la lassitude de ses vaines tentatives d'émancipation, ne peut se soumettre à ce régime antique : il résiste, des mécontentements se font jour, des minorités lèvent la tête. Le pouvoir ne peut le tolérer; il veut anéantir toutes les résistances; sa sévérité même en provoque de nouvelles; la lutte s'engage, et, après qu'elle a abouti à La guerre civile, la République s'écroule, sous le poids des désordres qu'elle a enfantés.