LA RÉPUBLIQUE S'SMPOSE A LA FRANCE QU3 Y EST PEU PRÉPARÉE
La république est la forme de gouvernement où la nation intervient, de la façon la plus complète, dans la direction des affaires publiques, car elle nomme les dépositaires de l'autorité suprême, ceux qui exercent le pouvoir législatif et exécutif, et elle ne leur délègue qu'un mandat à court terme. C'est donc la nation qui détermine la marche à suivre et qui décide ainsi de ses destinées.
Pour qu'un semblable régime donne de bons résultats et permette à un pays de vivre et de se développer, il faut que le peuple, de qui tous les pouvoirs émanent, par la voie d'élections souvent renouvelées, soit capable de faire de bons choix, et, pour qu'il puisse faire des bons choix, il faut qu'il ait une certaine habitude de suivre les affaires publiques, et assez de lumières, non pour se faire une opinion sur les différentes questions politiques, mais au moins pour se rendre compte, en gros, de la direction qu'il faut prendre, et pour discerner quels sont les hommes les mieux faits pour marcher dans ce sens avec sagesse et dans l'intérêt bien entendu de leur commettants. Évidemment, ce n'est qu'à cette condition que la république peut donner à un pays la sécurité, la prospérité, la grandeur.
On s'est souvent demandé si le peuple français possédait les aptitudes que nous venons d'indiquer.
Môme à l'époque, hélas ! trop courte où il a pu choisir librement une Chambre investie de toutes les prérogatives parle-
mentaires, il était soumis, dans tous les actes de sa vie publique et privée, à une tutelle administrative si omnipotente et si universelle, qu'il n'a guère pu se préparer à la tâche difficile de se gouverner lui-même.
1) autre part, jusqu'en ces derniers temps, des différents pouvoirs qui se sont succédé en France, aucun n'a compris qu'il fallait, à tout prix et à bref délai, répandre dans toutes les classes les connaissances qui sont indispensables à un peuple, auquel on n'a pas craint d'accorder le périlleux droit de nommer, par le suffrage universel, un Parlement omnipotent, ou qu'il fallait, au moins, lui donner ce degré élémentaire d'instruction, que même des rois absolus avaient cru devoir accorder à leurs sujets, dans un pays voisin.
Ainsi, peu de lumière et nulle habitude du self-government chez le peuple, beaucoup d'appréhensions et d'idées rétrogrades chez le parti conservateur, des traditions de despotisme et de violence chez le parti républicain, enfin une dangereuse hostilité de classes, voilà certes des éléments qui ne rendent pas facile l'établissement d'une république stable en France.
D'autre part, la restauration d'une monarchie durable offre, semble-t-il, de plus grandes difficultés encore. La proclamer serait peut-être aisé. Il suffirait probablement d'un vote de la Chambre ou d'un coup d'État appuyé par l'armée; mais combien de temps une monarchie ainsi restaurée pourrait- elle résister aux intrigues des bonapartistes, disposant d'une partie de la presse et abusant de la crédulité des campagnes pour leur faire regretter l'âge d'or de l'Empire, aux exigences du clergé réclamant une expédition à Rome et des lois théocratiques, aux républicains agitant les villes et les ateliers, au moyen de la question sociale, et se servant sans relâche de cette arme d'opposition, presque irrésistible, que leur offrirait le désir si général de la revanche contre l'Allemagne?
Un souverain qui voudrait résister aux impatiences belliqueuses et aux illusions de la vanité nationale qu'on soulèverait contre lui, serait perdu; il tomberait sous le poids de l'impopularité.
Le renversement de la république conduirait donc à une nouvelle guerre extérieure, avec la perspective d'une révolution sociale, au moindre échec, comme en 1870. L'enchaînement