AUX GARDES NATKISALES DE PARIS
<t Citoyens,
» Vous nous aviez chargés d'organiser la dérease de Paris et de vos droils.
i( Nous sommes convaincus d'avoir rempli celte mission. Aidés par voire généreux courage et votre admirable sang-froid, nous avons chassé le gouvernement qui nous trahissait.
a A ce moment, notre mandai est expiré, et nous vous le rapportons, car nous ne prétendons pas prendre la place de ceux que le souille populaire vient de renverser.
0 Préparez-vous et faites de suile vos élections communales, et donnez-nous pour récompense la seule que nous ayons jamais espérée ; celle de vous voir établir la seule vraie Itépublique,
<< En attendant, nous conservons, au nom du peuple, l'Hdlel de ville.
'I Le Comité central de la garde nationale.
« LE COMITf CENTRAL DE LA GARDE NATIONALE^
« CoDsidérant
« Qu'il y a urgence de constituer immédiatement Tadminisiration communale de la ville de Paris,
tf Arrête :
« i^ Les élections du conseil communal de la ville de Paris auront lieu mercredi prochain, 22 mars.
« 2* Le vote se fera au scrutin de liste et par arron- ^saement. '
« Chaque arrondissement nommera un conseiller par dfliqiw vingt mille habitants ou fraclion excédante de plus de dix mille.
ir 3* Le scrutin sera ouvert de huit heures du matin à six heures du soir. Le dépouillement aura lieu immédiatement.
« 4* Les municipalités des vingt arrondissements sont chargées^ chacune en ce qui la concerne, de l'exécution du lU'ésent arrêté.
« Une affiche ultérieure indiquera le nombre des conseillers à élire par arrondissement.
« Hôtel de Tille, Paris, le 19 mars 1871. »
(( Le Comité central de la garde nationale. »
La journée du 20 mars fui encore signulée par une lulle oratoire entre l'insurrection et !e gouvernement légal. On lisait dans le Journal officiel de Versailles :
«Hior, 19 mars, ont été envahis à Paris les bureaux du Journal officiel, dont le personnel s'était transporté, avec les archives, è Versailles, aupri^s du gouvernement et de l'Assemblée nationale. Les envahissseur se sont emparés des presses, du malériel et mi>mc des arlieles officiels et non orOciels composés et restés dans l'alelier. C'est ainsi qu'ils ont pu donner à la publication de leurs actes une apparence régulière, et tromper le public de Paris par un faux journal du gouvernement de la France, h
A la suite de cet avis au public, venait celte longue explication des Tails accomplis :
a Le gouvernement n'a pas voulu engager une action sanglante, alors qu'il y était provoqué par la résistance inallendue du Comité central de la garde nationale. Celte résistance, habilement organisée, dirigée par des conspirateurs audacieux autant que perRdes, s'est traduite par l'invasion d'un (loi de gardes nationaux sans armes et de population se jetant sur les soldais, rompant leurs rangs el leur arrachant leurs armes. Entraînés par ces coupables excitations, beaucoup de militaires ont
umblié leur devoir. Vainemeot aussi la garde nationale «fiii-elle été convoquée; pendant toute la jouruée, elle n'a para sur le terrain qu'en nombre insignifiant.
« C'est dans ces conjectures graves que, ne voulant pas livrer une bataille sanglante dans les rues de Paris, alors surtout qu'il semblait n'être pas assez fortement soutenu parla garde nationale, le gouvernement a pris le parti de se retirer à Versailles près l'Assemblée nationale , la seule représentation légale du pays.
« En quittant Paris, M. le ministre de l'intérieur a, sur la demande des maires, délégué à la commission qui serait nommée par eux le pouvoir d'administrer provisoirement la ville. Les maires se sont réunis plusieurs fois sans pouvoir arriver aune entente commune.
a Pendant ce temps, le Comité insurrectionnel s'installait à l'HAtel de ville et faisait paraître deux proclamations, l'une pour annoncer sa prise de possession du pouvoir, l'autre pour convoquer les électeurs de Paris dans le but de nommer une assemblée communale.
« Pendant que ces faits s'accomplissaient, le Comité de la rue des Rosiers, à Montmartre, était le théâtre du criminel attentat commis sur la personne du général Lecomte et du général Clément Thomas, lâchement assassinés par une bande de sicaires. Le générai Chanzy, qui arrivait de Bordeaux, était arrêté à la gare d'Orléans, ainsi que M. Turquet, représentant de l'Aisne.
(c Les ministères étaient successivement occupés; les }:ares des chemins de fer envahies par des hommes ar-
mes, se livrant sur les voyageurs ù des perqaïsitioiisir* bilrairps , mettant en élal d'arrestation ceux qui leur pimissaient suspects , désarmant les soldats isolés, ou fv corps, qui voulaient entrera Paris. En même temps, plusieurs quartiers se couvraient de barricades années de pièces de canon, et partout les citoyens étaient exposéi à toutes les exigences d'une inquisition militaire dontS est impossible de deviner le but.
(1 Ce honteux état d'anarchie commence cepeDdant i émouvoir les bons citoyens, qui s'aperçoivent trop t»rd de ia faute qu'ils ont commise en ne prêtant pas de suite leur concours actiT au gouvernement nommé par l'Assemblée. Qui peut, en erfet, sans frémir, accepter les conséquences de celte déplorable sédition , s'abatlaot sur la ville comme une tempête soudaine , irrésistible , iiwip]icable?Les Prussiens sont à nos portes, nous avons traité avec eux. Mais si le gouveraemeat qui a signé les conventions préliminaires est renversé, tout est rom|Hi. L'état de guerre recommence, et Paris est fatalemeal voué à l'occupation.
«Ainsi sont frappés de stérilité les longs et douloureux efforts à la suite desquels le gouvernement est parvenu ft éviter ce malheur irréparable; mais ce n'est paslooL Avec cette lamcnlablc émeute, il n'y a plus ni crédit, ai travail. La France, ne pouvant pas s-itisfaire h ses tagagements, est livrée à l'ennemi, qui lui imposera sa dure servitude. Voilà les fruits amers de la folie criminelle de quelques-uns, de l'aliandon déplorable des autres.
•■ 11 est temps encore de revenir à la raison et de Te< prendre courage. Le gouveniement et l'Assemblée ne désespèrent pas. Ils font appel au pays, ils s'appuient sur lai, décidés à le suivre résolument et à lutter sans faiblesse contre la sédiliou. Des mesures Énergiques vont ^tre prises; que les départements les secondent en se groupant autour de l'autorilé qui émane de leurs libres suffrages. Ils ont pour eux le droit, le patriotisme, la décision : ils sauveront la France des horribles malbeurs, \ qui l'accablent.
n Déjà, comme nous l'avons dit, la garde nationale de Paris se reconstitue pour avoir raison de la surprise qui loi a été faite. L'amiral Saissot, acclamé sur les boulenrd», a été nommé pour la commander. Le gouverne- j ment est prêt à la seconder. Grâce à leur accord , les fac-. I tieox qui ont porté à la République une si grave atteinte, tcroDt forcés de rentrer dans l'ombre; mais ce ne sera pas sans laisser derrière eux, avec les ruines qu'ils ont fiiles, avec le sang généreux versé par leurs assassins , la preuve cerUine de leur aftilialion avec les plus détestables agents de l'empire et les intrigues ennemies. Le jour de la justice est prochain. Il dépend de la fermeté if tous lea bons citoyens qu'elle suit exemplaire. »
Le même jour, à la même heure, le Journal officiel de i'io^urrection publiait ces trois chefs-d'œuvre littéraires, qui méritent bien de passer i la postérité :
R Paris, depuis le 18 mars, D'sd'uulre gouvernement que celui du peuple : c'est le meilleur.
a Jamais révolutioD ne s'est accomplie dans des conditions pareilles à celles oti nous sommes.
n Parisest devenu ville libre.
a Cette puissante centnilîsalîon n'exisle plus.
« La monarchie est morte de celle constatation d'impuissance.
« Dans celte ville libre , chacun a le droit de parliT, sans prétendre influer, en quoi que ce soil, sur tes destinées de la France.
« Or, Paris demande :
a 1° L'élection de la mairie de Paris ;
«2° L'élection des maires, adjoints et conseillers municipaux de la ville de Paris;
« 3* L'élection de tous les chefs de la garde nationale . depuis le premier jusqu'au dernier;
a 1° Paris n'a nullement l'intention de se séparer de lu France; loin de là : il a souffert pour elle l'empire, le gouvernement de ta défense nationale, toutes leurs trahisons et toutes leurs tachetés. Ce n'est pas, à coup sûr, pour l'abandonner aujourd'hui, mais pour lui dire, en { qualité de sœur aînée : Soutiens-toi toi-œâmc comme je me suis soutenue; oppose-toi ù l'oppression comme jf m'y suis opposée! "
« oœirri cbhthal.
c< Citoyens y
t En quittant Paris, ie pouvoir qui vient de crouler ^s ie mépris populaire a paralysé, a désorganisé tous ks services publics.
0 Une circulaire a enjoint à tous ses employés de se fendre à Versailles.
« La télégraphie, ce service utile entre tous dans ces moments de crise suprême, de rénovation, n'a pas été oubliée dans ce complot monarchique. Tous les services, Umies les communications avec la province , sont interromfutt. On veut nous tromper. Tous les employés supérieurs ei beaucoup de subalternes sont déjà à Versailles.
« Nous signalons au peuple de Paris ce procédé criminel. C'est une nouvelle pièce à charge dans ce grand procès entre peuples et rois.
c En attendant et pour consacrer tout entières à l'œuvre da moment les forces qui nous restent, nous suspendons, à partir d'aujourd'hui, le service de la télégraphie privée dans Paris.
i Le Comité central de la garde nationale a convoqué pour mercredi prochain, 22 du courant, les électeurs des vingt arrondissements dans leurs comices, afin de nommer le conseil communal de Paris.
a Tous les citoyens comprendront l'utilité et l'impor-
tance de ces éleclions, qui assureront d'uae manière régulière tous les services publics et l'administration de la capitale, dont le besoin est si urgent dans les graves circonstances présentes.
« En votant pour des républicains socialistes connus, déïonés, intelligents, probes et courageux, les électeurs parisiens assureront non- seule ment le salut de la capitale et de la République, mais encore celui de la France.
ic Jamais occasion aussi solennelle et aussi décisive ne s'est présentée pour le peuple de Paris; il tient son salut dans ses mains; du vote île mercredi procliain dépend son avenir.
•I S'il suit le conseil que nous lui donnons, il est sauvé; s'il vote pour des réactionnaires, il est perdu.
'c II ne peut donc hésiter : il donnera une nouvelle preuve d'inlelligence et de dévouement en consolidant à jamais par son vote lu Itépublique démocratique. >>
Cependant, l'Assemblée nationale se réunissait à Versailles, et dès le lendemain, 3t mars, adressait solennellement au peuple et à l'armée une proclamation dont voici l'exorde :
« Le plus grand attentat qui se puisse commettre diez un peuple qui veut être libre, une révolte ouverte contre la souveraineté nationale, ajoute, en ce moment, comme un nouveau désastre à tous les maux de la pairie.
E— 99 — iminels, des insensée, au lendemain de nos nnd l'étranger s'éloignait h peine de no:< diamps ravagés, n'ont pas craint de porter dans ce Paris, qu'ils prétendent honorer et délendre. plus que le désoi'dre et la ruine , le déshonneur ! m
^■]>a séance de l'Assemblée du 21 mars est trop remar'1
^Ôable à tous égards pour que nous n'en donnions paai
□ne analj'se succincte.
Le général Trocbu monte, le premier, à la tribune, e^V dépose une proposition tendant à faire déclarer que le meurtre de Clément Thomas provoque un deuil public et que la France adopte la famille du général Lecomte. M. Thiers succède au général Trochu. Il fait appel à l'union, au calme, au respect de toutes les opinions contre n te parti du brigandage. «, contre « les scélérats
* qui ont versé dans Paru le sang le plus innocent et le
* plut pur i>, qui, après l'assassinat de Lecomlcetde Clémenl Thomas, viennent d'arrêter le général Chanzy, de condamner à mort l'amiral Saisset et le républicain Scliœlcher. n On demande pour Paris, dit l'orateur, le droit commun eu ce qui concerne l'administration | municipale. Par le droit commun, entendez-vous que J Paris élira ses représentants, que Paris fera ses arfairesj loi-m^me? Oui, si vous entendez par droit commuaj celle pensée-là, c'est la nâlre. Mais voulez-vous dira 1 qne Paris sera gouverné comme une ville de 3,000 | Imes? Vous êtes trop raisonnables pour le désirer..
Nous vous demandons le temps nécessaire pour qU l'on combine les dUposilions législatives au moyen quelles Paris pourra, sans danger pour le pays, et ans danger pour Iui-m/!me , administrer ses piopres aftaira. Mais si Paris prétendait, sous une forme qu'ancnil gouvernement n'admettrait, non pas seulement se reih dre maître de ses arfaires, mais s'exposer à Cire escliw des factions, nous aimons trop Paris pour le mettR dans une situation pareille... Donnez-nous quelqo» jours, et Paris sera en possession de lui-mâme. Mais, auparavant, il faut qu'il ne soit plus au pouvoir des factions. »
Après cette dcclaralion , M. Thiers exposa clairemeal les faits qui venaient de se produire et d'amener la translation du gouvernement à Versailles. » On nous promettait, dit-il, de nous rendre les cent bouches à feu mis» en batterie à Montmartre , et qui ne menaçaient plus ks Prussiens, mais la population parisienne clle-m6me.
« Nous avons attendu quinze jours avant de chercber à rentrer dans l'ordre et la légalité; quand nous aront enfin réclamé les pièces, on nous les a formellement refusées. C'est que nous avions alfaire à des bomme» qm n'écoutent rien, que rîen ne satisfait; qu'on ne saorail, par aucun moyen, se concilier. Nous avons voulu faire 4;esser celle situation et n quant à moi, d dit l'orateur, Il j'aime mieux avoir élé vaincu que de ne pas avoir rua^i i( de les cembatlre. » Nous avons donné des ordres approuvés par les militaires; les hauteurs de Montmartre
ont été enlevées lésolûment; muis les TacLieux se sont bienidt jetés au milieu de nos attelages d'arlilleiie, et , alors, submergées au milieude tant d'hommes, de femmes ri d'enfants, nos troupes ont hésité!... Fallait-il les laisser ainsi noyées dans les flots d'une multitude afTolée? Je , ies ai fait revenir sur la rive gauche de la Seine, à l'abri ^Mft iDUt contact dangereux.
^V «Avant d'abandonner Paris, le généra! d'AurcUede Pa- ^Bdtnes a dit ii la garde nationale : a Trouvez-moi 10,000 ^ÊSt Acmmef qvi viennent combattre avec les trovpci afin de t ■ '""' bU^ faire comprendre leur devoir, n Car, dans des situations semblables, pour que des troupes voient clair dans ce qu'elles font, il faut que des citoyens ne portant pas le même uniforme soient au milieu d'ellL's... Le général d'Aurelle ne trouva pas plus de concours que n'en devait trouver l'amiral Saissct... faris nous laist*il seuls; il nous fallait songer à la France!... Alors, je me suis dit que, malgré les calomnies, malgré les maniai* jugements, il ne fallait pas avoir une révolution de Mt.... que, si Paris était perdu, il ne s'ensuivait pasquela France dfit l'être aussi, et, en m^me temps, sa souveraiittUi nationale...
H^ ■ Alors, résolument, et à tous risques, nous avons I donné l'ordre de faire une retraite.
" C'csl grâce à cette résolution que l'armée de Paris et -es chets ont été sauvés, et que vous avez pu trouver ici un lieu sûr pour parler au pays.
■ Nous ne voulons pas attaquer Paris, nous voulons qn'il
— loi —
e et revienne à la raison , car il cmI dans rairea-| ^'nt. Quand il ea sera là, qull ne soii)^ra pli miner la France, il trouvera nos bras ouverts, inab il bol d'abord qu'il ouvre les siens!... "
Ce que M. Thiers ne disait pas, ce qu'il ne pouvait pu dire, c'est que, en réalité, il Tenait de battre en rclrdle devant les progrés de la secte socialiste, de l'intenationale et de l'étranger. Les agents de ces trois piiissanca occultes étaient manifestement le.s maîtres de Paris. Ik j menaient l'émeute , agitant dans tes meilleures maisani les spectres de la Terreur, et portant la torche incendiaire sous le comptoir d'élain des mantroqueti du peuple. Aprn avoir échoué le 21 septembre, les 8 et 31 octobre I8ï0; après s'être, au 22 janvier IS7I , reliréi^ l'oreille astei basse, ils venaient enfm de réussir!... En se transférante Versailles, après la journée du 18 mars, le gouvenieme&l laissait l'ennemi dans le vide; il rompait d'une semelle afin de le combattre, après avoir pris toutes disposiliotH pour un retour offensif.
M. Jules Favre prit à son tour la parole. Son discoun refléta celui de M. Thiers, mais il s'en distingua par quelques traits ah se reconnaît la manière du maître, u Cest i l'unaniinité, dit-il, que la presse de Paris proteste contre les coupables attentats dont la capitale est victime... Quand on vous dit qu'un acte de votre souveraineté, relative à la constitution de la Commune , pourrait déunner des passions iiidigiies, ou se ti-ompe. *i Je rwtginit tà V j'étais dans la ■nicessUé de vovs réfctrr les »i
m les outrages que ces ennemis du bien public répandent
- Ir mr FoMioriié légitime issue du suffrage universel . met- : « immt au-^dessus d'elle je ne sais quel idéal sanglant et c rapaee... »
«Cequ'ona voulu, c'est ud essai de cette doctrine funeste qnif en philosophie, peut s'appeler Tindividualisme, ou ie matérialisme, et qui, en politique, s'appelle la République an-dessos du suffrage universel... Qui ne se rappelle la Ed>Ie des Membres et de l'Estomac?... Paris affîche la prétention de vivre seul, de se séparer du reste de la nation. C'est une erreur politique, économique et sociale; c'est une hérésie! Paris veut imposer sa domination à la France; il veut la guerre civile ouverte, audacieuse, accompagnée du meurtre lâche et du pillage dans l'ombre!... »
Paroles magnifiques, mais qui semblaient, à bon droit, étranges dans la bouchede M. Favre, l'un desorganisateurs du coup ds main du 4 septembre, l'un des hommes qui avaient imposé à la France le caprice d'une dizaine de députés de Paris, présidés par un général.
La péroraison du ministre des affaires étrangères fut, d'ailleurs, tout à fait imprévue, a Si un reproche peut nous être adressé, dit-il, c'est celui d'une excessive mollesse pradant le siège. Je me suis trompé en conservant les armes à la garde nationale, « J'en demande pardon à Dieu a ei aux hommes ! »
Toute confession, assurément, a le droit de se faire entendre, mais la confession publique est-elle bien un acte d'humilité? Nous avons écouté volontiers ce cri de l'âme
de M. F«vTe; mais, vraimenl, nous ne saurions l'abi des erreurs el des fautes qui ont failli perdre la Fraoct. Comme le disait l'orateur, le sort de Pans, et celui du pays lui-même, était entre les mains d'une gardcnationalesrjue erfrénée, dont le comité central s'arroge.iîl U direction. Pendant que la presse parisienne protestait, et que la Foule parcourait les boulevards aux cris de : (( Vive le gouvernement ! à bas les comités! à bat Itt atraisins! » le pouvoir insurrectionnel afliclmil tranquillement sur les murs :
a Le Comité central de la garde nationale est décidé i respecter les conditions de la paix.
« Seulement, il lui parait de (ouïe justice que les acteurs de la guerre maudite doul nous soulTrons solûssent la plus grande partie de l'indemnité imposée parnosîmpiloj-ables vainqueurs,
H Signé : Grèuer,
" Délégué à l'intérieur. »
Les électeurs avaient été convoqués pour le 33 mars, à l'effet de nommer un conseil municipal exempt de préjugés réactionnaires. Les maires et les députés de Paris, croyant pouvoir arrêter celle convocation illégale rédigèrent aussi, maïs bien inutilement, leurs petites proclamations :
« Les maires el adjoints de Paris, el les représcolarts de la Seine, font savoir à leurs concitoyens que l'As-
liée nationale a, dans sa séance d'hier, voté l'urgeoce projet de loi relatif aux élections da conseil manici-
fd de la ville de Paris.
« La garde nationale, ne prenant conseil que de son
patriotisme, tiendra à honneur d'écarter toute cause de
conflit, en attendant les décisions qui seront prises par
PAssemblée nationale.
« Vive la France ! vive la République I »
« La patrie sanglante et mutilée est près d'expirer,
et nous, ses enfants, nous lui portons le dernier coup !
. L'étranger est à nos portes, épiant le moment d'y entrer
en maître, et nous tournerions les uns contre les autres
nos armes fratricides I
a Au nom de tous les grands souvenirs de notre malheureuse France, au nom de nos enfants, dont nous détruirions à jamais l'avenir, nos cœurs brisés font appel aux vôtres.
Cl Que nos mains s'unissent encore comme elles s'unissaient durant les heures douloureuses et glorieuses du siège I Ne perdons pas, en un jour, cet honneur qu'avaient gardé intact cinq mois de courage et de constance sans exemple I
« Cherchons, citoyens, ce qui nous unit et non ce qui nous divise.
« Nous voulions le maintien, l'afTermissement de la grande institution de la garde nationale, dont l'existence est inséparable de celle de la République :
— iOG —
n Nous l'aurons.
M Nous voulions que Paris relrouvâl sa liberté municipaie, si longtemps coiifisquéL- par un arrogant desj tisine :
Il Nous l'aurons.
« Vos vœux ont élé portés à l'Ass(?mbiiie nationale par vos députés : l'Assemblée y a satisfait par un vote unanime, qui garantit les élections municipales, sous bref délai, à Paris et dans toutes lescommunesde France.
a En attendant ces élections, seules légales et régulières, seules conformes aus vrais principes des institutions républicaines, le devoir des bons citoyens est de ne pas répondre il un appel qui leur est adressé sans titre et sans droit.
(c Nous, vos représentants municipaux; nous, vos députés, déclarons donc rester entièrement étrangers aux élections annoncées pour demain, et protestons contre leur illégalité.
Il Citoyens, unissons-nous dans le respect de la loi, et la patrie et la République seront sauvées.
« Vive la France ! vive la République ! 'i
Le Comité central, groupe d'inconnus derrière lesquels se cachaient d'inipovlants personnages, n'en persista pas moins dans sa résolution de faire procéde^ aux élections municipales. Il lui fallait un pouvoir légal , incontesté, et pour aflîrmer sa force, pour uianifesler son audace, il était capable de tout.
LajoarDée du ââ mars, journée de sang elde deuil, fut Hmllée par les assassinats de la place Vendôme; et les Éhitints de Versailles frémirent d'indignation quand ils loKnt ce qui suit dans le Journal officiel :
% Aujourd'hui, vers une heure et demie, quatre mille personnes environ, parmi lesquelles des mobiles et des (tfdes nationaux sans armes, descendaient la rue de la Fùz, aux cris de : a Vive la République ! vive TAssemc blée I » Un homme portant un drapeau marchait en tête. A la hauteur de la place Vendôme, la colonne se heurta contre des gardes nationaux des bataillons insurrection- Bds, qui lui barrèrent le passage. Bientôt une force assez considérable se massa sur la place.
« La colonne veut passer outre. Les insurgés chargent leurs armesy^font feu, et trois décharges successives atteignent une quinzaine de personnes. On évalue à six le nombre des morts. 9
Un autre journal, le Siècle^ donnait sur l'événement ces détails qui ne sont pas sans intérêt :
«Vers une heure de l'après-midi, un grand nombre de citoyens s'étaient réunis sur la place du nouvel Opéra, pour une manifestation pacifique. Ils étaient environ deux mille, sans armes.
« Les groupes étaient composés des éléments les plus divers : gardes nationaux, mobiles, soldats de la ligne, ouvriers, bourgeois, négociants, hommes de lettres. L'é-
liment civil s'y trouvait en grande majorité. II y arail Ih aussi beaucoup di! promeneurs, des curieux indifTérenU. quelques femmes et môme des enfants.
CI Vers une heure et demie, une pancarte portant ces mois : Appel aux kommcs d'ordre! fut promenée dans ctîs groupes. On se rassemble aux cris de : Vive la Hépublique! vive la France! vive l'Assemblée!
« Plusieurs officiers sans armes, de même que tous les citoyens, indistinclemcnt, qui se trouvaient là, sont accueillis par des démonsirallons sympalliiques de laroule, qui grossit d'ioslant en instant.
a On dit dans les groupes que la situation actuelle àc Paris ne peut pas se prolonger; que tous les citoyi^ns qui veulent associer la Itépublique à la légalité, à l'ordre, doivent prendre part à cette manifestation pacifique.
H Enfin, le drapeau tricolore est déployé, et trois h quatre mille citoyens se mettent en marche.
(I Ils s'avancent dans la rue de la Paix, vers la place Vendôme.
(I Arrivés à la hauteur de la rue Neuve-d es-Petits- Champs, ils rencontrent les sentinelles d'un bataillon aux ordres du Comité central. Derrière les sentinelles, les compagnies de ce bataillon viennent se former en ligne.
u Les citoyens placés en tête de la manifestation demandent aux sentinelles de leur livrer passage; ils essuieat un refus. Une partie de la foule reprend quelques instants la direction des boulevards avec le porteur du drapeau tricolore.
■ D'entrés citoyens conliiiueiiL !i parlcmenlei' nvcc Ifîs nlinelles. Bientôt rciis r^ui soat groupés autour du rtp«au reviennent sur leurs pas vers la place Vcndùme. h«Quelqu'un s'écrie : » Ce sont des citoyens comme l^oous.et ils ne Urerunlpas surdes tinmmes désarmés. »
ï Tout à coup des roiUements àc tambour se font entendre d.ins la partie qui est comprise entre U rue \cuve- (Jes-Petils-Champs et la place Vundûme.
u Ensuite, plusieurs coups de fusil sool tirés en l'air el jpllent l'épouvante au sein de la foule. Plusieurs courof;eux citoyens s'écrient : a Restons! » L'un d'eux ajuute ■ Il n'est pas possible que des Français veuillent lire t sur des compatriotes sans défense, u
a M.iis, au mCme instant, les fusils s'abaissent, et un feu de uiousqueterieest dirigé sur la foule, qui fuit, affoléa d'tiurreur, dans In rue de la Paix. Ceux qui occupent t^s trotloirj chercbent un abri contre les balles dans l'cmbnsare d«s portes cochères, malbeurcusement fermées ; qudrjues-unes s'ouvrent, et beaucoup de citoyens y trouvent ua refuge contre la mort.
a Eii an clin d'œil, la rue de la Paix est vide: mais les victimes, dont le nombre nous est encore inconnu, ne lont point toutes relevées au moment où, le cœur navré de dotileur et de dégoût, nou» nous éloignons de cclta iBiiicnljble scène, n
Il y .iviiil une vingtaine de victimes, dont buit ou dix . morts, parmi lesquelsle colonel Tiby et l'ingénieur B.^ude^
qui venait d'être nommé ofllcier de la LégioD d'hoDotvj pour sa belle conduite pendant le siège. I
Ce crime odieux a déshonoré Paris. Il doit, au plu tôt, fitire disparaître celte abominable înslilulion quii nom garde nationale ! Disons cependant, à la déctiarge de l'armée du désordre, que ses rangs venaient de s'ouvrira bien des agents de l'ennemi, à des émissaires de l'/iternalionale, h des étrangers de toute race. Des étraogers!.. Les peuples de re.Ur&me Orient, que nous appelons barbares, suivent une politique invariable : ils (ament leurs ports aux Occidentaux. Que n'imilons-noiu donc un peu les Japonais !
Le jeudi, 2'A mars, fut marqué par deux événements importants : le retour à. Veisailles de quelques braves soldats qui avaient pu se soustraire aux grifTes du Comité central , et la séance orageuse provoquée à la Chambre par l'invasion des maires de Paris.
Lors du départ précipité de l'armée de Paris pour Ver sailles,dansla nuit du 18 au 19 mars, les ordres n'avaîeat pu être régulièrement transmis à toutes les troupes, et le 69' régiment de marche, de la brigade WoltT, avait t\i laissé au Luxembourg avec un détachement du i3* et una section d'arlillerie. Ces braves gens restaient danslejtc> din, attend^uit toujours des ordres qui n'arrivaient pac
Pendant trois jours, sollicités par les émeu tiers, sommés à tout moment de se rendre, les soldats, lldëles à leor devoir, résistèrent à l'intimidation, aux menaces, aui attaques et aux mauvais conseils. Les vivres manquaient;
pIQà^ IHiorreor des crimes commis à Montmartre avait gboné la mesure exacte du mouvement, et la foule du '^ — icr nourrissant les soldats, en leur passant des vi-
#es à travers les grilles, semblait vouloir se grouper au* tour de ce noyau de résistance.
Le Comité central comprit le danger, et envoya, le M, Tan de ses membres, Lullier, Tofficier de marine, pour parlementer avec le 69*.
Le lieutenant-colonel Périer répondit que, devant la nécessité, il consentait à battre en retraite, mais qu'il entendait emporter ses armes et ses bagages et se faire suivre de son artillerie.
LoIIier proposa de ikire des concessions , au cas où le colonel en ferait lui-même, et offrit, comme moyen ferme, de laisser partir le régiment , à la condition qu'il abandonnât ses canons. U ajouta que le lendemain, 22, à une heure, il viendrait prendre la réponse.
Une demi-heure avant le terme fixé, le colonel forma sa troupe en colonne, plaça ses canons au centre, ouvrit les grilles et se mit en marche , battant en retraite par la me de Yaugirard. Cette opération se fit d'une façon serrée, énergique ; les soldats sentaient qu'ils traversaient une population hostile, et se gardaient contre toute surprise ; de temps en temps, des manifestations sympathiques et des marques d'admiration les affermissaient dans l'accomplissement de leur devoir.
Arrivés à la porte de Yaugirard, les soldats fidèles se virent barrer la route par un bataillon, qui leva le pont-
lÈ\1s;inaîs leur fibre atlitude eul raison de l'obstacl fallut compter avec eux et leur céder la place.
Le lendemain, i'à mars, ils arrivaient à Versailles i onze heures du matin et se rangeaient en bataille devaDl l'hôtel de la préreclurc. Le général Vmoy, qui était allé au-dfvant d'eux, avec la musique du 35*, les préseoli iiu chef du pouvoir exécutif, et M. Tfaiers les complimeali cSialeureusement de leur belle cuiiduile. lie plus, en a séance du môme Jour, l'Assemblée nationale vola des félii'iUitions aux orilciers et soldats du 43% du 69' et de la section d'artillerie qui venaient de donner u a si bel exemple d'énergie et de tidélilé. Cet acte de ngoeor faisait heureusement contraste avec le désarroi des lu»pes qui avaient trahi leurs devoirs dans la journée du 18 mars. Le drapeau des lâches soldais ne fulpoint voilé d'un crépc noir, comme le voulait un député, mais l'Atsemblée prit, le t" avril, les mesures les plus sévères i l'égard des 88° et iaO° régiments de marche.
La fin de la séance de la Chambre fui troublée par le dépôt d'une pro|30silion de M. Arnaud de l'Ariége, tendant à obtenir que les maires de Piiris pussent venir «poser leurs doléances à la barre de l'Assemblée. La présidence et la questure curent la faiblesse d'admettre dans une tribune publique ces maires, vûliis de noir, cravatés de blanc, portant en sautoir l'écharpe tricolore, et s'offrant majestueusement en spectacle aux députés, fort émus de celte entrée en scène. Des cris de : (■ Vive ta République! n s'élant échangés entre celle escouade de mai-
Tes rt les bancs de la puche, il s'ensuivit un tumulte qui pouvait dégénérer en vrai désordre, et l'imprudenl V. Grévy ne trouva rien de mieux & faire que de lever 1>rii5iii]eiiii?nt laséiiDce.
O'elaît une grande imiirudence en efTet que d'avoir autorisé riniroduction, même dans une tribune de la Chambre, d'uue bande de messieurs revCtus d'insignes municipaux. Dés que le public d'une ussembiée perd son caractère ïnipcrEonnel et anonyme de public, il devient aussîtât partie intégrante de celte assemblée; il y prend place cl y conquiert des droits. Un peu d'audace de la part des membres de la gauche, cl nous avions une journée pareille Âcelledu I3mai 16t8!
Ala séance du soir, M. Arnaud de l'Ariége reprit l'alTaire en sous-œuvre. Il exposa candidement que les maires de Paris demandaient h rester en conmiunicalîon permanente avec l'Assemblée; k tire autorisés par elle h prendre lelle mesure qu'ils jugeraient convenable; à fixer au i8 mars l'éleclion du ^'éiiéral de la garde nationale, el au 3 avril celle du conseil municipal de Paris. L'Asscnjblées'cmpressa de voterrurgence, bien résolue d'ailleurs à ne pasdonnersuiteàcelte demande oiseuse. uSurtoul, disait le lendemain M. Thiers, évitons qu'une discussion paisse s'engager sur ce sujet brûlant. Quelques paroles imprudentes pourraient faire coulerdes torrents du sang. Au milieu des événements qui se précipitent, on éprouve une agitation intérieure qui ne trouve sa satisfaction que daus des luttes oratoires; voilà les entraînements aux-
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quels il faut savoir résister ! » M. Arnaud de l'Arié^ te i rendit à ces raisonf), et retira sa proposilion, dès la séance du 23 mars.
Le 26, pendant que les insurgés de Paris procédaienli leurs élections municipales, l'Assemblée se laissait aller à la joie en apprenant la délivrance du général Cbaoz;, que le Comité central avait Tait arrêter le 19.
Le général Fabrice venait de nier, dans une dépêche adressée à M. Jules Pavre, toute participation au moowment insurrectionnel, tout encouragement, toute ciHUÙvence. Mais quelques députés ne craignaient pas d'émettre certains doutes, écho des préventions nationales. Le public ne pouvait, en effet, s'empêcher de remarquer la manière toute prussienne des révoltés parisiens qui prenaient des olageit, ainsi que les généraux de M. de Moltke ; et des groupes agités faisaient circuler le nom du docteur allemand Rolpli, ancien médecin-major de notre légion étrangère, et agent présumé de M. de Bismarck.. - On attribuait à ses intrigues l'insurrection de l'Algérie.
L'Assemblée nationale venait d'adopter les décrets destinés à honorer la mémoire des généraux Lecomle et Clément Thomas, quand elle reçut la nouvelle d'un nouvel et horrible attentat. Le préfet de la Loire venait d'dtre assassiné, le 2o, dans l'une des salies de l'hAtel de ville de Saint-Ëlienne ! C'était encore un martyr, une victime expiatoire qui venait de s'offrir en holocauste pour le salul de notre ordre social, et c'était un homme éminent qui tombait. Ancien élève de l'École polytechnique, ingénieur
distingué da corps des mines, Henry de l'Espée venait, conjiiie son camarade Baude, tué trois jours auparavant, (le prendre la pari la plu» active a la déri?nse de Paris.
A la séance du 27, un député de la Loire vint à la tribune et dit :
a L'Assemblée nationale rendait hier un solennel a hommage à la mémoire des généraux Lecomte et G16- « ment Thomas, traîtreusement assassinés à Paris. La 1
0 ville de Saint-ÉUenne vient d'être souillée par un rorfaiti • non moins exécrable.
B I^s scélérats qui profilent de ce que notre infor*! ■ tunée France saigne par tous les pores, pour redona hier contre elle leurs coups parricides, ont senti quel D le préfet de la Loire ne saurait être vaincu.
n Ils l'ont assassiné!
■ Messieurs, pleurons, ou plutAt, honorons ensemble « le trépas et, pour mieux dire, le martyre de ce hércisj s et que, dans un temps qu'ont atlristé tant de défailt lances morales, l'Assemblée nationale déclare que t Henn- de l'Espée, le vaillant magistrat, le généreux
1 citoyen, a bien mérité de son pays. ■
Cette proposition, mise aux voix, fut immédiatement ailoptéelk runanimité.
Il est des gens Tâcbeux qui ne perdent jamais l'occa-
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Il bien «!
sion de porter la perturbation dans les Mtualii plus calmes. La inolion Arnaud de l'Ariégeélanl rldmenl inhumée, voilà que l'imporlanl M. LouU BIuc demande à l'Assemblée de déclarer que les maires de rnris viennent d'agir en bons eiloyens. Il était diflicile d'émellre van plus dangereuse Idée.
M. Tliiers, montant ù lu tribune, réclama de nouveia de la Chambre la gravité de Tnllitudc, le silence et li fermeté. « Aucun parti, dit-il. ne sera trahi pu u nous ; conire aucun parti il ne se prépare de solntîoo « frauduleuse. Nousne voulons que rétablir l'ordre.... " et le pays, ensuite, choisira librement ses dcsttnéet. « Nous nt'-clierchoas qu'à précipiter une chose : la conn valescencp et la santé de notre cher pays. Nous awM» ([ trouvé la République établie; c'est un Tait dont aoi)!i « ne sommes pas les auteurs; mais je ne détruirai pas Il la forme de gouvernement dont Je me sers pour t rélablir l'ordre. Je le jure devant liieu.' J'espère <t que la France saura traverser ces épreuve? et qu'elle « en sortira avec xa grandeur immortelle que rien «'« a encore atteinte sérieusement. »
Dans le cours de ce beau mouvement oratoire, M. Thiers avait laissé clairement entendre que les droits de Paris ne seraient jamais méconnus, mais que cette ville ne dominerait pas la France, et que, en déflnilii'e, force reslerail fi la loi.
Le mémo jour, -21 mars, le gouvernement r,iis.iit con-
nailre k'>(lis;K>Nilionsd'inic nouvelle orf^aui>alion de l'armée (le Paris, due à Tinilialive du général Lelellicr-Valazé, nommé, par décret du 21, sous-secrétaire d'État de hgiierre. L'armée concentrée à Versailles, et se renforçant tous les jours, venait d*êlre répartie en huit divisions d'infanterie, dont une de réserve, et trois divisions de cavalerie.
La t** division d'infanterie ( de Maudhuy) était formée dé la brigade Wolfr(23^ bataillon de marche de chasseors àpied , 67% 68^ et 69'' de marche) et de la brigade Hanrion (2* bataillon de marche de chasseurs^ Ao"" de marche et 135* d'infanterie).
. La 2" division (Susbielle) se composait de la brigade Patarel (18* bataillon de marche de chasseurs , 46* et 89* de marche) et de la brigade Bocher (17* bataillon de marche de chasseurs , 38* et 76* de marche).
A la 3* division (Bruat) appartenaient la brigade de Seignearens (74* de marche, 1*' régiment d'infanterie de marine, 2* régiment de marins fusiliers) et la brigade deLangoorian (75* de marche, 2* régiment d'infanterie de marine et l**" de marins fusiliers).
La 4^ division (Grenier) réunissait la brigade Garnier (10^ bataillon de marche de chasseurs, 48* et 87'^ de marche) et la brigade Fournés (51* et 72* de marche ).
La 5* division (Montaudon) mettait en ligne la brigade Dumont (30* bataillon de marche de chasseurs, 39* d'infanterie et régiment étranger) et la brigade Bonnet (31* et 36* de marche ).
La 6' division ( Pelle ) complaît également deux brigades : ruDe(Gandil) était formée du Id'baliiillonde marche de chasseurs, des 39' et H' de marche; l'autre (Garteret), des 70' et 71' de marche.
Ln T division ( Vergé ) était composée de la brigade Duplessis (24° bataillon de marche de chasseurs, 37* et . 79* de marche) el de la brigade Archinard ( 90' et Wàe marche).
Enfin la division de réserve (Faron), nojau de l'armée primitive, était forte de trois brigades, commandées pir les généraux de la Mariouse, Derroja et Daudel, et comprenant respectivement les 33' et 43', les 109' et 110", les 113' et 114' régiments d'infanterie. Celte division éttil destinée â rendre les plus grands services durant les opérations ultérieures.
La cavalerie était, comme il a été dit plus haul, répartie en trois divisions sous les ordres des généraut du Barail, du Preuil et Ressayre.
La 1" division comprenait les trois brigades Charlemagne (3' et 8' hussards), de Galirfel (9' et 12* chasseurs) et de Lnjaille (T et il* chasseurs).
La 2* n'avait que deux brigades : l'une (Cousin), formée du 3' cuirassiers el du 4' dragons, tous deux de marche; l'autre (DargenloUe), des deux régiments de gendarmerie h cheval.
La 3' division (Ressayre) ne comptait encore qu'une brigade'organisée (de Bernis) composée des 6' el 9* Isnciers. Quanl à la seconde brigade, qui devait être placée
sens le» ordres du général Bachelier, elle était alors en voie de formnlîon.
Enfin, la garde républicaine h pied et à cheval était ïmroédialemcnl sous la main du général Vinoy, commandaut eo chef l'armée de Paris canlonnée à Versailles.
Cette organisation de nos forces n'avait rien de prémalaré, car, à des symptômes non équivoques, on pouvait pressentir l'imminence de la lutte... de la luILe entre le pouvoir régulier de la France et Pans affolé, en proie à h fureur des républicains fauves, aux férocités de 17ntemationaie , aas provocations sinistres des ennemis de la France, Paris n'était plus la ville héroïque qui avait fait l'admiration du monde; c'était un bagne, avec ses écfaappésaui yeux caves, au teint plombé,... et armés jusqu'aux dents. Ses Journaux o/Jicieh y faisaient l'apologie do tyrannicide et, plus généralement, de l'assassinat. On y marquait d'un trident rouge les maisons des propriétaires « bons âfutiller o , et ces horreurs ne faisateut qu'aggraver chaque jour les prétentions de la Prusse menaçante. M. Tbiers déclarait, en laséance du 29 mars, que ces désordres arrêtaient le mouvement d'évacuation de l'armée prussienne, a Les scélérats de Paris, disait- ■ il, les assassins, prolongent sur notre sol la présence « de l'ennemi. C'est pour eux un nouveau litre à la gra- " tilude delà France!... u
U étuJl , on le voit, urgent de prendre un parti et de Combattre énei^iquement l'insurrection. Nous étions prêts.