AU ROI
Roi, le plus grand des rois^ votre fameux ouvrage Doil se faire admirer à la postérité,
^ Mémoires de Saint-Simon, t. XIF, p. 88.
a Hiaoife de la vUle de Chartres ^^ ehe. ,. {«ir Doyeii ; article Màintenon,
476 LE GOUYEBNElfENT
El maintenant prévoit que l'immortalité Feara de son canal le superbe avantage.
Trente mille soldats redoublent leur courage,
Et suivent les projets de Votre Majesté.
La nature avec lari conspire à la beauté
D'un chef-d'œuvre où les dieux semblent lui rendre bommage.
Neptune offre ses eaux, Minerve ses soldats, On abaisse les monts, on comble les lieux bas, Et Mars, en ceai emplois, vient seconder Bellone.
Ponts, écluses, bassins, arcades et canaux, Et vos faits triomphants que la valeur couronne, Sarpassent des Césars la gloire et les travaux '.
Oa a prétendu que les travaux du canal de l'Eure avalent coûté la vie à dix mille hommes et cinquante millions à l'État \ Or, la dépense qui aurait. pu, en eflet, atteindre à ce chiffre, si les travaux eussent été achevés d'après les premiers devis, ne s'éleva, ainsi que le constatent des états authentiques, qu'à 8,612,996 livres \ Tout porte à croire, en outre, que le nombre des travailleurs, ouvriers ou soldats, qui succombèrent aux fièvres pendant la durée des travaux, a été supputé avec la même exagération. Mais quelle qu'ait été la dépense d'hommes et d'argent que
1 Le Mercure galant, mai 4688 , p. 324 , cité dans les Eaux de Versailles^ p. 483.
a Histoire de la ville de Chartres, etc. , loc. eit, — Histoire physique et morale des environs de Paris, par Dulaure; article Maintenon,
3 Les Eaux de Versailles, etc., p. 29, d'après les États au vrai de Marinier.
DK LOUIS XIV. 177
ces travaux occasionnèrent, comment ne pas regretter, en présence d'un pareil résultat, qu'ils eussent été entrepris avec tant de hâte et sur des plans aussi incertains?
Ainsi se révélait la différence des hommes et des 'temps. Avec une subvention de 7,484,000 livres^ accordée à un habile ingénieur, Colbert avait doté la France du canal de Languedoc, l'une des œuvres les plus utiles de son siècle. Quelques années plus tard, pour le seul embellissement de Maintenon et de Versailles, son successeur à la surintendance des bAtiments entraînait l'État dans une dépense qui devait être, si le canal de l'Eure eût été terminé, quatre à cinq fois plus considérable, et s'engageait témérairement dans des travaux immenses que la première guerre arrêta pour toujours.
Puis, par un singulier retour des choses humaines, un demi-siècle après la construction de l'aquéduc de Maintenon par Louis XIV, le successeur immédiat de ce prince donnait l'autorisation d'en faire démolir quelques arcades pour agrandir, avec leurs débris, l'ancien château deCrécy,qui était alors la propriété de madame de Pompadour ^ !
« Hiitoire de Colbert, etc., p. 244.
* Histoire de la ville de Chartres^ etc., loc. cit.