NIL MORTALE LOQUAR
Je chante un héros immortel.
Pour dire que ce qu'elle publieroit du Roy, deviendroit l'admiration de tous, l'union et l'entretien de tous les siècles.
Le Corps des Marchands ayant la meilleure part à la feste, il estoit juste qu'il s'y trouvast, et qu'il fust placé commodément. Pour cela, ils firent dresser un théâtre qui servoit
à la décoration de la place comme les autres. Mercure, le dieu du Négoce, y estoit élevé sur une pyramide sur laquelle on avoit peint des trophées des divers instrumens dont se servent les marchands. Qualre figures, représentant les Arts, occupoient quatre coins; le tout accompagné d'inscriptions et de devises qui convenoient au sujet. Toute la place estoit environnée de théâtres qui, outre leur décoration particulière, estoient agréablement ornez d'une quantité prodigieuse de personnes de l'un et de l'autre sexe, que le bruit de la feste avoit attirez de plus de trente lieues à la ronde. Celuy des écoliers parut fort brillant ; les Jésuites, dont on connoît le zèle pour la gloire du Roy, souhaittant qu'ils entrassent dans cette feste, et qu'ils contribuassent autant qu'ils pourroient à luy donner de l'éclat, les avoient fait dresser depuis longtemps à l'exercice des armes, et eu avoient fait une milice aussi propre qu'elle estoit bien réglée ; de sorte que ce fut un spectacle de les voir tous rangez en bon ordre sur le théâtre qu'on leur avoit préparé, qui estoit bordé de demy-piques et de drapeaux de différentes couleurs, et qui faisoient une face très-agréable.
Comme la statue qui donnoit lieu à cette solemnité ne doit pas faire seulement l'ornement de la Ville, mais que les Habitants la regardent encore comme leur Dieu Tutékire, puisqu elle les met par là d'une manière plus particulière sous la protection du Prince, on avoit tâché de rendre cette pensée dans les devises suivantes, qu'on avoit attachées à divers endroits de la place :
Une fontaine jaillissante au milieu d'un parterre, avec ce mot :
DITAT ET ORNAT.
Elle en fait la richesse Ainsi que la beauté.
2 18 PlèCES JUSTIFICATIVES. — R" ÎII.
Chacun sçait de quel secours est une fontaine dans un parterre^ outre rembeilissement qu'elle luy procure. Une colonne qui soutient une voûte, avec ce mol :
NUNQUAM sic 8UFFULTA CADET.
Cet appuy pour toujowrs La met en sûreté.
Un soleil sur un champ couvert d'épis, avec ce mot :
ASPBCTU POBCOIIDAT.
Par ses heureux regards Elle devient féconde.
Et parce que la place a changé de nom depuis Férectiott du monument et qu'elle s'appellera désormais la place ROYALE, on avoit exprimé ce changement par cet emblème, qu'on avoit peint à toutes les entrées de la place.
Une figure d'homme couronné, qui donne la main à une statue de femme en signe d'alliance, avec ce mot :
KBMO DECORAT MOMINB.
// l*honore cTun nom auguste.
Cette statue de femme représente la place que la statne du Roy, figurée par cet homme couronné, honore du nom de PUCE ROYALE, SOU ércctiou estant une espèce d'alliance qu'elle contracte avec elle.
Toutes ces décorations ayant esté exécutées avec tout le soin possible, on ne songea plus qu'à se préparer à la £este^ qui commença par un Acte de Philosophie dédié au Roy.
Cette action fut d'autant plus belle, que les éloges du Roy y eurent autant de part que la Philosophie, et que les Eco- Ûers qui avoient fait paraître leur esprit et leur capacité^ aW
Places JUSTIFICATIVES. — N*» 111. 249
lèrent^ après TActe fini, chez M. Tlntendant, luy porter en pompe la thèse de satin, où estoit le portrait du Roy, estant précédez des trompettes et des haut-bois, et celuy qui la portoit estant environné des drapeaux des compagnies de chaque classe.
Le soir, toutes les cloches commencèrent à sonner^ et leur carillon se joignant au bruit du canon, et à celuy des trompettes et des tambours qu'on avoit disposez sur les tours et sur les lieux les plus élevés delà ville, annoncèrent agréablement la feste du lendemain.
La Religion et la Piété la commencèrent ; le Clergé, composé de six chapitres, de vingt-deux paroisses et d'un grand nombre dé communautés religieuses, s'estant assemblé dans réglise cathédrale avec tous les Corps de ville, monsieur l'Intendant s'y rendit à la teste du Présidial, qui estoit ce jour-là en robe rouge^ et fut suivi ou prévenu d'une affluence extraordinaire de peuple. L'église, toute vaste qu'elle est, se trouva parfaitement bien décorée et illuminée par les soins de M. l'abbé du Soucy, chanoine de la Cathédrale et conseiller de l'Église. La messe y fut célébrée par M. Rabereul, doyen de l'église de Saint-Pierre, avec beaucoup de solemnité, qui fut suivie d'un Te Dewn pour remercier Dieu des faveurs particulières que la piété du Roy et son afEection paternelle pour ses sujets attirent sur la France. On y eut le plaisir d'entendre une fort belle musique composée des plus belles voix de la Province, et de plusieures autres que M. l'Intendant avoit fait venir des Provinces voisines; le R. P. Chesnon, jésuite, y prononça un fort beau panégyrique du Roy. Il prit pour texte ces paroles de saint Mathieu qui ne peuvent estre plus naturelles cnjutestiiM a son sujet : De qui est eetie image? On luy répondtt que Tone ait m» e'eêtoit cMe de César. Alors il leur dit : Rendez donc à t^t ^S^ri!? César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il ""* ^"blIth
250 PlèCES JUSTIFICATIVES. — N® III.
commença d'abord par expliquer la différence qui se trouve entre le culte qu'on rend à Dieu et celuy qu'on rend aux souverains de la terre ; et fit connoistre à tout le monde que si LOUIS LE GRAND ne possède pas ces perfections infinks qui ne conviennent qu'à Dieu seul, il a pourtant reçu toutes celles qui en approchent davantage, et qui le rendent sur la terre l'image la plus sensible de la Divinité. Ensuite, voulant intéresser tout le monde à ceîte cérémonie, il fit voir qu'il estoit de la reconnaissance de la Ville d'ériger cette statue à LOUIS LE GRAND, en sorte qu'il seroift à souhaitter que toutes les villes du Poitou en pussent faire autant en reconnaissance des grâces que la Province reçoit de Sa Majesté, et surtout du rétablissement de la Religion. Secondement, qu'il est de la gloire de la Ville d'avoir cet ornement, qui doit estre le monument éternel de la fidélité qu'elle a toujours eue pour son Prince. Enfin, qu'il est de son intérest d'attirer parce gage de son zèle et de son attachement pour le Roy, la faveur et la protection singulière de Sa Majesté. Ces trois parties furent solidement prouvées, et remplies de plusieurs beaux traits de l'Écriture, de l'Histoire Ecclésiastique et de la vie du Roy dont il fit l'éloge avec toud les agrémens que peut souffrir l'éloquence chrétienne. Cette action finie, tous les corps se relirèrent excepté les troupes latines (j'appelle ainsi la milice du Collège), qui, ayant assisté à cette cérémonie avec toute la dévotion que pouvoit souffrir l'équipage guerrier où elles étoient, se rendirent à la placx ROYALE en très-bon ordre, et avec une contenance fière, saluèrent la siatue du Roy d'un air qui n'avoit rien d'enfont, mais qui marquoit que le cœur avoit beaucoup de part i cette action, et ensuite après avoir fait l'exercice avec toute la justesse des troupes bien disciplinées, cette milice fit place à une autre qui ne fut pas moins agréable à voit. Ce fut celle des Bourgeois, qui, s'estant rangez chacun sous son drapeau,
se rendirent après disné à la place au bruit des tambours, des fiffresy des haut-bois et dans tout Tappareil d'une milice bien réglée. La Statue estant le premier objet de leurs regards, le fut aussi de leurs respects ; elle fut saluée à plusieurs reprises par la décharge du canon et de la mousqueterie, par le bruit des tambours et les fanfares des trompettes Interrompus de temps en temps par des cris de VIVE LE ROY qui perçoient lès nues et faisoient reteniir partout un bruit confus. Après le mouTement des troupes et les devoirs rendus à la Statue par le Corps des Marchands qui estoient là en robe de. cérémonie, M. l'Intendant, à la teste du Corps de Ville, après avoir fait trois tours autour de la Place précédé par les trompettes et par les tambours, mit le feu à un bûcher que Ton avoit préparé, et voulut bien qu'on donnât un flambeau au juge des Marchands, comme une reconnaissance publique des soins que ce Corps avait pris pour réreclion de ce monument. Là redoublèrent les cris et les acclamations du peuple, le tonnerre du canon et des mousquets, qui ne finit qu'avec le feu du bûcher. Un concert de trômpeltes attira ensuite l'ailention de tout le monde qui s'estoit dissipée dans le fracas et le tumulte de la feste, et prépara à une symphonie admirable de violons, flûtes et haut-bois qui fut suivi d'un grand concert de voix et d'insiruments : uu éloge du Roy en fit la matière. Ce concert dura jusqu'à la nuit qui fut la plus éclairée et la plus briilanie qu on puisse voir. Il est difficile de se représenter, sans l'avoir vue, le bel effet que peut produire une illumination qui règne dans les quatre côtés d'une place de cinquante toises en quarré, depuis le premier étage jusqu'au toit. A cette illumination se joignit celle d un très beau feu d'artifice dont voicy le dessin.
Sur un théâtre de quinze pieds de haut et d'autant de large paroissoit un Trophée d'Armes illuminé et élevé sur
252 PIECES JUSTIFICATIVES — N<* Ut.
un piédestal dont les quatre faces estoient quatre tableaux illuminez. Dans l'un estoit peint Jupiter, son foudre à ses pieds, avec ce mot qui luy servoit d'inscription :
GRACUNDA POmT FULMINA.
Cestun vainqueur désarmé.
Pour marquer la Paix que le BlDy a donnée à rEorope lorsqu'il estoit plus en estât que jamais de faire la guerre. L'autre représentoit Pluton avec un air efiaré^ avec ce mot :
HDNG ETIAM PHLB6BT0N TIHBT.
Que je crains ce nouvel Aleide !
Alcide alla jusqu'aux Enfers enchaîner Cerbère ; s'il est permis de se servir de la Fable pour expliquer de solides véritez, l'Enfer vient de sentir de grands effets de la puissance du Roy et a raison de la craindre.
Le troisième tableau faisoit voirYulcain dans son attelier, tout prest à travailler, avec ce mot :
SI BBLLARB PAEAT.
J'attends qu'il déclare la guerre.
On fait allusion dans ce tableau aux armes qu'il forgea pour Énée, et il témoigne qu'il est prest de trayailier pour un monarque chez qui il ne trouve pas moins de piété et de courage que chez le héros de Virgile.
Le quatrième tableau représentoit Mars , la main sur la garde de son épée, avec ce mot :
CUM JUSSBRIT.
Prest à suivre en tous lieux Les ordres de Louis»
PliCBS JUSTIFICATIVES. — N^' III. 253
Pour marquer Testât où est le Roy de faire de nouvelles cûnquestes.
Le théâtre qui portoit cette machine estoit soutenu de huit pilastres très-bien ornez ; après qu'on eut laissé quelque temps aux spectateurs dont la place , les échaffaux, les fenestres, les balcons et jusques aux toits des maisons estoient remplis pour considérer la disposition et Tordonnance de ce feu, on le fit jouer d'une manière agréable et terrible tout ensemble. G'estoit un beau spectacle de voir partir à plusieurs reprises un gros de fusées volantes qui semoient Tair d'un million d'étoiles; mais c' estoit quelque chose d'assez aEBreux que le bruit redoutable des boîtes, des pétards et des pots-à-feu qui écartèrent admirablement tous ceux qui se trouvoient dans le voisinage. L'heureux succez de ce feu d'artifice fournit pendant une demi-heure beaucoup de plaisir au peuple, et finit trop tost à son gré ; mais la feste ne finit pas pour cela : elle fut continuée chez M. l'intendant. • La place royale n'ofirant plus d'autre spectacle , qu'une illumination vive qui auroit probablement fixé les regards pendant toute la nuit , si on ne s'estoit attendu encores à d'autres plaisirs, les plus honnestes gens se rendirent à son hôtel et forent arrestez à la porte par un nouvel objet. C'e&toit trois longues tables disposées en triangle couvertes de viandes, abandonnées à la discrétion du peuple. Elles estoient dressées dans une petite place dont la figure est triangugulaire et où l'on abordoit par trois rues à l'entrée desquelles il y avoit des arcades ornées de festons. Les officiers de M. l'intendant placés au milieu de ces trois tables avoient soin de les servira mesure qu'on les dégarnissoit, et de faire retirer ceux qui avoient soupe pour faire place aux autres ; tandis que ceux qui n'en pouvoient approcher,, alloient se consoler à une fontaine jaiUissante de vin qui couloit depuis le matin à l'entrée de son hôtel.
254 PIÈCES JUSTIFICATIVES. — N« lïl.
Ce spectacle ayant diverti quelque temps la Compagnie, elle entra à la faveur d'une nouvelle illumination qui fiiisoit voir de tous côtés cette maison en feu, dans deux grandes salles éclairées comme le reste. Quatre tables de vingtcinq couverts chacune furent trouvées servie»^ et farent occupées par toutes les dames que les hommes voulurent servir. La symphonie qui dura pendant le repas^ remit dans une assieUe tranquille les esprits de ceux qui avoi^it esté étourdis pendant tout le jour du mélange confus du breit des tambours, du canon, du feu d'artifice et des acclamations continuelles du peuple ; et on y goûta d'autant plus de plaisir que tout s'y passa sans la confusion ordinaire de ces sortes de festes.
Le souper fini , la Ck)mpagnie crut traverser une bassecourt pour passer au jardin, mais comme si elle scfU évanouie par enchantement, les dames furent agréablement surprises de se trouver sur une terrasse ornée de fleurs et de deux fontaines jaillissantes , par laquelle on descendoit dans un grand et magnifique salon qu'elles n'avoient jamais vu , tout disposé pqur le bal. Ce salon estoit formé par im carré de 32 arcades de i 5 pieds de hauteur. 11 estoit de 50 pieds de long sur 40 de large, et son plat-fonds élevé de 30 pieds ; mais par le moyen d'une perspective pratiquée dans le jardin, on avoit fait paraître dans le bout use galerie fort longue et fort éclairée qui y faisoit un très->bel accompagnement. Toutes les arcades estoient ornées de festons de fleurs , et les piliers qui les soutenoient couverts de itti* roirs. L'espace qui estoit depuis le cintre des arcades jua^ qu'au plat-fonds, estoit fermé par de très-riches tapisserie», et dans k principale &ce estoit élevé un buste du Roy de trois pieds 4e haut environné d'un soleil, dont le tour etJes rayons estoient couverts de lumière , accompagné de û&an de lys, d'LL couronnées sans nombre, le tootdispqsé avec
des lumières vives : ce qui faisoit une illumination de plus de deux mille brillans. Dans la face du salon opposée à celle oh estoit le buste , et au-dessus de Tarcade qui faisoit louvertore de la galerie, on avoît mis sous un dais un fort beau portrait du R07 de la main de Mignard.
Ce fut dans cette sale que plus de quatre-vingts dames qui avoient soupe chez M. Tinfendant , et toutes celles qui vinrent après souper, soutinrent parfaitement bien la réputation où les Poitevines sont de bien danser. Les amphitéâtrcs qui avoient esté dressez derrière et le long des arcades, forent bientôt remplies par toutes les personnes qui eurent la curiosité de voir cette assemblée dont madame Foucault fil très-bien les honneurs. Il y eut profusion de confitures et de toutes sortes de rafraîchissements , et il ne manquoit à la satisfaction de tout le monde qu'une de ces longues nuits des pays du Nord , qui peut faire durer le plaisir plus longtemps. Toute cette nuit se passa en réjouissance aussi bien que les trois jours suivants, pendant lesquels la maison de M. rintendant demeura ouverte, pour satis£ure la curiosité du peuple que la nouvelle structure du salon y attiroit en foule. On peut dire que le peuple n'a pas eu besoin d'être excité, et qne sa joye couloit de source , paroissant que Tamour qu'il a pour un Roy si digne d'estre aimé, estoit ce qui l'animoit.
Le lendemain 36, les officiers du Présidial à la teste desquels estoit M. de Razes, président, qui ne laisse échapper ancoBe occasion de signaler son zèle pour la gloire et le service du Roy, ne croyant pas avoir suffisamment rempli leur devoir, en assistant au Ts Deum que fit chanter M. l'intendant dans l'église cathédrale, en firent chanter un autre dans Féglise des Gordeliers. L'action fut solemnelle et fut suivie d'une feste que donnèrent les Jésuites dans l'après-midy, dont voicy le détail :
256 PIECES JUSTIFICATIVES. — n^ m.
Toute la ville s'^ estant rendue , sur le bruit de ce qui s'y devoit faire , on trouva un théâtre élevé dans la court, orné de très-belles décorations, et chargé d'acteurs fort proprement vestus. La première action qu'on donna aax spectateurs fut l'explication d'un tableau énigmatique y que M. l'intendant avait fait faire à Paris. Ce tal>leau qui estdt d'une extraordinaire grandeur, représentoh Hercule sortant des Enfers et traînant après luy Cerbère qu'il avoit enchainéc Sa massue qu'il tenoit de la main droite^ estoit garnie de six médailles, qui représentoient ses plus glorieux travaux: quelques furies sembloient luy insulter et s'opposer à soa dessein , tandis que Jupiter sur un nuage hiy applau^Ussoit de cette action. Iris , déesse de l'admiration , en marquoS son étonnement ; et la Justice , la balance à la main , sem» bloiten peser le prix et la valeur. Cette énigme futexidiquée sur l'or, le soleil et le diamant. Les rapports qu'on y trouva parurent assez fidèles, et les six médailles des travaux d'Hercule , fournirent une très-belle occasion de parier da Roy, à la gloire de qui se rapportoit toute la feste. Biais le véritable mot estoit la statue qu'on luy avoit érigé. M. éa Carcassonne , fils de M. l'intendant , en fit l'explication , et fit voir qu'Hercule sortant des Enfers, estoit la statue s(»rtattt de la Carrière, que les Furies qui sembloient luy insulte^ esloient les divers instruments dont le sculpteur s'estoit servi pour la faire; que Jupiter, roy des Dieux, qui paroissoit applaudir à Hercule, estoit là pour signifier l'agrément qu'il a plû à Sa Majesté de donner au dessein des Marchands;que Thémis marquoit la présence des magistrats qui assis^ toient à la cérémonie, et que l'Iris signifioit l'admiration des peuples qui voyoient avec une extrême joye le portrait ressemblant d'un prince, dont l'auguste présence fait la joye de tous ceux qui ont l'honneur de l'approcher. Ensuite^ s'étendant sur l'explication particulière des six médailles qui
ràCKS JUSTIFICATIVES. — If** TH. 257
estoient peintes sur la massue d'Hercule, il trouva des rapports si justes entre les travaux de ce héros fabuleux et les glorieuses actions du Roy, qu'il satisfist parfaitement l'assemblée qui estoit des plus nombreuses.
Celte énigme expliquée , on en proposa une autre. G'esloit Amphion qui jouoil du luth, et qui, par son harmonie, remuoit les arbres et lesplaçoil en droite ligne sur le bord d'une rivière. La ville de Thèbes paroissoit dans l'éloignement, et des Muses luy montroient du haut d'un rocher la lyre d'Orphée parmi les constellations du Ciel, afin de l'animer et de l'exciter à continuer un jeu qui faisoit de si beaux effets. Cette énigme fut expliquée sur la Trompette dont le son range des troupes en bataille , et le Fleuve qui paroissoit dans le tableau donna occasion à celuy qui parloit de toucher le passage du Rhin et de dire de très-belles choses à la gloire du Héros qui conduisoit cette célèbre action.
Le véritable mot estoit le Cours. C'est une promenade que M. l'Intendant a fait faire sur les bords de la rivière du Glain aux portes de la ville qui n'avoit aucune de ces sortes d'embellissements.
La Compagnie, ayant écouté avec plaisir l'explication de CCS deux énigmes, fut régalée d'une pièce de théâtre où l'on représenta Louis le Grand , comme le plus grand des Roys. Pour le faire plus agréablement et d'une manière qui fût plus du tour et du génie de la Poésie , on crut pouvoir représenter le Roy et les princes ses voisins sous l'idée et le nom des Dieux de l'Antiquité , avec qui ils ont des rapports plus singuliers. Le Roy y parut sous le nom d'Apollon que les anciens confoudoient avec le Soleil , symbole de notre Grand Monarque. Pluton , Dieu des Richesses , des Enfers et des Marais , figura les Hollandois et les autres peuples des Pays-Bas. Jupiter représenta l'Empereur à cause
S58 PliCBS JUSTIFICATIVES. — M* lU.
de l'aigle impériale, et Neptune supposa pour leâ Génœs, les Algériens et les autres peuples maritimes.
Le Destin, qui, dans Tidée des anciens, avoit un droit de souveraineté sur tous les autres Dieux qui estoient soumis à ses arrests , déclara d'abord qu'il vouloit se défaire de sa suprême puissance en faveur d'Apollon , et luy donner le premier rang sur Pluton, sur Neptune , sur Mars , sur Jupîter môme. Il luy fit ensuite remporter sur eux à peu près les mêmes victoires que le Roy a remportées sur ses ennemis; de manière que les endroits les plus éclatans d'une si belle vie s'y virent parfaitement et d'une manière trèsnaturelle, quoyque sous des symboles étrangers. Après tous ces triomphes , Apollon parut formant un arc-en-ciel , et donna la paix aux autres Dieux pouvant continuer à faire la guerre , pour marquer la paix que le Roy a accordée si généreusement à toute l'Europe. Tous la receurent avec joye. On finit par luy décerner des Arcs-de-triomphe et des Statues dans les places publiques. Cette action estoit de cinq actes meslée de plusieurs entrées de ballet. Elle fut suivie de la distribution des prix que donna Monsieur l'Intendant, ei qu'il s'est engagé de donner toutes les années avec une condition qui doit tenir lieu au collège d'une extrême faveur; c'est qu'on y prononcera tous les ans le jour de Saint-Louis un panégyrique du Roy.
Les jours suivans furent employés à chanter le Te Deum et à des prières publiques pour la conservation et la prospérité de Sa Majesté. Madame de Navailles , abbesse de Sainte-Croix , estant d'une famille dont le zèle s'est signalé heureusement pour la gloire du Roy , ne s'est pas oubliée dans cette occasion. Après avoir fait décorer et illuminer son église avec beaucoup de soin et d'éclat, elle fist chanter le 27 une messe et un Te Deum , où assistèrent tous les Corps de Ville , et où la beauté de la musique , qui estoit
PliCBS 1USTI9ICATIVBS. — ««> !1I. Î89
excellente, céda à l'éloquence du R. P. Dubois , Jésuite, qui prononça un panégyrique du Roy avec un succès qui surprit rassemblée, n'ayant eu que 24 heures pour s'y préparer, tant il est vray qu'il n'y a rien d'impossible quand on est animé du zèle et de la gloire du Roy. Cette cérémonie fui d'autant plus belle qu'elle fut suivie d'une aumône générale. Le Bureau des Finances , le Corps de Ville , le Chapitre de Saint-Hilaire , Madame TAbbesse de la Trinité et le Corps des Marchands , qui a voulu faire la clôture de la feste , en ont aussi fait chanter en musique , auxquels Monsieur l'Intendant a assisté. Enfin, tous ont voulu signaler leur zèle dans cette occasion , jusqu'aux Ecoliers de Droit, qui , ayant eu permission de s'assembler et d'entrer dans la réjouissance publique , ont esté en corps et sous les armes rendre leurs devoirs à la Statue, auprès de laquelle ils ont fait tirer un feu d'artifice.
C'est par là qu'a fini la feste, mais non pas la joye du peuple , qui sera tous les jours renouvellée par la veûe de l'objet qui la cause. Cette joye paroist peinte sur le visage de tous ceux qui, passant par la placb royale, ne manquent pas de regarder la statue du Roy. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que, quoy qu'il ait eu pendant quatre jours que la feste a duré, un concours infini de peuple dans la ville, dont on fait monter le nombre des étrangers à plus de vingt mille personnes , il n'y est pas arrivé le moindre désordre parmi les tumultes et la confusion dont ces sortes de réjouissances sont ordinairement accompagnées.
Inscription
Inscription des quatre faces du piédestal qui soutient la statue du Roy élevée dans la place Royale de Poitiers,
Pour la première face.