CHAPITRE IV
Influence personnelle de Louis XIY dans le gouvernement.— Emploi de ses journées.— Tactique de ses ministres. — Culte que lui rendait sa famille. — Inauguration de sa statue sur la place des Victoires.— Madame de MaintenoD. — Son portrait. — Son influence. — Son sentiment sur Golbert.— Sa préférence marquée pour Louvois jusqu'en 1686.— Seignelay le remplace dans cette faveur.— Le père La Chaise.— Gomment il vint à la cour. — Son portrait par Saint- Simon.— Mauvaises dispositions de mesdames de Montespan et de Mainteàon à son égard. — Le roi lui donne Tenclos de Mont-Louis, aujourd'hui cimetière de l'Est. — Il fait partie de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Naturellement, les grandes ambitions s'agitaient alors autour du seul pouvoir qui , depuis l'humiliation des parlements, était, en France, la source de toute élévation et de toute faveur, le pouvoir royal.
En 1 683, l'année où il perdit la reine et Colbert , et qui fut en quelque sorte le point de départ d'un nouveau règne, Louis XIV avait quarante-cinq ans. La situation de la France était, à cette époque, tant à l'intérieur que vis-à-vis les puissances étrangères , prospère et brillante. Les dernières années de l'administration de Colbert venaient de réparer une partie du mal qu'avaient
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fait au peuple Taugmentation des impôts, le malaise de l'agriculture et la stagnation du commerce, suite fatale de six ans de guerre. Un cabinet animé de vues pacifiques aurait certainement arrangé à l'amiable les question litigieuses que le traité de Nimègue avait pu soulever. D'un autre côté, la guerre avec l'Espagne aurait manqué de prétexte sans ce désir d'agrandissement que nourrissait toujours Louis XIV, et qui le portait à s'étendre sans cesse vers la Flandre, autant, d'ailleurs, pour faire la conquête de qilelques villes, que pour inquiéter, par son voisinage , la Hollande , cette fière république de marchands enrichis, objet constant, pendant tout ce règne, de la jalousie du gouvernement français. Mais le moyen de résister à ces fâcheuses tendances? C-oIbert laissait une marine formidable, que Duquesne venait d'exercer glorieusement en bombardant Alger dont Tourville obtint bientôt la soumission ; sous Ta direction de Vauban , les frontières se couvriaient de places fortes savamment combinées , et les finances , cet embarras ordinaire des gouvernements belliqueux , se trouvaient dans une situation relativement très satisfaisante. Tandis que la véritable politique de la France eût été de se maintenir dans une ligne de modération d'autant plus honorable que le gouvernement avait précédemment donné des preuves d'une susceptibilité ombrageuse, Louis XIV céda malheureusement à ses instincts, à ceux de Louvois, et, de 1683 à 1713, la France eut à soutenir , presque sans relâche , des guerres funestes que la révocation de Tédit de Nantes, la question capitale du nouveau ministère, compliqua
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de troubles civils où le gouvernement lui-même fut obligé de composer avec l'insurrection.
Peu de princes ont rempli plus conscienoieusemeiit et plus assidûment que Louis XIV ce qu'il a appelé luimême le métier de roi K Voici, au surplus , d'après le marquis de Dangeau, la division de son temps en 1684. Tous les jours, de neuf heures du matin à midi et demi, le roi s'enfermait avec les ministres. Â deux heures, après la messe , il allait chez madame de Honlespan jusqu'au dîner ^. Après le dîner, il entrait un instant chez la dauphine, puis se renfermait chez lui pour travailler, ou bien sortait. Le soir, de sept à huit heures, il allait chez madame de Haintenon , en sortait à dix pour souper, retournait chez madame de Hontespan, où il restait jusqu'à minuit, rentrait dans son appartement, jouait un instant avec ses chiens et se couchait habituellement de minuit et demi à une heure du matin. Les jours d'appartement % le roi jouait au billard de sept à neuf heures avec les ducs de Vendôme et de
^ (Xiwres de Louis XIV, t. II, p. 453; Réflexions sur le métier de roi.
^ On annonçait alors le repas du roi de la sorte : « Sire , la « viande que Votre Majesté a commandée est prête» » {Lettres « de madame de Maintenon, t. V, p. 202, note.)
' < Le mot d'appartement venait de ce qae le roi avait com- « mencé à donner des plaisirs dans son grand appartement de « Versailles ; et de là on avait donné le nom d* appartement aux « jours auxquels le roi donnait quelque divertissement chez lui, « c'esf^à-dire lorsqu'il jouait au billard en public, qu'il y avait « bal et musique, et liberté à tout le monde de jouer tel jeu que « l'on voulait; et on disait : ^ Ilya aujourd'hui appartement.» {Mémoires du marquis de Sourehes ; 1. 1, p. 84.)
Grammont, le grand-prieur et M. de Chamillard. Il y avait aussi ces jours-là musique , bal , jeux de cartes, de dés, d*échecs , de trictrac. Après le billard, le roi entrait dans son cabinet avec madame de Maintenon , ou allait chez elle jusqu*au souper ^
Quelle que fût la variété de ces occupations, les affaires de rÉtat y tenaient cependant , comme on voit, une place importante. Sous ce rapport, la conduite de Louis XIV ftat toujours en harmonie avec les instructions qu'il préparait pour ses successeurs. « Dès Ten- « fance même, y est-il dit, le seul nom des rois fainéants € et des maires du palais me faisait peine quand on le « prononçait en ma présence. » Une autre fois, il précisait mieux sa pensée : « Nul ne partage votre travail
< sans avoir un peu de part à votre puissance. N'en t laissez à autrui que ce qu'il vous sera impossible de
< retenir; car, quelque soin que vous puissiez prendre, « il vous en échappera toujours bien plus qu'il ne se- € rait à souhaiter ^. » Pendant toute la durée de son règne, une des principales préoccupations des ministres fut donc de n'agir ou de ne paraître agir que par ses ordres ^ sous son inspiration; il suffit, pour se faire une idée de ses principes à cet égard , de lire la réprimande magistrale qu'il adressa un jour à Colbert , coupable d'avoir voulu imposer une opinion qui n'était
* Biblioth. royale, Mss. Mémoires complets du marquis de Dangeau, t. I; Occupations de Louis XIV en 4684. — Voir pièces justificatives, pièce n® II.
^ Œuvres de Louis XIV, t. I. Mémoires historiques des an^ nées 1664 et 1662, p. 6 et 150.
pas partagée ^ Et ces sentiments d'une obéissance exclusive, absolue, Louis XIV ne les exigeait pas seulement de ses ministres , mais de sa famille. Bien plus , docile à l'impulsion donnée , celle-ci , et la cour à sa suite , avaient poussé leurs démonstrations de soumission et de respect à un point qui dégénérait, on va s'en convaincre, en une espèce de culte. La citation suivante est textuellement extraite d'un livre en quelque sorte officiel dédié au roi et publié avec approbation.
« Quand les grandes dames , surtout les princesses « du sang, passent dans la chambre du roy, elles font « une grande révérence au lit de Sa Majesté 2. »
On sait que le duc de La Feuillade avait fait élever à Louis XrV, sur la place des Victoires, une statue en bronze qu'il inaugura, dit l'abbé de Choisy, « avec les « mêmes prosternations que les païens faisaient autrece fois devant les statues de leurs empereurs.» Le duc de La Feuillade voulait en outre que quatre flambeaux brûlassent nuit et jour devant elle; mais on obtint, non sans peine, qu'ils ne seraient pas allumés le jour. Il annonçait, d'ailleurs, l'intention d'acheter, dans l'église des Petits- Pères, un caveau que l'on aurait poussé jusque sous la statue , au-dessous de laquelle il se serait fait enterrer. — D'autres érections de statues, qui eurent lieu à la
^ Histoire de la vie et de V administration de Colbert, p. 404 . Cette lettre commence ainsi : < Je fus assez maistre de moy
< avant ier pour cacher la peine que j'avois d'entendre nn « homme que j'ai comblé de hienfais comme vous me parler de
< la manière que vous faisiez... >
^ L'état de la France en 4697, t. T', p. 293.
suite dans les provinces, notamment à Montpellier et à Poitiers, témoignent de la disposition des représentants deTautorité à propager cette idée que le roi n*était pas, non-seulement un roi ordinaire, maisun simple mortel ^ Enfin, le duc de Saint-Simon a prétendu, à ce sujet, qu*il n'aurait tenu qu'à Louis XIV de se faire adorer^ et il n'y avait peut-être pas loin, en effet, de ces révérences faites devant son lit par les grandes dames et les princesses du sang à l'adoration de son image, s'il en eût laissé percer le désir ^.
Toutefois, dans la région des grandesaffaires, il nesuffit pas toujours, même à celui qui commande, de vouloir imposer sa volonté pour être obéi. Si , à côté de lui , se trouvent des natures plus* énergiques ou plus intelligentes que la sienne, on peut être sûr que leur influence l'emportera habituellement. Sous Louis XIII , celle du cardinal de Richelieu s'était établie naturellement, franchement, par le double ascendant de la résolution dans le caractère et de la supériorité des vues. Tant que Louis XIV fut entouré de ministres d'une haute portée et que ceux-ci s'appelèrent Mazarin, Colbert, Louvois, il subit successivement leur influence; car, indépendamment de leur haute capacité, ils eurent en outre , pendant la durée de leur faveur, le talent de lui faire souhaiter les mesures qui entraient dans leur
^ Relation de ce qui s* est passé à V érection de la statue du Roy dans la vUle de Poitiers le 25 aoust 1687. — Voir aux pièces jastificatives, pièce no III.
' Mémoires de Saint-Simony t. Xllf. — Mémoires de l'abhé de Choisy,\\y. V.
système. Quand ces ministres , ayant disparu , eurent fait place à des hommes d'une valeur tout à fait secondaire, cette influence cessa d'exister, ou plutôt elle se déplaça pour passer peu à peu, bien que dans une mesure infiniment moindre, à madame de Maintenon \
Aucune femme n'a jamais eu , sur un aussi grand théâtre , une fortune pareille à celle de Françoise d'Aubigné , marquise de Maintenon. Née en quelque sorte dans la misère , de parents que la nécessité de vivre poussa dans les colonies, longtemps à charge à une tante avare et grondeuse, elle fut par hasard présentée chez un paralytique de tant d'esprit qu'il ne lui restait plus de raison, et à qui de brillants amis persuadèrent, dit le duc de Saint-Simon, de prendre pour femme cette charmante malheureuse de seize ans , à laquelle il re-^ connut plaisamment pour tout bien , outre quatre louis de rente, « deux grands yeux fort malins, un très-beau « corsage, une paire de belles mains, et beaucoup d'es- « prit. » C'est le sort de toutes les femmes qui recherchent le périlleux honneur d'influer sur les événements de leur pays d'être exposées aux plus odieuses calomnies , ou , si elles ont à regretter quelques faiblesses , d'en être punies par des récriminations qui contrastent avec l'extrême indulgence dont le monde couvre ordinairement ces sortes de fautes. « Je suis sur le théâtre, « a dit madame de Maintenon elle-même ; il faut bien « qu'on me siffle ou qu'on m'applaudisse. » Veuve et sans ressources à vingt-six ans, remarquablement belle, d'une beauté ferme, hardie, mais décente et très éloi-
* Mémoires de Saint-Simon, t. XIII, p. 17.
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gnée des airs souverains de madame de Montespan^ pleine de tact et de finesse , possédant à un haut degré ce qu*on appelait alore du manège , liée enfin avec ce que Paris comptait de plus brillant et de plus spirituel dans tous les camps, avec Ninon de Lenclos et madame de Sévigné , Françoise d'Aubigné se distinguait ellemême par un esprit délicat , enjoué, et en même temps par beaucoup de mesure, réunion rare et charmante des dons les plus heureux de la nature. D'après un de ses adorateurs, le chevalier de Méré, elle était douce, secrète, . fidèle, modeste^ intelligente; mais de Méré lui adresse, très doucement il est vrai, un grave reproche, « On s'i- « magine, lui écrit-il, que vos anciens amis ne tiennent « pas en votre bienveillance une place fort assurée. ^ » Cependant, Saint-Simon dit tout le contraire, et Ton sait qu'il est peu suspect de partialité à l'égard de madame de Maintenon. Successivement, elle se trouva introduite et puis recherchée dans les plus grandes maisons, à l'hôtel d'AJbret, chez les maréchaux d'Harcourt et de Villars, chez le duc de Richelieu. Là, elle rencontra madame de Hontespan, qui lui confia, en 1 670, la garde des enfants du roi et l'admit dans son intimité. Quinze ans plus tard, docile enfin, après une lutte désespérée,
* Françoise d'Aubigny^ marquise de Maintenon, fait par Giffart, graveur du Roy; ofTert par son très humble et très obéissant serviteur, Leblanc de Neauville. — Portrait ovale, avec quatre coins allégoriques.
* Lettres du chevalier de Méré. — Voir dans la Revue des Deux-Mondes du <•' janvier 4848, un très curieux et piquant article de M. Sainte-Beuve, intitulé le Chevalier de Méré ou rhonnête homme au dix-septième siècle.
aux sollicitations du P. Lachaise , de Bossuet , de son fils lui-même, Taltière favorite dut se résigner à quitter la cour , laissant à sa rivale le champ libre et toute la faveur de Louis XIV, faveur d'abord précédée d'une antipathie & laquelle il n'y a eu de comparable que l'engouement qui lui succéda , pour faire place ensuite à un attachement solide, qu'aucun nuage n'a troublé pendant plus de trente ans^
Les premiers signes apparents de cette haute fortune remontent & 4674, époque où les libéralités du roi permirent & madame de Maintenon d'acheter pour 250,000 livres la terre qui lui donna son nom, le titre de mar-
* Mémoires du duc de Saint-Simon^ passim. — Souvenirs de madame de Caylus, — Biographie universelle, excellent article par M. Monmerqué. — Lettres de madame de Maintenon. — Mémoires pour servir à l'Histoire de madame de Maintenon et à celle du siècle passé. — Les lettres de madame de Maintenon devraient être un des meilleurs commentaires de son caractère et de sa vie. Malheureusement, elles paraissent avoir subi de la part de La Beaumelle, qui en a été Téditeur, de si graves altérations, et les éditions qui s'en sont succédé présentent de telles différences» qu on ignore au juste quelle confiance on doit leur accorder. Il serait donc bien à désirer que M. le duc de Noailles publiât bientôt, comme il eu a annoncé le projet, une édition complète des œuvres de madame de Maintenon. Quant aux Mémoires de La Beaumelle sur cette femme célèbre, bien qu'ils soient loin de mériter tout le mal qu'en a dit^ avec des expression3 d'une amère violence, l'irascible et ombrageux philosophe de Ferney, qui contribua, à ce qu'il paraît, à faire envoyer leur auteur à la Bastille, ces Mémoires fourmillent, en effet, d'inexactitudes, et on ne saurait les prendre pour base d'un travail sérieux, — Voir, au sujet de la détention de La Beaumelle, aux pièces justificalives, pièce n® V.
quise et 10 à. 11^000 livres de rente. Instruite, par ses relations de tous les instants avec madame de Montespan, de ce qui plaisait ou déplaisait, destinée, pendant près de dix ans, à réconcilier sans cesse deux cœurs que les liens de Thabitude et de la vanité seuls réunissaient encore, elle gagnait chaque jour le terrain que rimpérieuse et incorrigible maîtresse perdait. Peu à peu, cependant, la gouvernante intime des enfants du roi et de madame de Montespan était devenue une puissance avec laquelle il fallut compter. Dès 4680, les tendances et les préférences de madame de Maintenon se dessinent nettement. C'était alors le commencement de la grande faveur de Louvois. A cette époque, elle écrivait à son frère d'Aubigné, à ce joueur insatiable et déréglé, qu'elle éloignait d'elle le plus possible, comme un écueil redoutable : « Je parlerai pour vous « à M. Colbert, quelque mal satisfaite que je soie de « lui. Il en sera plus porté à ne pas me reftiser. » Puis, dans d'autres lettres : « Je ne comprends pas M. Col- « bert; il vous fait donc attendre votre argent!... Je « vais faire l'impossible pour obtenir de M. Colbert ce « que vous désirez; la paix va le rendre de meilleure « humeur.... Je vois tous les jours M. Colbert, mais il « trouve ce que vous demandez aussi difficile que je « le trouve raisonnable. Ainsi, il n'est pas encore dé- « fait de moi^ » Dans une autre circonstance elle
* Il faut savoir qu'il ne s'agissait de rien moins que de faire donner à d'Aubigné M 8,000 livres de pot-de-vin sur une réadjudication des fermes, et que Colbert, tant les instances durent être vives, eut la faiblesse de s'y prêter. Enhardi par le succès^
écrivait à madame de Saint-Géran : « M. Colbert ne « pense qu'à ses finances et jamais à la religion. » Quand le grand ministre mourut, madame de Maintenon dut, suivant toutes les apparences, faire cause commune avec Le TellieretLouvois. Ce qui le prouve, c'est que la nomination de Le Peletier, dont elle loue la rare modestie et qu'elle consultait pour ses affaires personnelles, eut son assentiment. Plus tard, vers 1 686, les dispositions commencèrent à changer. D'un côté, les hauteurs de Louvois s'accroissaient avec
d'Aubigné voulut toucher une partie de la somme d'avance ; mais il paraît que cela souffrit quelques difficultés. C'est ce môme d'Aubigné qui répondit au maréchal de Vivonne, frère de madame de Montespan, lequel s'étonnait un jour de le voir jouer très gros jeu : « Cest que j*ai eu mon bâton en argent.» Puisqu'il est question de jeu et de madame de Montespan, voici un détail qui ne paraîtra pas sans intérêt. On lit dans les Lettres inédites des Feuquières (t. IV, p. 227) : « Le jeu de
< madame de Montespan est monté à un tel excès que les pertes « de 400,000 escus sont communes. Le jour de Noël, elle per-
< doit 700,000 escus ; elle joua sur trois cartes 450,000 pistoles « (la pistole valait 40 liv.), et les gagna ; et^ à ce jeu-là, on peut « perdre ou gagner cinquante ou soixante fois en un quart « d'heure.»— La lettre ne dit pas quel éiaii ce jeu-là; mais il est probable que c'était le lansquenet, très à la mode alors.
Un million cinq cent mille livres joués sur trois cartes !
Selon M. Leber ( Essai sur Vàppréciation de la fortune privée au moyen âge, p. 497 et suiv. Valeur des offices sous Louis XIV), Targenl n'aurait eu alors qu'une valeur à peu près double de celle d'à présent. Si l'on compare le prix du marc d'argent aux deux époques, l'observation est fondée : mais la lettre déjà citée de madame de Main tenon ( Voir Pièces justificatives, pièce n" L) prouverait, il me semble, que le prix des choses a suivi une progression plus élevée.
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ses services; de l'autre, ce ministre déguisait mal sans doute l'impatienceque lui causait l'obligation de travailler cbez le roi avec madame de Maintenon, et la nécessité de concerter avec elle, s'il faut en croire le duc de Saint-Simon, les nominations aux postes les plus élevés. Dès ce moment, madame de Maintenon dut reconnaître le besoin de donner un contrepoids à cette autorité de plus en plus importune, et c'est ce qu'elle fit en tâchant de relever l'importance deSeignelay. Son intimité avec les duchesses de Chevreuse et de Beauvillier, sœurs du jeune ministre, date de cette époque. Mais^ en 1683, toute la faveur était à Louvois, et ni Louis XIV ni madame de Maintenon ne songeaient encore à prendre leurs précautions de ce côté K
D y avait en même temps, à la cour, un homme dont l'influence grandissait alors de jour en jour, et qui, s'il n'a pas exercé, au même degré que madame de Maintenon, une action indirecte sur la plupart des événements de son temps, a dû cependant participer à bien des décisions importantes : c'était le Père François d'Aix de La Chaise. Petit-neveu dufameuxP. Cotton, confesseur de Henri IV, Jésuite comme lui, le P. La Chaise, issu d'un bon gentilhomme du Forez, avait d'abord professé les mathématiques, la physique et les belles-lettres à Lyon, où il sefltconnaîtreet apprécier par l'archevêque de Villeroy, qui était en même temps administrateur du diocèse et
* Lettres de madame de Maintenon à son frère ^ des 10 novembre 4674^ 3 et 24 juillet 4680, 26 mai et 42 juillet 4684, 1. 1®'. Lettre à madame de Saint-Géran, t. II. — Mémoires du marquis de Sourches, novembre 4685.
gouverneur de la province. Depuis Henri IV, les fonctions de confesseur du roi avaient toujours été dévolues à des Jésuites. Le P. La Chaise en fut chargé de 1675 jusqu'en 1 709, époque de sa mort, et, malgré ses instances, le roi ne consentit pas à Ten exempter. Jamais, on peut le dire, ces fonctions ne furent plus importantes. Toutes les semaines, le P. La Chaise tenait avec le roi le Conseil de conscience, où se faisait la distribution des bénéfices et des évéchés vacants. La seconde partie du règne de Louis XIV fut, d'ailleurs, troublée par un grand nombre de questions en même temps politiques et religieuses, et sur lesquelles le P. La Chaise était sans nul doute appelé à donner son avis, qui était, par malheur, beaucoup trop intéressé. « D'un esprit médiocre, € mais doué d'un caractère juste, droit, sensé, fort « ennemi de la délation, de la violence et des éclats, « ni vindicatif, ni entreprenant, fort jésuite, mais sans « rage ni servitude, il avait, d'après Saint-Simon, « dont le témoignage ne saurait ici paraître suspect, de « l'honneur, de la probité et de l'humanité. » Le chancelier d'Aguesseau et Voltaire lui-même représentent le P. La Chaise comme un homme doux, modéré, conciliant, ami de la paix. Tous les ans, aux fêtes de Pâques, la faveur de madame de Montespan causait au confesseur du roi une maladie poUtiqUe^ que les courtisans remarquaient tout bas, et dont la favorite se vengeait par quelque trait d'esprit. Cependant, fâchée peut-être de ce qu'il n'eût pas engagé le roi à déclarer son mariage publiquement, madame de Main- » tenon le juge sévèrement dans ses lettres. Mais la
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faveur du P. La Chaise résista à toutes les insinuations, et il put même, dit encore Saint-Simon, « louer, en pré- « sence du roi, la générosité et le désintéressement de « Fénélon. » Il y avait alors, à l'extrémité orientale de Paris, du côté du faubourg Saint-Antoine, un vaste enclos d'où Ton dominait toute la ville, mais où le tumulte de la ville n'arrivait pas. Le roi l'acheta, y fit bâtir une habitation, et le donna à son confesseur, qui l'appela Mont-Louis. Là, sur cette montagne où les générations qui disparaissent sont peut-être destinées à se superposer dans la durée des siècles, le P. La Chaise recevait l'élite de la société parisienne, et consacrait ses loisirs à des recherches pour l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres^ dont il fut fait membre honoraire, lors de sa réorganisation : car, il aimait la science, les lettres, et se connaissait en antiquités et médailles. Selon toutes les apparences, le P. La Chaise avait, en 1683, les mêmes tendances que madame de Maintenon, que le vieux chancelier, que Le Pelelier; et, dans cet exposé des forces dont disposaient les ministres qui se disputaient la direction supérieure des affaires et la faveur royale, on peut, sans hésiter, le comprendre, à cette époque, dans le groupe exclusivement dévoué à Louvois^
* Mémoires de Saint-Simon, t. VII, p. 18 et suiv. — Lettres de madame de Maintenon à M. de Noailles, notamment celle du 43 octobre 4708 ; Mémoires de Vabhé de Choisy, liv. IV.— L'abbé de Choisy dit, à la vérité, que Louvois, jaloux des entretiens fréquents du P. La Chaise, de Pélisson et de Tarchevôque de Paris avec Louis XIV, aurait, pour y mettre un terme, pressé et
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forcé la révocation de l'édit de Nantes. Ceci me paratt un abus de la disposition qu'ont certains esprits à attribuer toujours de petites causes à tous les grands événements. — Voir aussi, dans la Biographie universelle de Michaud, Tarticle sur le P. La Chaise, article très-impartial et très-modéré, comme tous ceux que ce recueil doit à la plume de M. Villenave. — M. Leber cite, dans le savant CatcUogue des livres imprimés, manuscrits, estampes, dessins et cartes à jouer, de sa bibliothèque, (t. II , p. 338 et 339), plusieurs publications du temps , relatives au P. La Chaise; les principales ont pour titre : Prévarications du Père de La Chaize, confesseur du roy, au préjudice des droits et intérêts de S. M.; — le Prince assis sur une chaise dangereuse, ou le Roi T,-C. se confiant en un Jésuite confesseur qui le trompe; — la Confession réciproque, ou Dialogues du temps entre Louis XIV et le P. de La Chaize, son confesseur; — Histoire du P. La Chaise , Jésuite et confesseur du roi Louis XIV, etc., etc. Mais toutes ces pièces sortent des presses de la Hollande, et sont des pamphlets dont il n*est permis de faire usage qu'avec la plus extrême circonspection.
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