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les religionnaires et y demeurer jusqu'à ce que ceux-ci fussent convertis , pour passer ensuite chez d'autres. Le maréchal de Noailles, qui avait été chargé de diriger ces mouvements de troupes dans le Languedoc, fait connaître en outre que, dans quelques circonstances, le nombre des hommes logés de la sorte chez une même famille protestante s'éleva jusqu'à cent, et que chaque cavalier avait droit , en sus du logement , à 20 sous par jour 1 .
Quelque temps après sa première instruction, le 30 août 1685, Louvois écrivait au marquis de Boufflers : « Je vous supplie de vous souvenir de ce que je « vous ai déjà mandé plusieurs fois, qui est qu'il faut « tacher de multiplier les conversions, sans se vouloir € attacher à ce qu'elles soient générales, ni que les « plus riches se convertissent, et qu'il suffit, quant à « présent, de faire diminuer considérablement le nom- « bre des religionnaires. »
Enfin, le même ministre écrivait, dans une autre circonstance, à un commandant de province : • Sa Ma- « jesté veut qu'on fasse sentir les dernières rigueurs « à ceux qui ne voudront pas suivre sa religion, et « ceux qui auront la sotte gloire de vouloir rester les € derniers doivent être poussés jusqu'à la dernière « extrémité 2 . »
* Eclaircissements historiques , etc. , t. I , passim , d'après le» lettres et mémoires originaux cités par Rulhière.
a Eclaircissements historiques , etc. , 1. 1 , p. 302 et 345. Ce dernier extrait se trouve aussi dans le Siècle de Louis XIV, de Voltaire, ch. XXXVI, du Calvinisme. On sait que Voltaire est
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Ces instructions, il est aisé de ie comprendre, ne tardèrent pas à porter leurs fruits. De tous les côtés, les intendants et commandants des provinces écrivirent à la Cour que les troupes n'avaient en effet qu'à se montrer pour opérer des conversions innombrables. En 1 684, l'intendant du Béarn constatait sur son journal que, « depuis son retour dans la province, il s'étoit « converti onze cents protestants, et qu'il y avoit * beaucoup de gentilhommcs ébranlés qui seroient « déterminés par des pensions 1 . » La présence des cavaliers et des dragons opéra instantanément de bien autres prodiges. Persuadés avec raison, il faut le dire, qu'une abjuration arrachée par de tels moyens était s ai) s conséquence, désireux, pour la plupart, de s'assurer ainsi la possibilité de faire les dispositions nécessaires pour passer à l'étranger, un grand nombre de protestants signaient sans difficulté de leur nom, ou d'une simple croix s'ils étaient illettrés, les listes de conversion qu'on leur présentait. Dans les premiers jours du mois de septembre 1685, Louvois écrivait à son père : « Il s'est fait 60,000 conversions dans la « Généralité de Bordeaux et 20,000 dans celle de « Montauban. La rapidité dont cela va est telle qu'il ne « restera pas 1 0,000 religionnaires dans toute la Gé-
une autorité historique fort suspecte. 11 est possible d'ailleurs que Rulhière, qui a compulsé la correspondance de Louvois au dépôt de la guerre , y ait vu la lettre d'où ce passage paraît avoir été extrait; mais c'est un point sur lequel il a omis de s'expliquer.
1 Mémoires de Nicolas-Joseph Foucault, etc.
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• nôralitô de Bordeaux où il y en avait 4 50,060 le 1 5 « du mois passé. * A la même époque , le duc de Noailles annonçait dans une dépêche la conversion des villas de Nimes, Uzès, Alais Villeneuve, eto. « Les plus considérables de Nîmes, écrivait-il à Lou-
-« vois, firent abjuration dans l'église le lendemain de « mon arrivée. Il y eut ensuite du refroidissement, et j « les chose? se mirent dans un bon train par quelques m logements que je fis faire chez les plus opiniâtres. » Ces opiniâtres étaient sans doute de ceux chez chacun desquels on logea ce ni hommes. « Je me dispose
• i aller parcourir les Cévennes, mandait le duc de c Noailles dans une autre lettre, e{ j'espère qu'avait « la fin du pois il ne restera plus un huguenot... M . » Puis enfin, dans une dépêche postérieure : c Le nombre i des religionnaires de cette province est d'environ
( « 340,000 hommes, et quand je vous ai demandé
• jusqu'au $5 du mois prochain pour leur entière conf version, j'ai pris un termç trop long, car je émis € qu'à la fin du mois e$la sera expédié 1 . •
Personne , à la vérité , ne se faisait complètement illusion sur le vrai sens de ces conversions ; mais, disait madapie de Maintenon , c si les pères sont hypocrites , « les enfants seront catholiques. » Envisageant la question d'un autre point de vue, Louvois écrivait, le 9 octobre 4685, à Lamoignon de Bà ville, intendant du Languedoc 2 : « C'est un bien que la soumission des reli-
1 Eclaircissements historiques, etc., 1. 1, p. 304, 343 et $48.
a Cet intendant devint plus tard la terreur des protestants de
la province, et il a passé, avec Niaolas Foucault pour la fauteur
DJBtomsxiv. m
« gionnaires soit générale ; mais il fout prendre garde « que cette soumission unanime ne maintienne entre « eux une espèce de cabale, qui ne pourrait être par la « suite que fort préjudiciable. »
Quoiqu'il en soit, les listes de conversion trompèrent, éblouirent la Cour, Persuadé qu'il suffirait désormais, pour faire tomber toutes les résistances , de frapper les esprits par un grand coup , le roi signa , le i 8 octobre 4685, la révocation de l'édit de Nantes, par le motif, disait l'arrêt, « que ses soi as avQiept eu la fin qu'il « s'étoit proposée, puisque la meilleure et la plus grande < partie de ses sujets de ladite R. P. R. avoient em- « brassé la catholique *. »
des mesures acerbes qui furent successivement adoptées contre les religion naires. Sa famille a cherché à le disculper de ce reproche. (Voir la Vie du président de Lamaignon, par Gaillard.) Bile a prétendu qu'il ne poussait les protestants avec vigueur que pour éviter d'en venir aux dernières extrémités, et Rulhière a vu, dit-il , une lettre de lui, du 43 avril 4708, dans laquelle il s'exprime ainsi : « Je n'ai jamais été d'avis de révoquer l'édit de « Nantes, » Quoi qu'il en soit, le chancelier d'Aguesseau, dont le père était intendant en même temps que B&vitto, parle de ce dernier comme d'un homme porté pour les partis extrêmes et violents. Bâville fut intendant du Languedoc pendant vingtcinq ans sans obtenir la permission de venir une seule fois à Paris. Les ministres le tenaient , disait-on , éloigné par jalousie et dans la crainte qu'il ne cherchât à les supplanter. Il est plus probable que Fétat de fermentation constant de sa province, depuis le commencement de la persécution dirigée contre Ifs *
protestants, y rendait sa présence indispensable. Les Mémoires du temps l'appellent le Roi du Languedoc.
< M. Leber signale, dans le riche et prépieux (ktalogm des livres imprimés et momuscritsde $aMUothèque\ etc. (3 vol. ia*&) 9
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Puis, quelques jours après, madame de Maintenon écrivait : « Le roi est fort content d'avoir mis la der- « nière main au grand ouvrage de la réunion des lié— a tiques à l'Église. Le P. de La Chaise a promis qu'il « n'en coûterait pas une goutte de sang , et M. de Louc vois dit la même chose 1 . » La facilité des conversions
un livret extrêmement rare intitulé : Croisade des protestants, ou Projet sur l'institution des chevaliers de Saint-Paul. (Cologne, Pierre Marteau, 4684, in-42.)~«Le projet de l'auteur, dit < M. Leber, n'aurait tendu à rien moins qu'à soulever tous tes « princes protestants contre les pays catholiques, et à fonder un « ordre de chevalerie religieux et militaire, dont la mission eût « été de pourchasser et d'exterminer les catholiques partout où « ils se seraient opposés aux progrès de la réforme. » M. Leber se demande, à ce sujet, si la révocation de l'Édit de Nantes, mûrie depuis longtemps , mais qui ne devait s'accomplir que lentement et par degrés insensibles, n'aurait pas été précipitée par le projet de croisade dont il s'agit. Il y a lieu de croire que, si Tédit de révocation a été brusqué, comme cela d'ailleurs parait probable, c'est par suite des motifs exposés plus haut, en même temps que par le désir très naturel et très politique de ne pas laisser la question à moitié résolue , c'est-à-dire la population protestante du royaume agitée et mal disposée pour le cas où la France, ce qui pouvait arriver d'un moment à l'autre, aurait eu une guerre à soutenir avec quelque puissance protestante. Dans tous les cas, la menace du plan de croisade proposé aux protestants, car M. Leber reconnaît lui-même qu'il ne s'agissait que d'un projet individuel, n'a pu, il me. semble, exercer qu'une influence très lointaine et très secondaire sur la grave détermination adoptée par le gouvernement.
« D'après l'abbé de Choisy (Mémoires , livre IV), Louis XIV aurait signé Tédit de révocation malgré l'opposition dune partie de son Conseil, qui eût préféré les voies de douceur. Cette assertion est en contradiction avec tous les faits bien établis
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obtenues ptr la seule menace des logements de troupes causa sans doute l'illusion de Louis XIV et du P. La Chaise; mais on peut ju^er, par les extraits même de la correspondance de Louvois , de la sincérité de ses promesses.
Ainsi se trouva , sinon résolue, mais tranchée, après des hésitations infinies , la question qui , depuis plus d'un siècle, avait occasionné tant d'embarras au gouvernement , soit par elle-même, soit comme prétexte. Mais, lorsqu'elles ne sont pas combinées par une intelligence vraiment supérieure, les mesures énergiques
qui précèdent. Seul , dans son Conseil , Louis XIV parait, au contraire, avoir été pour le parti de la conciliation et des ménagements, tandis que Le Tellier, Louvois, Châteauneuf, et très probablement Le Peletier, tout dévoué à Le Tellier, étaient d'un avis opposé. Ces dispositions de Louis XIV vont bientôt ressortir, du reste, d'une manière évidente, de nouveaux documents officiels et inédits.—- L'abbé de Choisy dit dans un autre passage du livre IV de ses Mémoires que « Louis XIV fît impri- « mer à ses dépens pour plus de 80,000 francs de livres de « piété à l'usage des protestants , et qu'il les faisait distribuer « dans les provinces. » Ce fait est exact , et ce fut Bossuet qui donna ce conseil au roi. On imprima de la sorte cinquante mille exemplaires de la traduction du Nouveau-Testament du père Amelotte , et un pareil nombre d'exemplaires des Prières de la liturgie, traduites en français. « C'était, dit M. de Bausset, « la manière la plus simple et la plu3 sûre de désabuser la mul- < tilude y à qui ses ministres avaient persuadé que l'Église ca- « tholique voulait cacher au peuple la connaissance des livres « sacrés et des Prières de la liturgie, et que c'était par ce mo- « tif qu'elle s'obstinait à célébrer le culte public dans une lan- « gue inconnue au vulgaire. » (Histoire de Bossuet, t. IV,
p. 83, note.)
4 1 i LE GOUVERNEMENT
sont pleines do périls. C'est dans de telles circonstances que le génie d'un cardinal de Richelieu eût surtout été utile ù la France. Ad lieu de cette puissante volonté mêlée de tant de pénétration, la royauté n'eut à sou service que la force matérielle, sans ménagements ni palliatifs, telle que la comprenait l'impérieux Louvois. Aussi, loin de se calmer par suite de la révocation de l'édit de Nantes, la lutte recommença bientôt, et devint* principalement sur quelques points, plus vive et plus acharnée qu'au** pamvant*