CHAPITRE IX
Les eaux de Versailles.— ftiqu et propose à Calbert d'amener la Loire sur le plateau de Satory.— L'abbé Picard et ColbcrL— Détail de la machine de Marly. — Ce qu'elle coûta.— Louvois fait entreprendre les travaux pour amener la rivière d'Eure à Versailles. —Description du plan qui fut adopté. — Vauban et Cassini sont chargés de la direction des travaux. — Fréquents voyages de Louvois et de Louis XIV à Maintenon. — Vingt-deux mille hommes de troupes sont employés aux travaux. — Les maladies se déclarent parmi les travailleurs. — Lettres de madame de Maintenon et de Racine sur l'aquéduc de Maintenon. — Avis du Mercure galant sur l'emploi des troupes a ces travaux. — Opinion du dnc de Saint-Simon a cesujet. — Abandon des travaux.— Sonnet au roi. — Évaluation de la dépense des ouvrages exécutés.— Le canal du Languedoc et celui de l'Eure.— Les débris de l'aquéduc de Maintenon servent à réparer le château de madame de Pompadour.
Depuis que Louis XIV avait fait commencer les bâtiments de Versailles et résolu d*y établir sa résidence principale, bien des projets avalent été formés pour amener sur ce point une masse d* eau un peu considérable, car toutes les merveilles improvisées par Mansard, Lebrun et Lenôtre, sous la direction de Colbert , paraissaient avec raison incomplètes et inachevées tant que l'on n'aurait pas trouvé le moyen de faire arriver sur
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les hauteurs qui dominent la ville un cours d'eau volumineux , permanent, qui, habilement distribué dans le parc et les jardins , y eût répandu le mouvement et la vie. Une pensée plus sérieuse paraît en outre avoir préoccupé Golbert. La ville, telle que l'avait faite le séjour de la Cour, l'affluence des employés attachés aux divers services et celle des troupes , manquait d'eau potable. Il fallait donc, par tous les moyens, pourvoir à cet impérieux besoin. Aussi n'y avait-il pas un ingénieur, soit à l'Académie des Sciences 1 , soit en dehors, qui ne cherchât ce difficile problème , à la solution duquel on prévoyait bien qu'étaient attachés, en raison de l'importance que Louis XIV attachait à ses résultats , la fortune et les honneurs.
Beaucoup d'essais inutiles furent d'abord tentés. « Que voulez-vous , disait Colbert? il faut bien faire son apprentissage 2 . » Cependant, vers 1674, ce ministre eut pendantquelque temps l'espoir de voiries eaux de la Loire arriver à Versailles des hauteurs même de Satory. L'auteur du projet était l'illustre Riquet , que les magnifiques travaux du canal de Languedoc recommandaient puissamment. Riquet s'engageait même à mener l'entreprise à bonne fin, moyennant 2,400,000 livres. Un des membres les plus distingués de l'Académie des Sciences , l'abbé Picard , ayant exprimé l'opinion qu'elle était impraticable, on raconte que Colbert le fit venir et lui dit « de prendre garde, que M. Riquet « n'était pas un homme ordinaire, et que la réussite du
1 Cçtte Académie avait été fondée par Golbert en 4666. 9 Mémoires de Charles Perrault, livre IV.
« canal de la communication des deux mers était un « préjugé, qu'il ne se trompait pas aussi lourdement « qu'on voulait le faire entendre. » — c M. l'abbé « Picard, dit Charles Perrault, témoin oculaire, sans « répondre un seul mot à M. Colbert , fit une révérence « et se retira. Ce procédé me surprit un peu , ajoute « Perrault, et il me parut que ce ministre ne s'y atten- « dait pas. »
Quoi qu'il en soit, l'abbé Picard avait raison, et Colbert, heureusement, eut le bon esprit de profiter de l'avertissement. Il chargea l'Académie des Sciences de contrôler les nivellements de Riquet. Or , celui-ci les avait, dit-on, fait exécuter par des maçons de village; ils furent reconnus faux et l'on dut renoncer à son projet.
Un an après, en 4 675 , Colbert , ayant appris qu'un gentilhomme liégeois , le baron Arnold Deville , avait fait construire une machine hydraulique qui élevait l'eau à une grande hauteur, il le manda à Paris. Après avoir exploré le cours de la Seine dans les environsde la capitale, Deville et un maître charpentier de son pays , qu'il avait amené avec lui , Rennequin Sualem , entreprirent de construire à Marly la fameuse machine de ce nom.
« Des digues , construites d'île en lie dans l'espace « de près d'un myriamètre, soutinrent constamment,' « depuis Bezons, toute l'eau du grand bras, près de « trois mètres plus haut que celle du petit bras laissé « seul à la navigation. A la chute de cette immense « retenue se trouvait la machine, composée de qua-
torse reucs plongeant dans la Seine, et n'ayant pas «oins de douze mètre» de diamètre. Aux arbres de ces roues, vingt-huit manivelles faisaient mouvoir soixante-quatre pompes foulantes et aspirantes, lesquelles portaient l'eau par cinq conduits d'environ vingt-deux centimètres d'ouverture*, dans des puisards à mi-eète, élevés de près de cinquante mètres au-dessus de la Seine. Dans ces puisards, soixantedouze pompes , fonctionnant au moyen de tirants d'eau mus par la machine , portaient Peau à l'aquéduc de Marly par deux conduits de trente-deux à trente-trois oeutimètnes, et un de vingt-deux '. » Les travaux de la machine de Marly durèrent sept années et coûtèrent 3,674,864 livres 8 sous. Mais l'eau de Marly ne parvint pour la première fois* dans les bassins de Versailles qu'en 1685, et il ne fut pas donné à Colbert d'assister au magnifique spectacle de leurs masses jaillissantes.
Louis XIV récompensa libéralement le baron Deville : il lui donna d'abord 1 00,000 livres de gratification , Pevilleeut, en outre,, une reate viagère de 6,000 livres,
1 Des Eaux de Versailles , considérées dans leurs rapports historique et hygiénique, par J.-À. Leroi, conservateur de la bibliothèque de Versailles; 4 vol. in-8°, 4847, p. 47. — Le travail de M. Leroi est extrêmement curieux et renferme on grand nombre ^e pièces justificatives, la plupart inédites et extraites de manuscrits originaux appartenant à la bibliothèque de Versailles. — Tout le monde sait que l'ancienne machine de Marly ne fonctionne plus : elle a été remplacée par h force motrice de deux roues à aubes placées an-efessous de la barre , et d'une machine 9 vapeur 4oat la constnuotion rouoate à 4836.
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et }a direction, jusqu'à sa mort, de la machine de Jkfarly, emploi qui lui valait également 6,000 livres. Rennequin Sualem resta également attaché toute sa vie à la direction de la machine, en qualité de charpentier 1 .
Cependant Je but principal, utile, n'était pas atteint, et l'eau potable manquait toujours. En 1680, Colbert fit entreprendre , pour en amener des hauteurs de Saclay, des travaux qui avaient été estimés un peu plus de 700,000 livres. Les travaux réussirent, mais la dépense excéda 3 millions 2 .
Trois ans après, Louvois remplaçait Colbert à la surintendance générale des bâtiments. À peine installé, le nouveau surintendant chargea un membre de l'Académie des sciences, de Lahire, de reconnaître s'il ne serait pas possible d'amener à Versailles les eaux de la rivière d'Eure, en les dirigeant par Maintenon* Il y avait, comme on voit, dans ce plan, bien des motifs pour en aplanir les obstacles. De Lahire fit les nivellements, qui furent sans doute trouvés satisfaisants, tant on désirait qu'il en fût ainsi, et le projet du canal fort arrêté.
1 Les Eaux de Versailles, p. 4.8, 449 et suiv.— Des doutes m sont élevés sur la question de savoir si le véritable inventeur de la machine de Marly fut le baron Deville ou le charpentier Rennequin Sualem. M. Leroi donne les pièces de ce procès, sur lequel il paraît difficile de se prononcer. Une question semblable a été aussi soulevée au sujet du canal du Languedoc par le général Andréossy, qui en revendiquait la première idée en faveur d'un de ses ancêtres. Voir Histoire de Colbert, chap. VIII, p. 202.
2 Traité de la pratique des fortes mouvantes , par Goberl, 1702; cité dans les Eaux de Versatiles, p. 464 et suiv.
Il s'agissait d'une entreprise immense, gigantesque, et d'une exécution bien autrement difficile et coûteuse que celle du canal de Languedoc, qui venait d'être heureusement achevé. La rivière d'Eure prend sa source dans le Perche, à quelques lieues de Mortagne, baigne Pontgouin, Cour ville, Chartres, la partie inférieure de Maintenon, où elle commence à porter bateau; arrose ensuite Nogent-le-Roi, Ivry, Pacy-sur-Eure, Louviers, et se jette dans la Seine au-dessus de Pontde-1'Arche. D'après le projet qui fut adopté , le canal devait s'alimenter à Pontgouin , situé à trente-deux kilomètres au-dessus de Chartres, et dont le niveau fut reconnu dépasser de vingt-sept mètres celui du réservoir de la Grotte, à Versailles , traverser l'Eure à Maintenon , sur un aqueduc, et se diriger par Craches, le bote des Ivelines, le Perray et les Essarts, vers les étangs de Trappes et d'Arcy, contigus au parc de Versailles 1 .
La longueur de Pontgouin à Maintenon était de 48,657 mètres, la longueur totale près du double.
L'aquéduc de Maintenon devait avoir, d'après le plan primitif, 5,920 mètres de longueur et deux cent quarante-deux arcades de 1 3 mètres 33 centimètres de largeur, qui , suivant la profondeur de la vallée, auraient été superposées sur deux ou trois rangées de hauteur inégale 2 . Sa plus grande élévation aurait été
1 Division géographique, historique et politique des Gaules et de la France, par l'abbé Expilly ; t. IV, p. 494.
i Les premières arcades, les seules qui furent faites , avaient de hauteur, jusque sous la voûte, 45 mètres 32 centimètres; les
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de 68 mètres 16 centimètres. De chaque côté du canal aurait régné un corridor avec parapet, auquel auraient conduit des escaliers ménagés tant dans l'intérieur des piles qu'à l'extérieur. Enfin, le canal que ce magnifique travail devait supporter, aurait eu 2 mètres 48 centimètres de large, sur \ mètre 89 centimètres de profondeur 1 .
Tel devait être le principal aqueduc dont Vaubaa avait, sur la demande de Louvois, soumis les plans à ce ministre, qui s'occupa immédiatement de faire commencer les travaux. « M< de Louvois,» dit Dangeau, à la date du 20 février 4685 , « partit hier, pour aller i « Maintenon et à Pontgouin, voir les ouvrages qu'il « fait faire pour amener icy la rivière d'Eure; il mène « avec luy Chamley et Deville 2 , et trouvera là Vauban « et Mesgrigny, qui y sont depuis quinze jours pour « faciliter et avancer ce dessein-là 3 . » Quelque temps après, le 9 juin de la même année, madame de Maintetenon écrivait à son frère : « M. de Louvois revint « hier de Maintenon , charmé des facilités qu'il trouve « pour son aqueduc. Yauban m'a dit qu'il iroit plus
secondes auraient eu M mètres 60 centimètres, et les troisièmes 40 mètres.» Les Eaux de Versailles, etc., p. 24.
1 Les Eaux de Versailles, etc., 'foc. cit.
3 M. de Ghamlay était attaché à Louvois et vivait dans son intimité. D'après Saint-Simon (Mémoires, jt. XIII. p. 33.), il refusa, lors de la mort de ce ministre, le département de la guerre que Louis XIV voulait lui donner, et plaida en faveur du fils de Louvois, le marquis de Barbezieux , qui l'obtint. — Deville était l'ingénieur de la machine de Marly.
3 Mémoires Mss. de Dangeau; à la date indiquée.
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« vite et oftûteroit moins qu'a ne l'avoit cru , mais « qu'il atxrit été deux mois sans comprendre qu'on p4& « en venir à bout. »
Ainsi, d'après madame de Maintenon, Vauban luimême avouait qu'il avait longtemps douté de la possibilité d'amener les eaux de l'Eure à Versailles. Cette possibilité lui avait-elle, ensuite, été complètement démontrée?... Ce qui est certain, c'est que le bruit circulait partout que le nouveau canal ne réussirait pas. « U y a voit beaucoup à appréhender, » dit un contemporain attaché à la Cour, sous la date du 1 5 février 1 685, a qu'après avoir fait une si prodigieuse dépense, l'eau « de cette rivière ne pût venir jusqu'à Versailles *. »
Cependant les travaux étaient commencés et ils excitaient une certaine rumeur dans le pays chartrain. Les propriétaires des terrains que le canal devait traverser et couper, sans les arroser, se plaignaient de la dépréciation que leurs biens en éprouveraient. D'un autre oMé, tous les riverains de l'Eure objectaient que le tirant d'eau de la rivière n'étant pas considérable, elle cesserait, pour peu qu'on le diminuât, de pouvoir porter bateau, ce qui serait extrêmement dommageable à toute
la contrée. On promit d'obvier à oet inconvénient en ne prenant que 66 centimètres, et, le feu des premières réclamations s'étant un peu calmé, on poussa les ouvrages avec la plus grande vigueur 2 . « Vers la
1 Mémoires du marquis de Sourches, grand prévôt, etc.; à la date indiquée. — Il est vrai que les habitants du Languedoc en disaient autant, avant son achèvement, du canal de Riquet.
3 Histoire de la vtUe de Chartres, du pays chartrain et de la
« fin du mois d'avril 4685, » dit te marquis dé Sourche*, « on vit arriver autour de Versailles quinze ou seise « bataillons d'infanterie, dont la plupart furent en- • voyés pour travailler à la conduite de la rivière « d'Eure, que le roi faisoit venir à Versailles; le reste « demeura aux environs de cette superbe maison pour « travailler aux ouvrages du roi i . » Ces régiments , qui formaient un corps de troupes d'environ vingt-deux mille hommes , étaient : Picardie, Champagne, Royal* des-Vaisseaux, Languedoc, Navarre, Feuquières, Cru»sol, La Fare, Fusiliers du roi, Alsace, Vaubecourt, Lyonnais , Dauphin , La Reine , Anjou , Vermandoia, plus trois escadrons de dragons. Le marquis d'Uxellea les commandait ; huit mille ouvriers ou maçons, leur furent adjoints.
De temps en temps, Louis XIV allait lui-même visiter les travaux. Le 12 juillet 4686, il partit pour Maintenon; arrivé à Épernon, il monta à cheval et suivit la chaussée, en se faisant rendre compte de tout ce qui avait été fait. « Le dimanche 44,» dit le marquis de Sourches, « il passa en revue, dans la plaine qui est au* « dessus du château, les vingt-deux bataillons d'infan- « terie et les trois escadrons de dragons qui travail- « lokftt à la rivière d'Eure, dans différents endroits, et « qu'on avoit fait rassembler exprès dans ce lieu pour * croître devant lui» Il en fut extrêmement satisfait, « et avec raison; car on n'a jamais vu des troupes
Beauce, par Doyen, t. II, article Maintenons — Dictionnaire hydrographique de la France, par Moithey.
1 Mémoires du marquind* fourches, tic.; à la date indiquée.
« plus belles que celles-là 1 . » Puis, deux mois après, toujours moins confiant dans les résultats de tous ces grands travaux , et peu satisfait peut-être d'y voir employer les plus belles troupes de l'armée, le marquis de Sourches fait remarquer, au sujet de l'offre du duc de Lorraine décéder à la France tous ses droits sur son duché de Lorraine, pour 8 millions, que le roi refusa de donner, qu'il aurait mieux valu les employer à cela qu'aux ouvrages de la rivière d'Eure. Enfin , au mois de septembre de la même année, Louis XIV alla de nouveau à Maintenon, et passa en revue ses troupes qu'il trouva encore fort belles, quoiqu'elles fussent, dit le marquis de Sourches, fort diminuées par les maladies. Écoutons encore, sur ce voyage, l'abbé de Choisy : « Le roi visita les travaux immenses qu'on faisoit pour « conduire la rivière d'Eure à Versailles , et quoiqu'il « fût bien aise de les voir en bon état, il fut fort fiché « d'apprendre que les maladies populaires s'étoient « mises dans les troupes (les terres remuées rendent « l'air mauvais), et qu'il y étoit mort beaucoup d'offi- « tiers et de soldats 2 . »
Un an après , le 28 juillet 1 687, madame de Maintenon écrivait à une de ses amies : « Les ouvrages de « Maintenon sont fort avancez ; la présence du roi n'y « gâte rien. Cest un beau spectacle que de voir une « armée entière travailler à l'embellissement d'une « terre ! Les deux montagnes se joindront par qua- « rante-sept arcades solidement bâties. C'est, de l'aveu
1 Mémoires, etc.; à la date indiquée.
a Mémoires de l'abbé de Choisy, livre V.
t de tout le monde, un ouvrage digne des Romains et « du roi. Tout cela me ramène souvent à cette ré- « flexion : Les hommes sont bien fous de se donner « tant de soins pour embellir une demeure où ils n'ont « que deux jours à loger 1 . » Singulière réflexion, on en conviendra , après l'incroyable mouvement de vanité et d'orgueil qui la précède de si peu !
Vers la même époque, un journal du temps annonçait ce qui suit : « Le roi a été voir les travaux de la
• rivière d'Eure, et Sa Majesté a fait la revue des « troupes qui y travaillent; comme cette occupation
• leur est ordinaire en temps de guerre, la paix ne
• leur fait pas oublier leur métier 2 . »
Enfin, le 24 août 1 687, Racine écrivait à son ami Boileau : « J'ai fait le voyage de Maintenon, et je suis « fort content des ouvrages que j'y ai vus : ils sont « prodigieux et dignes, en vérité, de la magnificence t du roi. Les arcades qui doivent joindre les deux « montagnes, vis-à-vis Maintenon, sont presque faites; « il y en a quarante-huit : elles sont bâties pour l'éter- « nité. Je voudrais qu'on eût autant d'eau à faire pas- « ser quelles sont capables d'en porter. Il y a là plus « de trente mille hommes qui travaillent , tous gens « bien faits, et qui, si la guerre recommence, remue- « ront plus volontiers la terre devant quelque place « sur la frontière que dans les plaines de Beauce
1 Lettres, etc., t. II ; lettre à madame de Saint-Géran. a Mercure galant, juillet 4687, p. 337, cité dans les Eaux de Versailles, p. 484.
3 Œuvres de Racine, lettres à Boileau.
474 LE «ÛUTEKNEMSNT
Ennemi pasetoiufeé de madame de Naintenon et de Louvois, le duc de Saint-Simon ne juge pas , on le pense hieu, l'entreprise d'amener les eaux de l'Eure à Versailles, avec les mêmes ménagements. Il est curieux et instructif de comparer sa relation avec celles qui précèdent.
« Madame de Maintenon régnait. M. de Louvois, < alors* étoit bien avec elle. On jooissoit de la paix. Il « imagina de détourner la rivière d'Eure, entre Chartres «. et Maintenon, et de la faire venir tout entière à Ver- « sailles 1 . Qui pourrait dire l'or et tes hommes que la c tentative obstinée en coûta pendant plusieurs années, « jusque-là qu'il fut défendu, sous les plus grandes « peines, dans le camp qu'on y avoit établi et qu'on « y tint très longtemps , d'y parler des malades, sur- « tout des morts que le rude travail, et plus encore « l'exhalaison de tant de terres, tucient a . Combien « d'autres furent des années à se rétablir de cette con- « tagion ! Combien n'ont pu reprendre leur santé p&n- « dant tout le reste de leur vie! et toutefois, non- « seulement les officiers particuliers, mais les colonels, « lea brigadiers; et ce qu'on employa d'officiers géné-
' Ceci n'est pas exact, car il avait élé arrêté; on Ta vu plus haut, sur les réclamations des riverains de l'Eure , qu'on n'y prendrait que deux pieds d'eau.
a Le duc do Saint-Siroou et Fabbé de Cboisy attribieut t**s deux les maladies qui se déclarèrent parmi les travailleurs aux exhalaisons des terres. U est probable qu'il y eut une autre cause, car il se fait aujourd'hui des mouvements de terrain bien autrement considérables sans qu'on voie se produire les mènes inconvénients.
DE fcOUlg XIV. t7ô
« raux n'avoient pas, quels qu'ils fussent, la liberté de « s'en absenter un quart d'heure, ni de manquer eux- « mêmes un quart d'heure de service sur les travaux. « La guerre, enfin, les interrompit, en 4688, sans « qu'ils aient été repris depuis ; il n'en est resté que « d'informes monuments qui éterniseront cette cruelle « folie 1 . »
En effet, aux prêtera bruits de guerre, les travaux, dont les premiers dévia avaient d'ailleurs été déjà modifiés et singulièrement restreints, furent abandonnés» La portion du <sanal comprise entre Pontgouiû et Maintenon fut seule achevée» Bien plus, la précipitation avec laquelle on retira les troupes et les ouvriers fut telle, que, d'après un historien local, un grand nombre de tuyaux de conduite en fer, que Ton avait fait construire et amenés sur les lieux à grands frais, y flirent laissés et servirent, pendant longtemps, de limites dans les champs 2 .
Corneille avait célébré en vers magnifiques, dignes de lui et du sujet, la construction du canal de Languedoc; un poète du temps, le P. Tessier, jésuite, composa, sur celui de Main tenon, le singulier sonnet qu'on va lire :