‹ Le gouvernement de Louis XIV, ou, La cour, l'administration, les finances etChapitre 31 sur 82 · NIL MORTALE LOQUAR · texte numérisé non relu

NIL MORTALE LOQUAR

Je chante un héros immortel.

Pour dire que ce qu'elle publierait du Roy, deviendrait l'admiration de tous, l'union et l'entre ien de tous les siècles.

Le Corps des Marchands ayant la meilleure part à la feste, il estoit juste qu'il s'y trouvast, et qu'il fost placé commodément Pour cela, ils firent dresser un théâtre qui servoit

à la décoration de la place comme les autres. Mercure, le dieu du Négoce, y estoit élevé sur une pyramide sur laquelle on avoit peint des trophées des divers instrumens dont se servent les marchands. Quatre figures, représentant les Arts, occupoient quatre coins; le tout accompagné d'inscriptions et de devises qui convenoient au sujet. Toute la place estoit environnée de théâtres qui, outre leur décoration particulière, estoient agréablement ornez d'une quantité prodigieuse de personnes de l'un et de Vautre sexe, que le bruit de la feste avoit attirez de plus de trente lieues à la ronde. Celuy des écoliers parut fort brillant ; les Jésuites, dont on connoît le zèle pour la gloire du Roy, souhaittant qu'ils entrassent dans cette feste, et qu'ils contribuassent autant qu'ils pourroient à luy donner de l'éclat, les avoient fait dresser depuis longtemps à l'exercice des armes, et en avoient fait une milice aussi propre qu'elle estoit bien réglée ; de sorte que ce fut un spectacle de les voir tous rangez en bon ordre sur le théâtre qu'on leur avoit préparé, qui estoit bordé de demy-piques et de drapeaux de différentes couleurs, et qui faisoieat une face Irès-agréable.

Comme la slatue qui donnoit lieu à celle solemnité ne doit pas faire seulement l'ornement de la Ville, mais que les Habitants la regardent encore comme leur Dieu Tutélàire, puisqu'elle les met par là d'une manière plus particulière sous la protection du Prince, on avoit tâché de rendre ceite pensée dans les devises suivantes, qu'on avoit attachées à divers endroits de la place :

Une fontaine jaillissante au milieu d'un parterre, avec ce mot :

D1TAT ET ORNAT.

Elle en fait la richesse Ainsi que la beauté.

448 PtècEs justincativks.— w* m:

Chacun sçait de quel secours est une fontaine dans un parterre, outre l'embellissement qu'elle luy procure. Une colonne qui soutient une voûte, avec ce mot :

NUKQUAM SIC SUFFULTA CADBT.

Cet appuy pour toujours La met en sûreté.

Un soleil sur un champ couvert d'épis, avec ce mot :

ASPBCTU FCECONDAT.

Par ses heureux regards Elle devient féconde.

Et parce que la place a changé de nom depuis l'érection du monument et qu'elle s'appellera désormais la place royale, on avoit exprimé ce changement par cet emblème* qu'on avoit peint à toutes les entrées de la place.

Une figure d'homme couronné, qui donne la main à une statue de femme en signe d'alliance, avec ce mot :

RBGIO DECOBAT NOVIHE.

// V honore &un nom auguste.

Cette statue de femme représente la place que la statue du Roy, figurée par cet homme couronné, honore du nom de place royale, son érection estant une espèce d'alliance qu'elle contracte avec elle.

Toutes ces décorations ayant esté exécutées avec tout le soin possible, on ne songea plus qu'à se préparer à la feste, qui commença par un Acte de Philosophie dédié au Roy.

Cette action fut d'autant plus belle, que les éloges du Roy y eurent autant de part que la Philosophie, et que les Écoliers qui avoient fait paraître leur esprit et leur capacité, air

lèrent, après l'Acte fini, chez M. l'Intendant, luy porter en pompe la thèse de satin, où estoit le portrait du Roy, estant précédez des trompettes et des haut-bois, et celuy qui la portoit estant environné des drapeaux des compagnies de chaque classe.

Le soir, toutes les cloches commencèrent à sonner, et leur carillon se joignant au bruit du canon, et à celuy des trompettes et des tambours qu'on avoit disposez sur les tours et sur les lieux les plus élevés de la ville, annoncèrent agréablement la feste du lendemain.

La Religion et la Piété la commencèrent ; le Clergé, composé de six chapitres, de vingt-deux paroisses et d'un grand nombre-de communautés religieuses, s'estant assemblé dans l'église cathédrale avec tous les Corps de ville, monsieur l'Intendant s'y rendit à la teste du Présidial, qui estoit ce jour-là en robe rouge, et fut suivi ou prévenu, d'une affluence extraordinaire de peuple. L'église, toute vaste qu'elle est, se trouva parfaitement bien décorée et illuminée par les soins de M. l'abbé du Soucy, chanoine de la Cathédrale et conseiller de l'Église. La messe y fut célébrée par M. Rabereul, doyen de l'église de Saint-Pierre, avec beaucoup de solemnité, qui fut suivie d'un Te Deum pour remercier Dieu des faveurs particulières que la piété du Roy et son affection paternelle pour ses sujets attirent sur la France. On y eut le plaisir d'entendre une fort belle musique composée des plus belles voix de la Province, et de plusieures autres que M. l'Intendant avoit fait venir des Provinces voisines; le R. P. Chesnon, jésuite, y prononça un fort beau panégyrique du Roy. Il prit pour texte ces paroles de saint Mathieu qui ne peuvent estre plus naturelles cuji» est imago ha*>* a son sujet : De qui est cette image? On luy répondit que Time ait mu •. k ie'estoit celle de César. Alors il leur dit : Rendez donc d £l ^Jlr* 2u" César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est d Dieu. Il 8unt "^^ xxll

250 PlèCRS JUSTIFICATIVES.— N° III.

commença d'abord par expliquer la différence qui se trouve entre le culte qu'on rend à Dieu et celuy qu'on rend aux souverains de la terre ; et fit connoistre à tout le monde que si LOUIS LE GRAND ne possède pas ces perfections infinies qui ne conviennent qu'à Dieu seul, il a pourtant reçu toutes celles qui en approchent davantage» et qui le rendent sur la terre l'image la plus sensible de la Divinité. Eosuite, voulant intéresser tout le monde à ceue cérémonie, il fit voir qu'il estoit de la reconnaissance de la Ville d'ériger cette statue à LOUIS LE GRAND, en sorte qu'il serait à soubaitter que toutes les villes du Poitou en pusseat faire autant en reconnaissance des grâces que la Province reçoit de Sa Majesté, et surtout du rétablissement de la Religion. Secondement, qu'il est de la gloire de la Ville d'avoir cet ornement, qui doit estre le monument éternel de la fidélité qu'elle a toujours eue pour son Priace. Enfin, qu'il est de son intérest d'attirer parce gage de son zèle et de son attachement pour le Roy, la faveur et la protection singulière de Sa Majesté. Ces trois parties furent solidement prouvées, et remplies de plusieurs beaux traits de l'Écriture, de l'Histoire Ecclésiastique et de la vie du Roy dont il fit l'éloge avec tous les agrémens que peut souffrir l'éloquence chrétieone. Cette action fin'e, tous les corps se retirèrent excepté les troupes latines (j'appelle ainr.i la milice du Collège), qui, ayaot assisté à cette cérémonie avec toute la dévotion que pouvoit souffrir l'équipage guerrier où elles étoient, se rendirent à la place royale en très-bon ordre, et avec une conteoaace fière, saluèrent la statue du Roy d'un air qui n'avoit rien d'enfant, ma 's qui marquoit que le cœur avoit beaucoup de part à cette action, et ensuite après avoir fait l'exercice avec toute la justesse des troupes bien disciplinées, cette milice fit place à une autre qui ne fut pas moins agréable à voir. Ce fut celle des Bourgeois, qui, s'estant rangez chacun sous son drapeau,

se rendirent après disné à la place au bruit des tambours, des fiffres, des haut-bois et dans tout l'appareil d'une milice bien réglée. La Statue estant le premier objet de leurs regards, le fut aussi de leurs respects ; elle fut saluée à plusieurs reprises par la décharge du canon et de la mousqueterie, par le bruit des tambours et les fanfares des trompettes interrompus de temps en temps par des cris de VIVE LE ROT qui perço>ent les nues et faisoient retentir partout un bruit confus. Après le mouvement des troupes et les devoirs rendus à la Siatue par le Corps des Marchands qui estoient là en robe de cérémonie, M. 1'Inteadant, à la teste du Corps de Ville, après avoir fait trois tours autour de la Place précédé parles trompettes et par les tambours, mit le feu à un bûcher que l'on avo't préparé, et voulut bien qu'on donnât un flambeau au juge des Marchands, comme une reconnaissance publique des soias que ce Corps avait pris pour l'érection de ce monument. Là redoublèrent les cris et les acclamations du peuple, le tonnerre du caooa et des mousquets, qui ne finit qu'avec le feu du bûcher. Un concert de trompei les attira ensuite l'aueution de tout le monde qui s'estait dissipée de os le fracas et le tumulte de la fesle, et prépara à une symphonie admirable de violons, flûtes et baul-bois qui fut suivi d'un grand concert de voîiei d'instruments : uu éloge du Foy en fit la matière. Ce concert dura jusqu'à la nuit qui fat la, plus éclairée et la plus brillante qu'on puisse voir. Il est difficile de se représenter, sans l'avoir vue, le bel eifet que peut produire une illumination qui règne dans les quatre côtés d'une place de cinquante ioi -es en quarré, depuis le premier éiage jusqu'au toit. A celle illuroioal'on se joignit celle d'un très beau feu d'artifice dont voicy le dessin.

Sur un théâtre de quinze pieds de haut et d'autant de large paroissoit un Trophée d'Armes illuminé et élevé sur

258 PIÈCES JUSTIFICATIVE» — M* lll.

un piédestal dont les quatre faces estoient quatre tableaux illuminez. Dans l'un estoit peint Jupiter, son foudre à ses pied», avec ce mot qui luy servoit d'inscription :

GRACUNDA PONIT FUUflNA.

Cest un vainqueur désarmé.

Pour marquer la Paix que le Roy a donnée à l'Europe lorsqu'il estoit plus en estât que jamais de faire la guerre. L'autre représentoit Pluton avec un air effaré , avec ce mot :

HUNC BTIAM PHLEGETON TIMBT.

Que je crains ce nouvel Alcide !

Alcide alla jusqu'aux Enfers enchaîner Cerbère ; s'il est permis de se servir de la Fable pour expliquer de solides véritez, l'Enfer vient de sentir de grands effets de la puissance du Roy et a raison de la craindre.

Le troisième tableau faisoit voir Vulcain dans son attelier, tout prest à travailler, avec ce mot :

SI BKLLARB PABAT.

J'attends qu'il déclare la guerre.

On fait allusion dans ce tableau aux armes qu'il forgea pour Énée, et il témoigne qu'il est prest de travailler pour un monarque chez qui il ne trouve pas moins de piété et de courage que chez le héros de Virgile.

Le quatrième tableau représentoit Mars , la main sur la garde de son épée, avec ce mot :

CUM JUSSER1T.

Prest à suivre en tous lieux Les ordres de Louis.

PlèCBS JUSTIFICATIVES.— N° III. 253

Pour marquer Testât où est le Roy de faire de nouvelles conquestes.

Le théâtre qui portoit cette machine estoit soutenu de huit pilastres très-bien ornez ; après qu'on eut laissé quelque temps aux spectateurs dont la place , les échaffaux, les fenestres, les balcons et jusques aux toits des maisons estoient remplis pour considérer la disposition et l'ordonnance de ce feu, ou le fit jouer d'une manière agréable et terrible tout ensemble. C'estoit un beau spectacle de voir partir à plusieurs reprises un gros de fusées volantes qui semoient l'air d'un million d'étoiles ; mais c'estoit quelque chose d'assez affreux que le bruit redoutable des boîtes, des pétards et des pots-à-feu qui écartèrent admirablement tous ceux qui se trouvoient dans le voisinage. L'heureux succez de ce feu d'artifice fournit pendant une demi-heure beaucoup de plaisir au peuple, et finit trop tost à son gré; mais la feste ne finit pas pour cela ; elle fut continuée chez M. l'intendant.

La place royalb n'offrant plus d'autre spectacle, qu'une illumination vive qui aurait probablement fixé les regards pendant toute la nuit , si on ne s'estoit attendu encores à d'autres plaisirs, les plus honnestes gens se rendirent à son hôtel et forent arrestez à la porte par un nouvel objet. C'estoit trois longues tables disposées en triangle couvertes de viandes, abandonnées à la discrétion du peuple. Elles estoient dressées dans une petite place dont la figure est triangugulaire et où l'on abordoit par trois rues k l'entrée desquelles il y avoit des arcades ornées de festons. Les officiers de M. l'intendant placés au milieu de ces trois tables avoient soin de les' servir à mesure qu'on les dégarnissoit, et de faire retirer ceux qui avoient soupe pour faire place aux autres ; tandis que ceux qui n'en pouvoient approcher, alloient se consoler à une fontaine jaillissante de vin qui couloit depuis le matin à l'entrée de son hôtel. '

254 PlèCRS JUSTIFICATIVES.— N° III.

Ce spectacle ayant diverti quelque temps la Compagnie, elle entra à la faveur d'une nouvelle illumination qui faisoit voir de tous cAîés cette maison en feu, dans deux grandes salles éclairées comme le reste. Quatre tables de vingtcinq couverts chacune furent trouvées servies % et furent occupées par toutes les dames que les hommes voulurent servir. La symphonie qui dura pendant le repas, remit dans une assiette tranqu'lle les esprits de ceux qui avoient esté étourdis pendant tout le jour du mélange confus du bruit des tambours, du canon, du feu d'artifice et des acclamations continuelles du peuple ; et on y goûta d'autant plus de plaisir que tout s'y passa sans la confusion ordinaire de ces sortes de festes.

Le souper fini , la Compagnie crut traverser une bassecourt pour passer au jardia, mais comme si elle se fût évanouie par enchantement, les dames forent agréablement surprises de se trouver sur une ferrasse ornée de fleurs et de deux fontaines jaillissaates , par laquelle on desrendoit dans un grand et magnifique salon qu'elles n'avoient jamais vu , tout disposé pour le bal. Ce salon estoit formé par un carré de 32 arcades de 45 pieds de hauteur. 11 estoit de 50 pieds de long sur 40 de large, et son plat-fonds élevé de 30 pieds ; mais par le moyen d une perspective pratiquée dans le jardin, on avoit fait paraître dans Je bout une galerie fort longue et fort éclairée qui y faisoit un très-bel accompagnement. Toutes les arcades estoient ornées de festons de fleurs , et les piliers qui les soùtenoient couverts de miroirs. L'espace qui estoit depuis le cintre des arcades jusqu'au plat-fonds, estoit fermé par de très-riches tapisseries, et dans la principale face estoit élevé un buste du Roy de trois pieds de haut environné d'un soleil, dont le tour et les rayons estoient couverts de lumière , accompagné de fleurs de lys, <1'L L couronnées sans nombre , le tout disposé avec

des lumières vives : ce qui faisoit une illumination de plus de deux mille brillans. Dans la face du salon opposée à celle où estoit le buste , et au-dessus de l'arcade qui faisoit l'ouverture de la galerie, on avoit mis sous un dais un fort beau portrait du Roy de la main de Mignard.

Ce fut dans cette sale que plus de quatre- vingts dames qui avoient soupe chez M. l'intendant , et toutes celles qui vinrent après souper, soutinrent parfaitement bien la réputation où les Poitevines sont de bien danser. Les amphitéâtres qui avoient esté dressez derrière et le long des arcades , furent bientôt remplies par toutes les personnes qui eurent la curiosité de voir celte assemblée dont madame Foucault fit très-bien les honneurs. Il y eut profusion de confitures et de toutes sortes de rafraîchissements , et il ne manquoit à la satisfaction de tout le monde qu'une de ces longues nuits des pays du Nord , qui peut faire durer le plaisir plus longtemps. Toute cette nuit se passa en réjouissance aussi bien que les trois jours suivants, pendant lesquels Ja maison de M. l'intendant demeura ouverte, pour satisfaire la curiosité du peuple que la nouvelle structure du salon y attiroit en foule. On peut dire que le peuple n'a pas eu besoin d'être excité, et que sa joye couloit de source , paraissant que l'amour qu'il a pour un Roy si digne d'éstre aimé, estoit ce qui l'animoit.

Le lendemain 26, les officiers du Présidial à la teste desquels estoit M. de Razes, président, qui ne laisse échapper aucune occasion de signaler son zèle pour la gloire et le service du Roy, ne croyant pas avoir suffisamment rempli leur devoir, en assistant au Te Deum que fit chanter M. l'intendant dans l'église cathédrale, en firent chanter un autre dans l'église des Cordeliers. L'action fut solemnelle et fut suivie d'une fesle que donnèrent les Jésuites dans l'après-midy, dont voicy le détail :

256 PlèCES JCST1FK.ATIVES. N° III.

Toute la ville s'y estant rendue , sur le bruit de ce qui s'y devoit faire , on trouva un théâtre élevé dans la court , orné de très-belles décorations, et chargé d'acteurs fort proprement vestns. La première action qu'on donna aux spectateurs fut l'explication d'un tableau énigmatique , que M. l'intendant avait fait faire à Paris. Ce tableau qui estoit d'une extraordinaire grandeur, représentoit Hercule sortant des Enfers et traînant après luy Cerbère qu'il avoit enchaîné. Sa massue qu'il tenoit de la main droite, estoit garnie de six médailles , qui représentaient ses plus glorieux travaux : quelques furies sembloient luy insulter et s'opposer à son dessein , tandis que Jupiter sur un nuage luy applaudissoit de cette action. Iris, déesse de l'admiration, en marquoit son élonnement ; et la Justice , la balance à la main , sembloit en peser le prix et la valeur. Cette énigme fut expliquée sur l'or, le soleil et le diamant. Les rapports qu'on y trouva parurent assez fidèles, et les six médailles des travaux d'Hercule , fournirent une très-belle occasion de parler du Roy, à la gloire de qui se rapportoit toute la feste. Mais le véritable mot estoit la statue qu'on luy avoit érigé. M. de Carcassonne , .fils de M. l'intendant , en fit l'explication , et fit voir qu'Hercule sortant des Enfers, estoit la statue sortant de la Carrière, que les Furies qui sembloient luy insulter estaient les divers instruments dont le sculpteur s'estait servi pour la faire ; que Jupiter, roy des Dieux , qui paroissoit applaudir à Hercule, estait là pour signifier l'agrément qu'il a plû à Sa Majesté de donner au dessein des Marchands ; que Thémis marquoit la présence des magistrats qui assistaient à la cérémonie, et que l'Iris signifioit l'admiration des peuples qui voyoient avec une extrême joye le portrait ressemblant d'un prince, dont l'auguste présence fait la joye de tous ceux qui ont l'honneur de l'approcher. Ensuite, s'étendant sur l'explication particulière des six médailles qui

PIBCB8 JUSTIFICATIVES.— W° III. 257

estoient peintes sur la massue d'Hercule, il trouva des rapports si justes entre les travaux de ce héros fabuleux et les glorieuses actions du Roy, qu'il satisfist parfaitement l'assemblée qui estoit des plus nombreuses.

Cette énigme expliquée , on en proposa une autre. Cestoit Amphion qui jouoit du luth, et qui, par son harmonie, remuoit les arbres et les plaçoit en droite ligne sur le bord d'une rivière. La ville de Thèbes paroissoit dans l'éloignément , et des Muses luy montroient du haut d'un rocher la lyre d'Orphée parmi les constellations du Ciel, afin de l'animer et de l'exciter à continuer un jeu qui faisoit de si beaux effets. Cette énigme fut expliquée sur la Trompette dont le son range des troupes en bataille , et le Fleuve qui paroissoit dans le tableau donna occasion à celuy qui parloit de toucher le passage du Rhin et de dire de très-belles choses à la gloire du Héros qui conduisoit cette célèbre action.

Le véritable mot estoit le Cours. C'est une promenade que M* l'Intendant a fait faire sur les bords de la rivière du Clain aux portes de la ville qui n'avoit aucune de ces sortes d'embellissements.

La Compagnie, ayant écouté avec plaisir l'explication de ces deux énigmes, fut régalée d'une pièce de théâtre où l'on représenta Louis lb Grand , comme le plus grand des Roys. Pour le faire plus agréablement et d'une manière qui fût plus du tour et du génie de la Poésie , on crut pouvoir représenter le Roy et les princes ses voisins sons l'idée et le nom des Dieux de l'Antiquité , avec qui ils ont des rapports plus singuliers. Le Roy y parut sous le nom d'Apollon que les anciens confondoient avec le Soleil , symbole de notre Grand Monarque. Pluton , Dieu des Richesses , des Enfers et des Marais , figura les Hollandois et les autres peuples des Pays-Bas. Jupiter représenta l'Empereur à cause

158 Filets imimAtim. -^rm.

de l'aigle impériale , et Neptune supposa pour les Génois , les Algériens et les autres peuples maritimes.

Le Destin, qui, dans l'idée des anciens, avoit un droit de souveraineté sur tous les autres Dieux qui estaient soumis à ses arrests , déclara d'abord qu'il vouloit se défaire de sa suprême puissance en faveur d'Apollon , et luy donner le premier rang sur Pluton, sur Neptune, sur Mars, sur Jup«ter même. Il luy fit ensuite remporter sur eux à peu près les mômes victoires que le Roy a remportées sur ses ennemis; de manière que les endroits les plus éclatans d'une si belle vie s'y virent parfaitement et d'une manière trèsnaturelle, quoyque sous des symboles étrangers. Après tous ces triomphes , Apollon parut formant un arc-en-ciel , et donna la paix aux autres Dieux pouvant continuer à faire la guerre , pour marquer la paix que le Roy a accordée si généreusement à toute l'Europe. Tous la receurent avec joye. On finit par luy décerner des Arcs-de-triomphe et des Statues dans les places publiques. Cette action estoit de cinq «êtes meslée de plusieurs entrées de ballet. Elle fut suivie dfe la distribution des prix que donna Monsieur l'Intendant, et qu'il s'est engagé de donner toutes les années avec une condition qui doit tenir lieu au collège d'une extrême faveur; c'est qu'on y prononcera tops les ans le jour de Saint-Louis un panégyrique du Roy.

Les jours suivans furent employés à chanter le Te Deum et à des prières publiques pour la conservation et la prospérité de Sa Majesté. Madame de Navailles , abbesse de Sainte-Croix , estant d'une famille dont le zèle s'est signalé heureusement pour la gloire du Roy , ne s'est pas oubliée dans cette occasion. Après avoir fait décorer et illuminer son église avec beaucoup de soin et d'éclat, elle fist chanter le 27 une messe et un Te Deum , où assistèrent tous les Corps de Ville , et où la beauté de la musique , qui estoit

PlàCBS JUSTIFICATIVE». — If° m. 259

excellente , eéda à l'éloquence du R. P. Dubois , Jésuite , qui prononça nn panégyrique du Roy avec uh succès qui surprit rassemblée, n'ayant eu que 24 heures pour s'y préparer , tant il est vray qu'il n'y a rien d'impossible quand on est animé du zèle et de la gloire du Roy. Cette cérémonie fut d'autant plus belle qu'elle fut suivie d'une aumône générale. Le Bureau des Finances , le Corps de Ville , le Chapitre de Saint-Hilaire , Madame l'Abbesse de la Trinité et le Corps des Marchands , qui a voulu faire la clôture de la feste , en ont aussi fait chanter en musique , auxquels Monsieur l'Intendant a assisté. Enfin, tous ont voulu signaler leur zèle dans cette occasion , jusqu'aux Ecoliers de Droit , qui , ayant eu permission de s'assembler et d'entrer dans la réjouissance publique , ont esté en corps et sous les armes rendre leurs devoirs à la Statue, auprès de laquelle ils ont fait tirer un feu d'artifice.

C'est par là qu'a fini la feste, mais non pas lajoye du peuple , qui sera tous les jours renouvellée par la veûe de l'objet qui la cause. Cette joye paroist peinte sur le visage de tous ceux qui, passant par la place royale, ne manquent pas de regarder la statue du Roy. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que, quoy qu'il ait eu pendant quatre jours que la feste a duré, un concours infini de peuple dans la ville, dont on fait monter le nombre des étrangers à plus de vingt mille personnes, il n'y est pas arrivé le moindre désordre parmi les tumultes et la confusion dont ces sortes de réjouissances sont ordinairement accompagnées.

Inscription

160 tuas JUSTIFICATIVES. — N° m.

Inscription des quatre faces du piédestal qui soutient la statue du Roy élevée dans la place Royale de Poitiers.

Pour la première face.

Page 1