LE 27 SEPTEMBRE
Une Hirondelle inquiète ', Voyant aprocher l'hiver 9 , Pour n'estre prise sans verd 3 , Voulut faire sa retraite *.
Elle avertit ses petits *
* Biblioth. natio., Mss., Recueil Maurepas,t, VI, p. 845 et suiv. — Toutes les notes qui suivent appartiennent au Recueil Mau repas.
* Cette fable est une allégorie continuelle , sur Claude Le Peletier, ministre d'Estat, et son abdication du contrôle général des finances, et c'est lui que l'auteur de la fable entend par l'hirondelle.
a II prévoyoit la guerre longue et fâcheuse allumée dans l'Europe, et la peine qu'il auroit à trouver l'argent nécessaire pour en soutenir les frais.
3 C'est-à-dire sans argent.
* Quitter le controlle général des finances.
5 Ses enfants, qui sont : Michel Le Peletier, docteur de Sorbonne et abbé de Jouy en Brie ; Louis Le Peletier, président à mortier du parlement de Paris, seigneur de Villeneuve-le-Roy et d'Ablon, marié à N... du Kofcaer de Rosembaut, héritière de Bretagne; Le Peletier, abbé de Saint-Aubin d'Angers; N. Le Peletier, femme de d'Argouges de Ranes, maistredes requestes; et Madeleine Le Peletier, femme de d'Aligre, aussi maistre des requestes.
De s'apprester au voyage *.
Mais ils n'en sont pas d'avis ».
— - Pourquoi ce remu-ménage, Ma mère ? Quel vertigo De changer de domicile ?
Nous avons tout 4 gogo 3 !
Les palais sont notre azile ; Dans les champs et dans la ville \ Est-il un climat plus doux?
Le soleil *, dont la lumière Doit être commune à tous, Ne luit presque que pour nous *.
1 D'abandonner les prétention» que r élévation de leur père pouvoit leur donner.
a II est certain que ce dessein les affligea beaucoup.
s On croira sans peine que les enfants d'un contrôleur général des finances avoient de tout abondamment. Aussi ne leur manquoitil que l'éducation qui étoit détestable, et fondée sur les maximes qne la plus vile bourgeoisie peut inspirer. Les deux abbez avoient l'air, les discours, et le procédé de francs vicaires de village; les deux filles, de commères du quartier ; le seul président a voit un peu meilleure façon; encore, y avoit-il bien du bourgeois et même éa pédant à son affaire. À la vérité, il était très capable en son métier.
4 Lear maison dans Paris était l'hostel d'Effiat, Vieille-rue- du- Temple, qu'ils lonoient de l'Hostel-Dien, à qui elle appartenoit; mais ils avaient à quatre lieues de Paris, sur le bord de la Seine, la. superbe maison de Yilleneave-le-Roy, que Claude Le Peletier avoit fait bastir après en avoir acheté la terre. Il avoit fait plus : car pour y aller plus commodément l'hyver, il avoit fait accommoder, aux dépens du roi, la montagne do Ville-Juifve.
5 Le roy Louis XIV, qui a toujours le soleil pour symbole, depuis qu'il a pris cet astre pour sa devise, avee un globe au-dessous, avec ces mots latins : necpluriôut impar>
* On peut voir aisément que le Roy avoit lui pour eux par les établissements qu'ils avoient, puisque tout cela fut le fruit de six
314 rinces JUSTIFICATIVES. -K°ï.
Tout nous rit, tout nous prospère ; Ma mère, à quoi songez-vous?
— Ah ! jeunesse sans cervelle, Née icy de ce printemps, Vous n'ayez pas yen, dit-elle, D'autres lieux, ny d'autres temps ', Bientost l'hyver * au teint blesme, Va rendre l'air sans chaleur s La campagne sans verdure.
Où trouver, dans sa rigueur, Abry contre la froidure 4 ?
Oh trouver dans ce malheur Ver ou mouche pour pasture ' !
Prévenons-en le danger Avant que l'air de la France, Si sujet à l'inconstance 6 , Ait eu le temps de changer.
Son séjour en vain nous flatte ; L'espèce dont on nous voit 7 ,
ans de ministère de leur père, à la réserve de l'abbaye de Jooy, qu'il fit avoir a son fils aîné, n'étant encore que conseiller d'Estal
1 Les enfants de H. Le Peletier étoient jeunes et ne connoissoiest que l'aisance de la vie.
9 La guerre, déjà venaè, et qui s'éenauffoit de pins en plus entre la France seule, et presque tonte l'Europe réunie contre elle.
3 C'est-à-dire le royaume stérile et épuisé d'argent. j
4 De l'argent pour soutenir la guerre, et des expédients pour couvrir l'ineapaeité de ee ministre, qui étoit entrée.
5 Be quoi accommoder de plus en plus ses affaires.
• Les François ont toujours passé pour être inconstants ; mats la i fortune des ministres, et principalement de ceux qui gouvernent les finances, est encore plus sujette a l'inconstance.
7 C'est l'employ de ministre, et de ministre à la teste des finances.
Est un peu trop délicate '
Pour attendre ici le froid.
Faut-il qu'on vous réitère
Que le climat qui vous plaît *.
Pour les hirondelles ' n'est
Qu'une terre passagère?
Du pays chaud, habitans *
Nous en sortons au printemps § ,
Pour venir dans ce rivage %
A la faveur du beau temps,
Establir notre ménage 7 .
Mon ménage est estably 8 ;
J'ai pris mon temps de manière
Que tout m'a bien réussi 9 .
Grâce à mes soins, vous voicy
Aussi drus *° que père et mère,
Que me reste-il à faire,
Sinon de mettre à couvert
1 Sujette aux revers.
a L'élévation de cette famille.
3 Pour les ministres d'Estat.
4 Sous le roy Louis XIV, les ministres ont tous esté tirez de la robe, profession qu'on peut appeler un pays chaud, par le bien , la commodité et le crédit qui y est.
* C'est-à-dire quand la fortune y appelle, que les affaires ne sont pas difficiles, ny les temps fâcheux.
* A la cour.
7 Faire nos affaires.
8 On l'a vu clairement plus haut.
* Gela n'est pas surprenant, puisqu'il est venu dans un temps de paix, où la France estoit maltresse de l'Europe, et après Jean-Baptiste Colbert, controlleur général des finances, et le plus habile homme en cette partie qui ait jamais esté.
10 11 est aisé de voir qu'il n'y en avoit pas un d'eux qui ne pût se passer aisément du reste du monde.
316 PlàCBS JtJSÏINCATIVBft.— N* X.
Dans une terre éloignée 4 ,
Des insultes de l'hiver *
Et moi-même et ma lignée * ?
'»Dans le sein de sa famille. *
1 Des revers de fortune.
* Nota.— Que le Roy loi conserva son entrée dans toasles Conseils, le rang qu'il y avoit comme controlleur général des ûnances, et le brevet de ministre d'Estat, avec 60,000 livres de pension.