Acte Britannique de ï Amérique du Nord
Nous ne perdons pas de vue la question déjà soulevée à différentes reprises et sous divers gouvernements d'une plus juste répartition des moyens de revenu mis h la disposition des provinces par l'Acte de l'Amérique du Nord. Il me parait incontestable que les provinces n'ont pas leur part légitime du revenu et que l'état de choses qui existait dans l'esprit des pères de la Confédération a été complètement transformé depuis. Ainsi les dépenses considérables encourues par la Province de Québec pour les entreprises de voies ferrées, pour le développement de la colonisation et de l'agriculture, tout en augmentant les richesses de la Province, ont tourné surtout au profit du gouvernement du Canada et du tiésor fédéral. En effet, le gouvernement du Canada perçoit tous les droits de douane et d'accise et le gouvernement de Québec ne peut percevoir que des impots directs. D'un autre côté, il ne faut pas oublier qu'il y a des dépenses qui tendent généralement à augmenter en proportion de l'accroissement de la population, notamment, celles de l'administration de la justice. Nous avons donc l'intention bien arrêtée de faire valoir, en usant de tous les moyens constitutionnels, ces justes droits de la Province et d'obtenir, si possible, sous le plus court délai, une solution satisfaisante.
(Je suppose que lorsque ce programme sera publié nos adversaires nous accuseront de vo-
1er quelque chose au programme de M. Mercier. Si c'est quelque chose de bon, il n'y a pas grand mal. Mais il n'y a pas de vol. Ce sont les conservateurs qui, les premiers, ont travaillé à faire augmenter le subside aux provinces.
Le gouvernement Ghapleau d'abord, puis celui de M. Moussean et celui de M. Ross, ont passé des résolutions dans ce sens. M. Mercier est venu ensuite et il n'a fait que donner une forme plus développée à la môme idée dans sa conférence qui a coûté plus de §10,000 à la province. Lorsque nous avons discuté les résolutions de cette conférence, nous n'avons rien dit contre celle-là,car c'était notre politique. Trois des premiers ministres qui ont voté ces résolutions font partie du gouvernement Laurier et je suis sûr qu'ils n'oseront pas nous refuser ce que nous nous proposons de leur demander.)
Voilà en quelques mots- les grandes lignes de la politique que j'entends suivre, avec la coopération de mes honorables collègues dans le gouvernement. Au fur et à mesure que je serai appelé à m'adresser au public de cette province, j'aurai l'occasion de développer davantage ma pensée sur ces différents points. Je comprends l'importance qu'il y a pour notre administration d'avoir le concours généreux et loyal, non seulement des personnes qui appartiennent au grand parti conservateur, mais même de tous les citoyens bien pensants de ce pays sans distinction" de parti. Aussi, je les invite tous à nous donner leur cordial appui,
ôu? du moins, cet essai loyal (fair trial) que tout nouveau gouvernement régulièrement établi a le droit constitutionnellement de recevoir. Je désire l'union et la bonne entente entre les éléments divers de notre population, car c'est par ce moyen surtout que notre province pourra plus rapidement et plus sûrement avancer dans la voie du progrès et de la véritable civilisation.
Je termine, messieurs, comme j'ai commencé. J'en appelle à votre esprit d'union fraternelle, à voire bonne volonté pour nous aider à continuer l'œuvre que nous avons commencée. Nous sommes tous membres d'une môme famille et nons devons travailler ensemble au progrès de notre belle patrie.
Je vous ai dit franchement ce que nous avons fait et ce que nous nous proposons de faire encore. On viendra vous faire croire que ce sont des promesses mensongères. Notre passé est là pour répondre denotre avenir et si notre passé ne suffisait pas, vous avez un acte écrit et signé comme garantie de notre sincérité et de notre loyauté.
Ne regardez ni les hommes ni les noms. C'est la cause que vous devez défendre, c'est le drapeau que vous devez suivre. Pour le moment nous représentons la cause et nous tenons le drapeau. La cause nous l'avons servie fidèlement, le drapeau nous l'avons maintenu fermement. Et si nous sommes à ce poste aujourd'hui, c'est parce que nous avons labouré, c'est parce que nous avons semé. Vous avez voulu que nous fussions
aussi les moissonneurs. Nous avons pris soin de la récolte et nous pouvons vous montrer aujourd'hui une épargne considérable dans la caisse de la province.
On vous dira peut être, on Ta déjà dit : n'écoutez point cet homme là, c'est un irlandais, qui n'a rien de commun avec nous. Je suis canadien comme vous, messieurs. J'aime notre belle province de Québec. Je la veux grande et prospère pour le bien et le bonheur de toute la famille. J'ai mis à son service tout ce que la Providence m'adonne de talents et d'énergie. Je suis de ceux qui ont travaillé à la remettre dans la voie de la prospérité et je veux la faire grandir davantage. Soyez avec nous, aidez-nous, et vous verrez que dans toutes les questions religieuses et nationales j'ai un cœur qui bat à l'unisson du vôtre.