CHAPITRE QUATRIÈME, pofife 41, ligne
Toutes ces erreurs. avaient en effet trouvé des adeptes, dans le nord de l'Europe, surtout en Allemagne, et même en Flandre, dès avant 1233, comme le prouve la bulle de Grégoire IX, en date du 12 avril de cette année, dirigée contre les hérétiques des provinces flamandes {Bullar. Rom,, i, 45). — Marguerite Porrète fut de ces âmes séduites par le goût des nouveautés ; et, si elle échappe au reproche de mœurs douteuses, au dire de certains écrivains (Tanon, Histoire de l'Inquisition en France), on n'en peut dire autant de la plupart de ses contemporains affectés d'hérésie.
C'était, il faut l'avouer, une fâcheuse recommandation pour les Béguines, auprès de Clément V et de Philippe le Bel, surtout après les rapports de Bérenger de Landorre, inquisiteur vieilli dans la lutte avec ce qui restait des manichéens, plus ou moins ressuscites par les sectateurs de la « pauvre vie ». Il est intéressant, à ce propos, de relire les rapports d'un autre inquisiteur contemporain, le doux et honnête Bernard Guidonis : Practica inquisitionis hereticœ pravitatis . On y verra ce que valaient — à tout point de vue — ces libres penseurs et libres penseuses, qui se dissimulaient sous l'habit des Fratricelles, parfois sous celui des Béguines. Pour horrible que soit le supplice de Dulcino et de sa Marguerite, il n'en paraîtra pas moins justifié — suivant l'expression de Guidonis — par l'immoralité de leurs doctrines et de leurs mœurs.