‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 49 sur 88 · QUELS SONT CEUX QUI SONT JUSTIFIÉS PAR JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

QUELS SONT CEUX QUI SONT JUSTIFIÉS PAR JÉSUS-CHRIST

« Quoique Jésus-Christ soit mort pour tous, tous néanmoins ne profitent pas du bienfait de sa mort ; mais ceux-là seulement en recueillent le fruit, à qui les mérites de sa passion sont appliqués. Car de même que les hommes ne naîtraient pas pécheurs, s'ils ne tiraient leur origine d'Adam, puisque c'est par suite de cette descendance, qu'ils contractent, au moment où ils sont conçus, l'injustice dont il s'est rendu coupable et qui leur devient propre, de même ils ne seraient jamais justifiés, s'ils ne renaissaient en Jésus-Christ, puisque c'est par cette renaissance, qu'en vertu des mérites de la passion du Sauveur, la grâce qui a pour vertu de les justifier leur est conférée. C'est pour ce bienfait que l'Apôtre nous exhorte à rendre de continuelles actions de grâces à Dieu le Père, qui, en nous éclairant de sa lumière, nous a rendus dignes d'avoir part au sort et à l'héritage des saints; qui nous a arrachés de la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé, par le sang duquel nous avons été rachetés, et avons reçu la rémission de nos péchés. » Concile de Trente, session VI, chapitre 3.

témoignages dm l'écriture.

1. II Corinthiens, V, 14-15 : « Car l'amour de- Jésus-Christ nous presse : considérant que si un seul est mort pour tous, donc tous sont morts; — et que Jésus-Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et qui est ressuscité pour eux. »

2. Colossiens, I, 12-14 : « Rendant grâces à Dieu le Père, qui en nous éclairant de sa lumière, nous a rendus dignes d'avoir part au sort et à l'héritage des saints; — qui nous a arrachés à

3J8 TRAITÉ DE LA CHUTE DE l'hOMMÉ

la puissance des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé, — par le sang duquel nous avons été rachetés, et avons reçu la rémission de nos péchés, m

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

4. S. Puosper, in Responsionibus ad capitula objectionum Gallorum, c. 9 : « Le Fils de Dieu donc, après avoir pris notre nature sans en prendre les péchés toutefois, nous a procuré , à nous autres pécheurs en même temps que mortels, cet avantage d'échapper aux liens du péché et de la mort, pourvu que nous recevions en lui une nouvelle naissance. De même donc qu'il ne suffit pas pour notre renouvellement que Jésus-Christ soit venu sur la terre, si nous ne renaissons dans le même Esprit dont il a été conçu lui-même, ainsi il ne suffit pas pour notre rédemption que Jésus-Christ ait été crucifié, si nous ne mourons avec lui et ne sommes ensevelis avec lui par le baptême. Autrement, il n'eût pas été nécessaire, dès là que le Sauveur était né avec une chair semblable à la nôtre et avait été crucifié pour nous tous, que nous reçussions une nouvelle naissance et que nous fussions entés en lui par la ressemblance de sa mort; mais comme personne sans ce sacrement ne peut obtenir la vie éternelle, personne aussi ne peut être sauvé par la croix de Jésus- Christ, s'il n'est crucifié en lui. Or, on ne saurait être crucifié en Jésus-Christ à moins d'être membre de son corps, et de se revêtir de lui par l'eau et l'Esprit-Saint. C'est ainsi qu'il a voulu entrer en part de notre infirmité et de notre mortalité, pour nous faire part à nous-mêmes de sa vertu et de sa résurrection. Quoiqu'il soit donc très-convenable de dire que le Sauveur a été crucifié pour la rédemption du monde entier, puisqu'il a pris véritablement notre nature, et que tous les hommes avaient été perdus par la faute du premier homme, devenue la faute de tous, on peut dire cependant aussi qu'il a été crucifié pour ceux-là seulement à qui sa mort a été profitable. Car l'Evangéliste nous dit que Jésus devait mourir pour la nation juive, et non-seulement pour cette nation, mais aussi pour réunir en un seul peuple les enfants de Dieu qui étaient dispersés (Jean, XI, SI -52). // est venu dans ses propres foyers, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais il a donné à tous ceux qui Vont reçu et qui croient en son nom, le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, ne recevant alors leur naissance ni du sang, ni des ardeurs de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu lui-même (Jean, I, 12-14),

Et DE SA JUSTIFICATION. 319

2. S. Augustin, Epist. LXXXIX (al. 1S7) adHilarium, q. 5: « Comme donc c'est par le pêche d'un seul que tous les hommes ont encouru la condamnation, dont les enfants ont par conséquent autant besoin que les autres d'être délivrés par le baptême, de même c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification et la vie (Rom., F, 18). Si l'Apôtre emploie le mot tous dans ce dernier membre comme dans le premier, ce n'est pas que tous les hommes soient participants de la grâce de la justification, dont Jésus-Christ est l'auteur, puisqu'il y en a tant qui n'y ont aucune part, et qui meurent de la mort éternelle; mais c'est parce que, de la même manière que de tous ceux qui naissent pour la condamnation, il n'y en a aucun qui naisse autrement que par Adam, ainsi, de tous ceux qui sont régénérés et justifiés, il n'y en a aucun qui le soit autrement que par Jésus-Christ. Voilà ce qui fait que l'Apôtre emploie le mot tous d'un côté comme de l'autre; et c'est par la même raison qu'un peu plus bas il emploie de part et d'autre celui de plusieurs. Comme plusieurs, dit-il, sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, ainsi plusieurs sont rendus justes par l'obéissance d'un seul (Rom., F, 19); manière de parler où il est clair que le mot plusieurs est employé à l'égard d'Adam pour celui de tous, comme celui de tous est employé plus haut à l'égard de Jésus-Christ pour celui de plusieurs.

» Voyez, je vous prie, comme l'Apôtre s'attache à nous faire remarquer un homme de chaque côté, Adam de l'un, et Jésus- Christ de l'autre, et de les mettre en opposition : Adam comme le principe de la condamnation, et Jésus-Christ comme celui de la justification. Car quoiqu'il ne soit venu au monde sous une chair mortelle que si longtemps après Adam, l'Apôtre rapporte toute justification à Jésus-Christ, pour nous faire entendre que même ce qu'il y a eu de justes dans le temps de l'ancienne loi n'ont été délivrés et justifiés que par la même foi par laquelle nous le sommes, c'est-à-dire par la foi en l'incarnation de Jésus-Christ, qui leur était prédite en ce temps-là, comme elle nous est annoncée présentement. »

3. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, c. 20 (al. 28, n. §5) : « La vie éternelle, que Dieu, qui ne saurait tromper, a promise à ses saints ou à tous ceux qui lui seront fidèles, et que nous ne pouvons attendre que de Jésus-Christ, en qui seul tous ceux qui y auront part seront vivifiés, comme c'est en Adam que nous étions tous morts (I Cor., XV, 22). Car de même que ce n'est qu'en Adam , en qui tous ont péché , que

meurent tous ceux sans exception qui descendent de lui par l'effet de la génération charnelle, ainsi ce n'est qu'en Jésus- Christ, en qui tous sont rendus à l'état de justice, que peuvent être sanctifiés tous ceux sans exception qui reçoivent le bienfait de la régénération spirituelle. De même en effet, comme le dit l'Apôtre (Rom., V, 18), que tous ont été condamnés par la faute d'un seul, tous ont désormais à être rétablis dans un état de justice par le bienfait d'un seul (Rom., V, 18). »

4. Le même, De naturel et gratta, c. 41 : « De même qu'il a été dit : Comme tous ontétê condamnés par la faute d'un seul, tous, dis-je, sans exception, de même tous sans exception sont compris dans ce qui est ajouté immédiatement après : Ainsi tous ont désormais à être rétablis dans J'état de justice par le bienfait d'un seul; non que tous croient en lui, que tous aient part à son baptême, mais parce que personne n'est effectivement rétabli dans l'état de justice, à moins de croire en lui et de recevoir le baptême en son nom. Ce mot tous a donc été mis ici pour indiquer que personne ne peut être sauvé par un autre moyen que par Jésus-Christ. »

5. Le même, contra Julianum, lib. VI, c. 4 : « De même donc que c'est par le péché d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous reçoivent la grâce de la justification, avec la vie qui en est l'effet (Rom., V, 18). Ainsi d'un côté tous les hommes, et de l'autre côté tous les hommes aussi, parce que comme tous les hommes doivent la mort au premier Adam , tous également ne peuvent devoir la vie qu'au second : Car comme tous sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, tous seront de même rendus justes par l'obéissance d'un seul (ibid., 19). »

6. Ibidem, c. 24 : « Personne n'échappera à cette colère de Dieu, s'il n'est réconcilié à Dieu par la vertu du médiateur. C'est ce qui a fait dire à ce divin médiateur lui - même : Celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui (Jean, 111, 36). Il ne dit pas que la colère de Dieu viendra, mais il dit qu'elle demeure dès maintenant. C'est pourquoi la foi et la confession de la foi est exigée des petits enfants comme des grandes personnes, de ceux-ci par leur propre cœur et par leur propre bouche, et de ceux-là par la bouche des autres, pour qu'ils puissent être réconciliés à Dieu par la mort de son Fils, et pour que la colère de Dieu ne demeure pas sur eux, depuis que le vice de leur origine les a rendus coupables devant lui

» Lorsqu'après avoir dit : Le péché qst passé à tous par un seul, l'Apôtre ajoute que beaucoup ont êlé rendus pécheurs par la désobéissance d'un seul, il attache à ce mot beaucoup le môme sens qu'à ce mot tous. De même, lorsqu'après avoir dit : Par la justice d'un seul, tous les hommes ont reçu la grâce de la justification avec la vie qui en est l'effet, il dit de nouveau : Beaucoup seront rendus justes par l'obéissance d'un seul, il ne faut pas entendre ce mot beaucoup comme si l'Apôtre faisait exception de quelquesuns, mais il faut lui donner la même étendue de signification : non que tous les hommes soient justifiés de fait en Jésus-Christ, mais parce que tous ceux qui sont justifiés ne peuvent l'être qu'en lui. De la même manière qu'on peut dire que tout le monde entre dans une maison par une même porte, non que tous les hommes entrent de fait dans cette maison, mais parce que tous ceux qui y entrent ne peuvent le faire que par cette porte. Tous ont donc été précipités dans la mort par Adam, et tous sont rappelés à la vie par Jésus -Christ; parce que, de même que tous meurent en Adam, tous aussi seront justifiés en Jésus -Christ (I Cor., XV, 22), c'est-à-dire que depuis qu'il y a des hommes, personne ne meurt que par suite du péché d'Adam, et que personne n'hérite d'Adam autre chose que la mort ; et personne d'un autre côté ne peut revenir à la vie que par Jésus-Christ, et ne peut recevoir de Jésus-Christ autre chose que la vie. Mais vous (pelagiens), qui ne voulez pas que tous, mais que plusieurs seulement aient été, soit condamnés par la faute d'Adam, soit délivrés par la grâce de Jésus-Christ, vous renversez le christianisme par votre monstrueuse doctrine. Car si quelques-uns peuvent être sauvés ou justifiés sans Jésus-Christ, Jésus-Christ est donc mort en pure perte. »

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