XVIII NOTICE SUR CANÎSTTTS
meron et Canisius. Lejay reçut ordre du pape de se rendre à la diète d'Augsbourg ; les deux autres s'arrêtèrent à Ingolstadt. Salmeron expliquait les épîtres de saint Paul ; Canisius commentait saint Thomas. De leurs chaires, les deux apôtres passaient aux hôpitaux , aux prisons , aux maisons des pauvres les plus abandonnés ; ils entraient dans leurs besoins , et se mettaient en état de les soulager, en demandant eux-mêmes l'aumône par la ville pour eux.
» Un prédicateur qui commence par pratiquer ce qu'il enseigne est écouté volontiers, et parle toujours avec succès. L'Eglise où prêchait Canisius n'étant pas capable de contenir le monde qui courait en foule à ses sermons , on fut obligé d'en chercher une autre plus vaste ; et celle-ci se trouvant encore trop étroite, il prêchait deux fois le jour en différents endroits , afin qu'en se partageant ainsi , il pût contenter plus aisément le peuple , qui ne pouvait se lasser de l'entendre. Un ecclésiastique en conçut quelque chagrin ; il était quelquefois arrivé à Canisius de faire à Ingolstadt ce qu'il avait vu pratiquer à Rome , et de rassembler le petit peuple en certains endroits de la ville, pour lui faire quelque instruction familière ; on y accourait avec d'autant plus d'ardeur, que, quelque empressement qu'on eût de se rendre de bonne heure à ses sermons, il n'était pas aisé d'y trouver place , tant la foule du monde , que sa réputation y attirait , était grande. Cet effet admirable du zèle , qui édifiait toute la ville, était regardé d'un autre œil par cet ecclésiastique : il crut entrevoir du mépris pour la parole de Dieu dans la manière dont ce nouveau venu s'ingérait de l'annoncer par les places publiques, où rien, disait-il, n'était capable d'exciter la piété des fidèles ; c'était là le prétexte dont il prétendait couvrir sa jalousie , et justifier l'emportement avec lequel il se déchaînait contre le prédicateur , tant dans la conversation que dans la chaire.
» Mais , par un effet de la Providence qui ménage les événements les plus contraires pour le bien de ses serviteurs, rien ne fit davantage éclater l'affection que toute la ville avait pour Canisius, et la charité sincère dont il était animé