NOTICE SUR CANISIUS. XCV
reprit ses études avec sa tranquillité ordinaire; il en goûtait tout le plaisir à l'abri du danger qui l'avait si fort effrayé : c'est ainsi qu'il parlait des honneurs qu'on avait voulu déférer à son mérite : tant les sentiments que l'humilité inspire sont différents de ceux qui viennent de l'ambition ! Mais il était de sa destinée qu'il ne jouît pas long-temps du repos de sa solitude; il eut ordre d'accompagner le légat Moron à la diète de Ratisbonne; il s'y rendit, et tout le temps qu'il y fut , il ne négligea aucune occasion d'avancer, selon sa coutume, les affaires de ia religion, soit par ses prédications, soit dans ses entretiens particuliers.
» Au sortir de la diète , l'obéissance l'obligea de s'arrêter à Ingolstadt, et de là, sur les instances du prince Guillaume, fils du duc Albert , il alla prêcher le carême à Landschut , où ce prince tenait ordinairement sa cour. Un tel séjour n'était nullement du goût du serviteur de Dieu , mais il avouait que ce qu'il avait remarqué de régularité dans toute la conduite de ce prince, diminuait beaucoup en lui l'aversion qu'il avait naturellement de paraître à la cour. Guillaume soutenait plus encore par son exemple que par son autorité les pieux desseins de son prédicateur ; il était occupé aux exercices de piété, de zèle, de charité; il ne souffrait point que , durant ce saint temps , on donnât la moindre atteinte à la sainteté du jeûne et de l'abstinence; il visitait les pauvres et les malades ; il soulageait lui-même leurs misères par ses aumônes , et , pour entretenir le bien que Canisius avait commencé d'opérer par ses prédications, il acheta par son conseil une grande quantité de bons livres , qui furent distribués à la cour et parmi le peuple. C'était là comme un antidote dont l'homme apostolique se servait pour fortifier l'esprit des catholiques contre le venin renfermé dans les livres que les hérétiques avaient soin de répandre adroitement de tous côtés.
» Content au-delà de ce qu'il eût pu souhaiter des bénédictions que le ciel avait données à ses travaux, il eut encore la consolation de voir sa mission terminée par la conversion d'un Turc , qu'il avait lui-même instruit de nos