NA ROTIN A
On dit qu’on veut le marier malgré lui.
nERMANGARDE.
Que vous importe, minnidonne?
TIIÉOBALD.
Noble Hermangarde !
HERMANGARDE
Qu’cst-ce encore?
THÉOBALD
Une grande dame, visiblement émue, sollicite la faveur d’étre introduite auprès de vous. HERMANGARDE.
Une grande dame ! que peut-elle me vouloir ?
TIIÉOBALD.
Je l’ignore , noble Hermangarde.
HERMANGARDE, après un moment d'hésitation.
Faites entrer cette grande dame.
THÉOBALD
La voilà.
(Il sort en riant, h part, au moment où parait Nahotina . avec laquelle il échange des regards d’intelligence: Nahotina est unepetite vieille très élégante, costume Pompadour, lunettes sur le nez, petite canne A la main.)
NAnOTINA.
Où est-il , où est-il ?
HERMANGARDE
Qu’est-ce que c’est que ça.
NABOTINA.
Au: AimiMfjrtioiaf.
Ah I ma bonne femme ,
Dites, l'objet de ma flamme ,
Celui qui remplit mon âtne ,
Dites, l'avez-vous pas vu?
Partout je le cherche,
Je le cherche et le recherche ,
|Uitn{tiul de Ion , et frappant de M canne , à trrie. )
Mais parle donc, grande perche!
Me répondras-tu?
nERMANGARDE.
Comment, grande perche !
NABOT! N A , pleurant à moitié.
Passez-moi l’expression,., je ne voulais pas vous offenser , vieille sempiternelle.
HERMANGARDE
Vieille sempiternelle !
N'ABOTIN A , pleurant de plus en plus fort.
Pardon... la douleur m’égare, bonne mère Gangan.
HERMANGARDE
Gangan!..
NAHOTINA.
Vousêtes peut-être sa nourrice?
HERMANGARDE
Nourrice , moi !
NABOTINA.
Ou sa grand’mère ?
HERMANGARDE
Grand’mère de qui? «$•
NABOTINA, avec expression, et puis après très vile.
Vous me le demandez !.. et mon cœur , mon honneur, ma vertu, ma jeunesse... ma réputation !
RERMANGARDE.
Quel galiinalhias me fait-elle là ?
N A ROTI N A , soupirant.
Hélas! mon Dieu... pourquoi t’ai-je connu, trop séduisant. Pierre-Joseph-Gustave- Adolphe- Léopold-Frédéric, Grand-Duc de Berlingau-Berlingiien ! (Poussant un nouveau soupir.) Ah !
HERMANGARDE
Vous l’avez connu , morveuse , et où ?
NAHOTINA.
En France! à Paris... où, comme lui, je voyageais, incognito... vous voyez en moi la princesse Nahotina , d’une des plus hautes familles de la Laponie... ce cher Prince... je le rencontrai, pour la première fois, à la Boulangerie viennoise, rue Richelieu... et ensuite, nous nous donnions des rendez-vous chez Félix, où nous mangions des petits pâtés... par amour! nous en mangions, nous en mangions!..
HERMANGARDE
Quelle immoralité !
NABOTINA.
Oh! mais, ce n’est pas tout... nous nous voyions tous les soirs au spectacle : sa loge était à côte de la mienne...
HERMANGARDE
Au Grand opéra?
NABOTINA.
chez Séraphin... (Comme délirant un peu.) Polichinelle ! Ilhotomago! (Fredonnant. ) «Les canards l’ont bien passé... » Ah ! je dois la perte de mon repos aux ombres chinoises!..
An : Dmifiirg nTrpargiirr le re*t«\
A Parafaragaramus,
Il me tint des discours uniques...
Il me com|>araità Vénus,
Lorsque vinrent les feux pyrhiques;
Mais c'est surtout au Pont cassé .
Doux remords!., souvenir céleste !..
Que mon cœur fut bouleversé...
Que par lui mon bras fut pressé. . .
(Elle «oupirr.)
Daignez m’épargner le reste !
HERMANGARDE
Décidément, cette naine a le cerveau fêlé...
(La prenant parla main.) Mamie... ohligez-moi d’aller vous faire voirà Vienne ouà Berlin, comme un objet de curiosité...
(Elle fait le geste de la conduire à la porte.) NABOTINA , refusant de s’en aller et élevant la voix.
Je ne sortirai pas d’ici !.. je viens former oppo-