LE PAYS ET LA VILLE
Le voyageur qui sort de Neu-Ruppin pour se diriger au nord vers le Mccklcmbourg parcourt un des pays les plus tranquilles qu'il y ait au monde. La roule est de sable pur où le pas des chevaux s'iîtoulTe ; à la montée des Kakhnbenjc, — les monts chauves, — les roues s'enfoncent; l'elTorlde l'atlclage secoue la voilure dans l'ornière, et l'essieu gémil. Je fus hanté pendant ce voyage
I. OEuvrea de Frédéric le Grand [Preuss] : Friedrkhi Bnefwtcktet mil dem KBnige Friedrich-WMelm t itintm Valer, t. XXVll, S* partie; Correapondance de Frédéric arec la margrave de Baireulb, même lome, 1» partie; avec le comte de MaiHeulTel, l. \VI et t. XXV; avec M. de Gantas, t. XVI ; avec le coinle dp Sctnum bourg- Lippe, ibid,: stcc M. de Suhm, ibid.; avec la marquise du Châteiet, t. XVII; avec M. Jordan, ibid.\ avec M. Diiban de Jundiin, ibid.\ avec le comte AlgarolU, t. XVIIl; c le baroa de la Mo[te-Fnuqu£, t. XX; avec Voltaire) I. XXI; avec M. de Gruwbkow, t, XXIViavecla reiae Elisabeth saFeuiiDC, au t. XXVL (Ces correspondances sont à utiliser pour les années {136A1VI). — Paralile de la liberté tt det agrtmenli que je goûte ici dam ma reltvU» avec la vie pleine de trouble et d'agitation que mèneat Ict eaurtûont ; A ta divine Emilie; Poème adreeU au tieur Antoine Peane; Trois Épllre* à Jordan; A Citarion; ÊpUre û U.de Chatol; Èpitre rar la nieeiiîU de remplir le vide de t'dme par l'étude, poéiîei, su t. XIV dei
.ieeiiîti de ^M ■.I Œuvre* ^H
L"IDYLLE- DE nilEINSBEllG Ijwr l'idée de l'obscur ciïort continu, qui est le trait [irinf cipal de l'histoire de lu Prusse.
Le long du chemin s'alignent des bois de pins très l'bien tenus, comme il convient h des bois du roi. Des i'poteaux noir et blanc, portant la couronne d'or, donnent ^Je nom de la circonscription royale forestière. Par endroits s'ouvrent des clairièri's; un groupe d'habîfalions apparaît; une chute d'eau fait mouvoir une scierie. Le bois et l'eau sont les seules richesses de ce canton; au
Ibord de la rivière, des prairies verdoient à fleur de sable, d'un vert pâle, mais quand l'eau manque et cesse ta forêt, l'œil ne distingue pas la route sablonneuse des champs sablonneux, où croissent le seigle et la pomme de terre clairsemés; il faut qu'une quantité de petites bornes tach<!es de chaux dessine le chemin.
Après une dizaine de kilomètres, on découvre Rlieinsberg dans un vaste défriché. Pour embrasser l'aspect du pays, gagnez à gauche une colline où s'élève une tour nommée le phare, et bien nommée, car la mer semble toute proche ; des lignes de dunes ondulent mollement vers le phare, qu'on dirait soulevé par une vague plus
e Fridiii'ic-le-Graad. — Archives du miniitère des ntTaires £tratig£re«,
espondance de Prusso, aoiiée's 1736 k 1740. — Jordan, Voyage
^lUraiit. — Dielfelil, Lttlni /amilièreÉ et aulres. — ICoppe, CIn-onik pon
Vieimberg, uerbunden mil dta wichtigtlea BegebfnheiUn der valerlSad-
9teh«n Geiehiclile. — llcnnert, Be*ehreHrung det Liistjchloaaet und Gar-
^fau... lu Uhtintberg. — Hunilton, Rhelntberg, Iraduil de l'anfflais par
I.DieliU. — Preiisi, Priedricha dtê Groiien Jugend und Thronbtiletgung,
Lflt Friedrich der Grotte mit teinen Vericandlen und Freuitden. — Koaer,
ffriedrich der tiraiie ali Kranprint. — Voa SchlOier, General Graf Cha-
- VOn Knolielidorf, Oeorg Wtncalaui von KnobeUdorf. — P. SeiJel,
Antoine Peine, dsat la Gabelle dei Deaux-Arlt, livraisons des 1" avril,
i" mai et i"- juillfl 1891, et Fritdrieh der Groiie und die /Yaniôsische
Kalerei triner Md.
sa LE GltAND FRÉDÉRIC AVANT L'AVENEMENT
haute. Sous le ciel 1res pâle, la couche bleu foncé des Lois! Je sapin ferme l'horizoti, vers lequel de petites roulRB.l tortues cheminent entre des bouleaux dont l'écorce | Llanche jette de la lumière.
Ilheinsberg est une ville plus petite que Neu-Ruppin,. refeite aussi après incendie en un style de » résidence » trop ample et magnifique pour ses deux mille habitants. La place du marché, plantt5e de tilleuls dans l'ombre desquels sont posées de toutes petites maisons, contiendrait nos halles centrales. Elle descend vers le château, i dont le corps de lo^îs, en avancée légère, est flanqué de i deux pavillons carrés. Après avoir passé sous la porte et I traversé une cour, on arrive au bord d'un lac : c'est Ie4 Grinericksce, relié par un chenal au lac de Hheinsberg,-J dont la nappe, surmontée d'Iles boisées, s'étend à perler de vue sur la droite. A gauche, au pied du châteaui s'échappe du Grinericksce une petite rivière, Je Rhin,. ' qui a déjà traversé des lacs, et en traversera d'autres! encore avant de finir dans la plate et molle Ilavel, près" du confluent de cette rivière avec l'Elbe. Rheinsberg est le chef-lieu d'un département de forêts calmes et d'eaux qui sommeillent.
Les seigneurs de ce lieu étaient, au moyen âge, les i vassaux des comtes de Ruppîn. Au xui° siècle, un sire de Rheinsberg avait clos de murs son village, qui devint une ville, mais les habitants demeurèrent en servage, , trop pauvres pour acheter, pour conquérir ou même pour ' ' désirer la liberté. Ce pays était pourtant rongé par des^ \ hobereaux, qui vivaient sur les meurl-dc-faim leurs-' sujets. Plusieurs dynasties se succédèrent au bord du '
1,I1)ÏI.I.E DE RHEINSBERG SJ
Grinericksee ; après les Hheinsberg, vinrent les Plaltcn, puis les Bredow. Ceux-ci sont resti^s cél^bres grâce à une aventure arrivée à leurs ancêtres. Un jour, le diable, en tournée dans le canton de Ruppin, reconnut que tous les seignoui-s c'taient du gibier d'enfer ; il les foura dans un sac et les enleva, mais pendant qu'il se reposait sur le clocher d'une (église, plusieurs des prisonniers échappés par un trou retombèrent sur le sol ; parmi eux étaient les Bredow. qui conservèrent la seigneurie jusqu'au début de la guerre de trente ans.
Vers ce moment-là, vivait à l'universiti! de Rostock le professeur Eilliard Lubin. auquel il n'eût pas fallu conter des sornettes comme cette légende du diable, car il était un très savant homme nourri fortement de lettres classiques. Il apprit un jour qu'un tombeau avait été trouvé dans une ile du lac de Hheinsberg. Le mot Rheinsberg s'écrivait de vingt façons, entre autres celle-ci : Remsberg. Lubin ne douta pas que ce nom ne fût la traduction vulgairedes mots latins Itemi mons, montagne de Remus, et il conclut que ce tombeau ne pouvait être que celui de Remus, le fn'M-e de Romulus. L'histoire, qui accusait le fondateur do Rome d'un fratricide, avait donc menti. Le professeur composa une longue dissertation latine sur « le sépulcre de Remus, frère de Romulus, nouvellement découvert par l'extraction de deux marbres, l'un trts ancien et l'autre plus récent, par lesquels est réfutée l'erreur si longtemps répandue du meurtre de Remus par son frère ». Plus d'un siècle après, le savant Pezol- I dus prenait encore des précautions pour réfuter l'opinion de Lubin, lorsqu'il publiait dans les ifisccllanea lipsensia
Si I.E GHAND KRÊDÉmC AVANT LAVÈNE.MENT
son tràU6 " sur le faux ou tout au moins suspect sépulcre de Romus trouv(5 dans la marche ». Les gens du pays tenaient à cette Idgende qui falsiiit un si grand honneur h leur petit canton. Il ii"csl pas certain que Frédiïric n'y ait pas cru un moment ; il la raconte dans une lettre datée de tlemusberg îi Voltaire qui s'en amuse.
En l'an 1618, les Locliow achetèrent la seigneurie aux Hrodow, qui l'avaient à peu près t^puisi^e ; les villages élalcnl quasi-déserts et le terroir abandonné. Pendant la guerre de trente ans, les Impériaux et les Suédois, Wallensteln et Torstenson passèrent et repassèrent sur celle misère, pillant et torturant les derniers habitants et brûlant les dernières maisons : Itheinsberg ne garda que six masures. Après quelques années de paix, les Suédois nos alliés envahirent le pays de nouveau, pour rappeler des bords du Rhin le grand-électeur, qui combattait contre nous ; les Locliow n'avaient plus de quoi vivre, quand ils s'éteignirent en 168Î). Mais c'était l'année de la révocation de l'édil de Nantes ; déjà un certain nombre de Français s'étaient réfugiés en Brandebourg sans attendre le dernier acte de la persécution, et ils étaient entrés dans l'armée ou dans les conseils du grand-électeur. Ce prince donna Rheînsberg au général du Ilauiel, qui le vendit au conseiller secret Chenevix de Itévillc. Des huguenots arrivèrent bientôt dans ces solitudes, et Rheinsberg eut sa communauté de réfugiés qui élut un pasteur.
La petite ville était devenue à peu près française, lorsque Frédéric la visita et eut l'idée d'acheter la seigneurie aux Béville. Son père ne le laissait vivre en garçon à Neu-Rnppîn qu'en altendant qu'il eCll trouvé
L'IDYLLE DE RIIEINSBEItG
une maison où loger ta princesse royale et le train d'une petite cour. Le prince fut séduit par la tranquillité du pays et par le charme de son paysage, peut-être aussi, la petite ville étant plus éloiginïe de Berlin que Neu- Ruppin, n'était-il pas fâché d'allonger de quelques milles de sable le chemin entre son gracieux père et lui. Dans les premiers jours de l'année 1734, l'acte d'acquisition était signé par le prince; le roi le confirma, quelques semaines apr&s, et il donna une bonne part du prix d'acquisition : le reste fut prélevé sur la maigre dot de la princesse royale.
LE CHATEAU DE RHEINSBERfi
Frédéric-Guillaume voulut que la ville fil toilette pour recevoir son nouveau seigneur. Il ordonna de laver et de peindre les maisons, de remplacer les toits de paille par des toits de tuiles et d'ardoises, et de paver la rue principale et la place du marché. Il abolit les redevances de servage, octroya des privilèges pour tous les corps de métier imaginables' et fit planter des mûriers dans le cimetière. C'est à croire qu'il s'imaginait que Rheinsberg pût devenir tout à coup une grande ville, mais c'iilait sa manière de demander le plus pour avoir le moins : l'occasion se présentant de nettoyer un endroit mal-
1. Dii pririlèges Turent accordiSs par lui It des corps de métier en dix mois. Koppc (ouvrage rite).
ne LE GRAND FREDERIC k\ AST LAVÉNEMENT
propre cl de le relever de sa misëi'e, il l'avait saisie.
CependaDt les architectes démolissaient en grande partie le vieux château seigneurial et ils en transformaient les restes. Dès le milieu de la troisième année, la résidence était habitable. Le prince, la princesse et la petite cour s'y installèrent dans l'été de 1736. Frédéric avait approuvé le plan, donné ses idées et inspiré les artistes décorateurs. La maison fut faite sous ses yeux et pour lui, et, comme l'homme qui bâtit son logis à sa guise y exprime sa façon de vivre et même quelques-unes des idées qu'il se fait de la vie, le château de Rhein^berg csl un document sur l'histoire de la jeunesse de Frédéric.
Le château est dans le style du xvui' siècle, qui aimait les proportions réduites et la simplicité élégante, parce que le XVII' avait aimé la grandeur et la majesté froides'. C'est un bâtiment quadranguluîre, dont les deux longs ciités font fa(.-ade sur la ville et sur le lac. Une saillie de
1. Le cbâleau Je Rheinsbcrj,' fui doiinii par Frcdéric apri's son avènement au prince Henri, qui y mourut en 180B el y fut enterré. Sur ■iin munuuienl funèbre (une pyramide) se lit l'inscription qu'il cuiiiposa lui-mËme, en style phiJosopbique: « JelË par sa naissance dans ce tourbillon de vaine fumée — Que le vulgaire appelle Gloire et Grandeur — Tourinenlc par les passions den autres — Agité par les tiennes, etc.. u Apri-s sa uiort, le chflteau Tut df'laJBsè, dépouillé à peu préi du tout ce qui pouvait Être emporté, et uublié. Dans ces dernières années, la famille royale à qui ce domaine appartient s'y est intéressée, surtout, autant que j'ai pu savoir, aprèa la visite que fit i. celte ruine S. A. R. la Princesse Itoyale de Prusse, aujourd'hui S. H, l'Impératrice Frédéric. La maison, toujours vide, est au moins entretenue proprement, et reçoit & époques régie in en lui res. des couches de badigeon. Le* visiteurs y vont rares, le chemin de fer n'allant pas ù llheinsberg. Le gardien, un inTalidr de la guerre de 1866, espûre que, comme l'empereur Guillaume 11 a beaucoup de fllf, Rheinsberg redeviendra un jour une r-'^sideuco. — C'est un sujet d'étonnement pour un étranger que la maison où Krédéric vécut ses onaées heureuses, soit si négligée.
LIDVLLE DE nilEISSBERG 57
■ corniche, une ligne d'encadrement au-dessus des fenêtres, des appuis de croisée en fer forgd où sont dessinées des lyres, des balcons, quelques statues symboliques et des vases composent tout l'ornement. La façade du lac déroge un peu îi cette sJmpliciti^. L'architecte avait gardé une tour de l'ancien château, qui marque aujourd'hui l'extn'niité de l'aile gauche: une autre fut construite en pendant h l'autre aile. Entre les deux tours lègne une rangée double de huit paires de colonnes corinthiennes, montée sur dix marches et portant une galerie. Vue (lu lac, la maison est aimable, ouverte et accueillante : la colonnade et les tours, qui dépassent le faite de quelques pieds, lui donnent un petit air de grandeur. A l'intérieur, une grande salle occupe toute l'aile droite; le reste est aménagé en petits appartements pour
- la vie intime, intime et gaie, car l'omementatioii est un décor de fête : plafonds peints et sculptés, pilastres cannelés, consoles portant bustes antiques, et des fleurs, des rinceaux, des coquilles, des acanthes, et ce dessin -léger, ennemi des arêtes et des angles, dont les lignes se raccordent dans une harmonie charmante. Les artistes égayèrent les murs des joyeusetés de l'Olympe, entremêlées d'images de pliilosophes et de héros de l'antiquité.
A la vérité, on s'aperçoit bien qu'on n'est pas à Trîanon. Les lambris sont en sluc, ce marbre des princes pauvres ; dans les scènes erotiques sculptées sur les portes de la grande salle, l'artiste va droit au fait et ne sait point badiner avec l'amour. La main n'est pas assez 1- légère pour donner & la sculpture, qui tranche par reliefs
- brusques sur le panneau, l'air d'une efflorescense natti-
SB LE GUANO FllÉDÉRlC AVANT L'AVÈNEMENT
reile de la boiserie. L'ensemble est pourtant très joli. Lo premier saton de l'appartement du prince et de la princesse, la seule pièce bien conservée, est tout on fenêtres, en portes et en glaces, surmontées de médaillons et de tropliées de bois doré, que prolongent des branches porte-bougies. Au-dessus de la cb^minéc, une grande toile représente Apollon qui saisit au sein Daphné, un joli corps laiteux avec des cheveux blonds et des yeux humides. Au plafond. Mars prend le menton de Vénus, dont un amour enlève la tunique; d'autres amours jouent avec les armes du dieu.
Tout cela était du temps, et point de l'invention de Frédéric, mais il aimait le goût de son siècle. La mythologie mignarde était, avec la philosopiile, la source de sa poésie. Le décor des divinités folâtres, où s'égarent les tètes graves des sages d'autrefois, était fait pour lui. Il n'aimait pas la peinture austère. Ses peintres favoris étaient Walteau et Lancret; il avait une chambre pleine des toiles de ces gracieux maîtres. Pesno, le décorateur principal de la maison, ayant voulu s'adonner à la peinture religieuse, le prince lui écrivit :
Abanilonne la saints entourés de rayons :
Sur des sujets brillants exerce tes crayons.
Peins-nous d'Amaryllis les grAces ingénues, Les nymphes des for£ts, les grâces demi-nues. Et souriens-loi toujours que c'est au. seul amour Que ton art si cbiLrmant doit soa être et le jour.
Frédéric demandait à l'art, quel qu'il fût, architecture ou musique, peinture ou sculpture, de lui procurer dà ■plaisir. Il ne voulait voir que des imagos aimables et
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(les couleurs claires : couleur de chair, gris de lin, bleu de lin, bleu céladon, rose. Était-ce que son humeur fût tout h la joie? Mais cela veut dire peiit-ôtre tout le contraire. Il demeurait comme opprimé par les souvenirs de sa jeunesse, et les idées 06 il allait s'arrôlcr sur la destinée de l'homme étaient austères et tristes ; c'était bien le moins que le dehors fût joyeux et lui sourit.
Rheinsberg était le lieu de plaisance qu'il avait rêvé à Neu-Ruppin, une jolie maison pour la vie noble et tranquille. Quand elle fut achevée, il fit écrire au front de la voûte d'entrée, au-dessous des statues de la Poésie, de la Musique, de la Peinture et de la Géométrie : Frederico tranquiUUalem cofenli'. Réfugié loin de ses souvenirs, il allait vivre au jour le jour, priant chaque Journée de lui être douce.
Cependant, à Rheinsberg comme h Neu-Ruppin, il songeait k l'avenir; loul ie monde y songeait autour de lui, et puisque je parlais do documents sur la jeunesse de Frédéric, en voici qui valent des pages de mémoires.
Le pont sur le fossé, devant l'entrée principale, était décoré des statues de Mars, de Vénus, de Saturne et du Diane, de Jupiter, d'Apollon, de Mercure et de l'Aurore : c'était le cortÙ'ge du soleil levant. Au plafond de la grande salle, la Nuit s'en va, d'un vol rapide, entourée d'oiseaux et de rôvos. Diane la suit, le croissant au front; puis la Renommée qui tient d'une main la trompette, et tend,
rilEDEUlCO TBANQUILUTATEM COLENTI
60 LE GRAND KllÉDÈmc. AVANT I.AVÈNEMENT
de l'autre, une couronne au soleil qui va venir. Un I cortège d'amours qui jouent avec des guirlandes de fleurs ' précède Vénus environnée d'dloiles ; tout près, se cabrent les chevaux du soleil levant ; ils désarçonnent un amour qui est précipité vers la terre où tombent ses flèches et ses fleurs ; Apollon parait, ou plutôt paraissait, — car la j fresque a soufl'ert en cet endroit, — rayonnant sur son char d'or. Au temps où la peinture avait l'éclat de sa fraîcheur, c'était une grande scène lumineuse en couleurs d'aurore, une scène triomphale : « le Soleil levant qui chasse les méchants démons de la Nuit. » L'allégorie était parlante et parlait clair. Au-dessous du cortège, k j côté de l'Océan et d'Amphitrite encore endormis, une figure, la tète levée, les bras vers le soleil attendu, semble , crier: Adveniat regnum tiiiim ! Monseigneur, que votre | règne arrive !