‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 30 sur 106 · TP IC NRA CNED ME AU L'N:ES · texte numérisé non relu

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une sorte de grande cour-jardin, passèrent entre des massifs, contournèrent un vivier enclos de palissades, un puits, et se trouvèrent enfin au seuil de la demeure centrale.

Une lourde porte de bois, arrondie dans le haut et cloutée comme une porte de presbytère, était à demi ouverte. L’élégant s’y engouffra. Meaulnes le suivit, et, dès ses premiers pas dans le corridor, il se trouva, sans voit personne, entouré de rires, de chants, d’appels et de poursuites.

Tout au bout de celui-ci passait un couloir transvetsal. Meaulnes hésitait s’il allait pousser jusqu’au fond ou bien ouvrir une des portes derrière lesquelles il entendait un bruit de voix, lorsqu'il vit passer dans le fond deux fillettes qui se poursuivaient. Il courut pour les voir et les rattraper, à pas de loup, sur ses escarpins. Un bruit de portes qui s'ouvrent, deux visages de quinze ans que la fraicheur du soir et la poursuite ont rendus tout roses, sous de grands cabriolets à brides, et tout va disparaitre dans un brusque éclat de lumière.

Une seconde, elles tournent sur elles-mêmes, par jeu; leurs amples jupes légères se soulèvent et se gonflent; on aperçoit la dentelle de leurs longs, amusants pantalons; puis, ensemble, après une pirouette, elles bondissent dans la pièce et referment la porte.

Meaulnes reste un moment ébloui et titubant dans ce corridor noir. Il craint maintenant d’être surpris. Son allure hésitante et gauche le ferait, sans doute,

LE GRAND MEACDP

prendre pour un voleur. Il va s’en retourner délibérément vers la sortie, lorsque de nouveau il entend dans le fond du corridor un bruit de pas et des voix d’enfants. Ce sont deux petits garçons qui s’approchent en parlant.

— Est-ce qu’on va bientôt diner, leur demande Meaulnes avec aplomb.

— Viens avec nous, répond le plus grand, on va t’y conduire.

Et avec cette confiance et ce besoin d’amitié qu'ont les enfants, la veille d’une grande fête, ils le prennent chacun par la main. Ce sont probablement deux petits garçons de paysans. On leur à mis leurs plus beaux habits: de petites culottes coupées à mi-jambes qui laissent voir leurs gros bas de laine et leurs galoches, un petit justaucorps de velours bleu, une casquette de même couleur et un nœud de cravate blanc.

— La connais-tu, toi? demande l’un des enfants.

— Moi, fait le plus petit, qui a une tête ronde et des yeux naïfs, maman m’a dit qu’elle avait une robe noire, et une collerette et qu’elle ressemblait à un joli pierrot.

— Qui donc ? demande Meaulnes.

— Eh bien ! la fiancée que Frantz est allé chercher...

Avant que le jeune homme ait rien pu dire, ils sont tous les trois arrivés à la porte d’une grande salle où flambe un beau feu. Des planches, en guise de table, ont été posées sur des tréteaux; on a étendu des nappes blanches, et des gens de toutes sortes dinent avec cérémonie.

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