‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 35 sur 106 · LUE: G, R7 AN D -MPPE ARE · texte numérisé non relu

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et la plus obscure de la demeure. On n’y enten ai que le bruit étouffé d’un piano.

Il entra dans une pièce silencieuse qui était une salle à manger éclairée par une lampe à suspension. Là aussi c'était une fête, mais fête pour les petits enfants.

Les uns, assis sur des poufs, feuilletaient des albums ouverts sur leurs genoux; d’autres étaient accroupis, par terre devant une chaise et, gravement, ils faisaient sur le siège un étalage d’images ; d’autres, auprès du feu, ne disaient rien, ne faisaient rien, mais ils écoutaient au loin, dans l’immense demeure, la rumeur de la fête.

Une porte de cette salle à manger était grande ouverte. On entendait dans la pièce attenante jouer | du piano. Meaulnes avança curieusement la tête. C'était une sorte de petit salon-parloir; une femme ou une jeune fille, un grand manteau marron jeté sur ses épaules, tournait le dos, jouant très doucement des airs de rondes ou de chansonnettes. Sur le divan, tout à côté, six ou sept petits garçons et petites filles rangés … comme une image, sages comme le sont les enfants lorsqu'il se fait tard, écoutaient. De temps en temps seulement, l’un d’eux, arc-bouté sur les poignets, se soulevait, glissait par terre et passait dans la salle à manger: un de ceux qui avaient fini de regarder, les images venait prendre sa place.

Après cette fête où tout était charmant, mais fiévreux et fou, où lui-même avait si follement poursuivi le grand pierrot, Meaulnes se trouvait là plongé dans le bonheur le plus calme du monde.

PPERACGUR CAEN D M EF FA Ur L N° ES

pensant à chaque instant qu’une voix cordiale et joyeuse allait crier derrière lui:

— Déjà réveillé, Augustin ?..

Mais il se promena longtemps seul à travers le jardin et la cour. Là-bas, dans le bâtiment principal, rien ne remuait, ni aux fenêtres, ni à la tourelle. On avait ouvert déjà, cependant, les deux battants de la ronde porte de bois. Et, dans une des fenêtres du haut, un rayon de soleil donnait, comme en été, aux premières heures du matin.

Meaulnes, pour la première fois, regardait en plein jour l’intérieur de la propriété. Les vestiges d’un mur séparaient le jardin délabré de la cour, où l’on avait, depuis peu, versé du sable et passé le râteau. À l’extrémité des dépendances qu’il habitait, c’étaient des écuries bâties dans un amusant désordre, qui multi-

pliait les recoins garnis d’arbrisseaux fous et de vigne

vierge. Jusque sur le domaine déferlaient des bois de sapins qui le cachaient à tout le pays plat, sauf vers PEst, où l’on apercevait des collines bleues couvertes de rochers et de sapins encore.

Un instant, dans le jardin, Meaulnes se pencha sur la branlante barrière de bois qui entourait le vivier; vers les bords il restait un peu de glace mince et plissée comme une écume.…. Il s’aperçut lui-même, reflété dans l’eau, comme incliné sur le ciel, dans son costume d’étudiant romantique. Et il crut voir un autre Meaulnes ; non plus l’écolier qui s’était évadé dans une carriole de paysan, mais un être charmant et romanesque, au milieu d’un beau livre de prix...

LE GRAN D Me LU

Il se hâta vers le bâtiment principal, car il avait faim Dans la grande salle où il avait diné la veille, une pay=… sanne mettait le couvert. Dès que Meaulnes se fut assis devant un des bols alignés sur la nappe, elle lui Versa le café en disant:

— Vous êtes le premier, monsieur. KR

Il ne voulut rien répondre, tant il craignait d’être soudain reconnu comme un étranger. Il demanda” seulement à quelle heure partirait le bateau pour la promenade matinale qu’on avait annoncée.

— Pas avant une demi-heure, monsieur: personne. n’est descendu encore, fut la réponse.

Il continua donc d’errer en cherchant le lieu de, l’embarcadère, autour de la longue maison châtelaine” aux ailes inégales, comme une église. Lorsqu'il eut contourné l’aile sud, il aperçut soudain les roseaux, à perte de vue, qui formaient tout le paysage. L'eau) des étangs venait de ce côté mouiller le pieddes murs, et il y avait, devant plusieurs portes, des petits balcons de bois qui surplombaient les vagues clapotantes.

Désœuvré, le promeneur erra un long moment sur la rive sablée comme un chemin de halage. Il examinait curieusement les grandes portes aux vitres poussiéreuses qui donnaient sur des pièces délabrées ou abandonnées, sur les débarras encombrés de brouettes, d’outils rouillés et de pots de fleurs brisés, lorsque soudain, à l’autre bout des bâtiments, il entendit 3 À des pas grincer sur le sable. EC

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