‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 38 sur 106 · LE GR AIN DOME · texte numérisé non relu

LE GR AIN DOME

qu’il ne revetrait plus cette gracieuse cré lPaperçut soudain venant à sa rencontr passer près de lui dans l’étroit sentier. Elle éc ses deux mains nues les plis de son grand Elle avait des souliers noirs très découverts." 8 villes étaient si fines qu’elles pliaient par inst: qu’on craignait de les voir se briser.

Cette fois, le jeune homme salua, en Fe — Voulez-vous me pardonner ? |

faut que je rejoigne les enfants, ne son maitres aujourd’hui. Adieu.

Augustin la supplia de rester un instant enc lui parlait avec gaucherie, mais d’un ton si tro si plein de désarroi, qu’elle marcha plus 1 et l’écouta.

Elle prononçait chaque mot d’un ton unifort appuyant de la même façon sur chacun, mais en plus doucement le dernier. Ensuite elle reprenai visage immobile, sa bouche un peu mordue, et yeux bleus regardaient fixement au loin. 5

— Je ne sais pas non plus votre nom, répond Meaulnes. À

Pon voyait à Du distance les invités se press autour d’une maison isolée dans la pleine camp

— Voici la « maison de Frantz », dit la JEU il faut que je vous quitte...

Elle hésita, le regarda un instant en souriant et dit: — Mon nom? Je suis Mile Yvonne de Galais… Et elle s’échappa.

La «maison de Frantz » était alors inhabitée. Mais Meaulnes la trouva envahie jusqu'aux greniers par la foule des invités. Il n’eut guère le loisir d’ailleurs d’examiner le lieu où il se trouvait: on déjeuna en hâte d’un repas froid emporté dans les bateaux, ce qui était fort peu de saison, mais les enfants en avaient décidé ainsi, sans doute; et l’on repartit. Meaulnes s’approcha de Mlle de Galais dès qu’il la vit sortir et, répondant à ce qu’elle avait dit tout à l'heure:

— Le nom que je vous donnais était plus beau, dit-il.

— Comment ? Quel était ce nom? fit-elle, toujours avec la même gravité.

Mais il eut peur d’avoir dit une sottise et ne répondit rien.

— Mon nom à moi est Augustin Meaulnes, continua-t-il, et je suis étudiant.

— Oh! vous étudiez? dit-elle. Et ils parlèrent un instant encore. Ils parlèrent lentement, avec bonheur — avec amitié. Puis l’attitude de la jeune fille changea. Moins hautaine et moins grave, maintenant, elle parut aussi plus inquiète. On eût dit qu’elle redoutait ce que Meaulnes allait dire et s’en effarouchait à l’avance. Elle était auprès de lui toute frémissante, comme une hirondelle un instant posée à terre et qui déjà tremble du désir de reprendre son vol.

IOI

— À quoi bon? À quoi bon? répondait-elle doucement aux projets que faisait Meaulnes.

Mais lorsque enfin il osa lui demander la permission de revenir un jour vers ce beau domaine:

— Je vous attendrai, répondit-elle simplement.

Ils arrivaient en vue de l’embarcadère. Elle s’arrêta soudain et dit pensivement:

— Nous sommes deux enfants ; nous avons fait une folie. Il ne faut pas que nous montions cette fois dans le même bateau. Adieu, ne me suivez pas.

Meaulnes resta un instant interdit, la regardant partir. Puis il se reprit à marcher. Et alors la jeune fille, dans le lointain, au moment de se perdre à nouveau dans la foule des invités, s’arrêta et, se tournant vers lui, pour la première fois le regarda longuement. Etait-ce un dernier signe d’adieu? Etait-ce pour lui défendre de l’accompagner? Ou peut-être avait-elle quelque chose encore à lui dire ?...

Dès qu’on fut rentré au domaine, commença, derrière la ferme, dans une grande prairie en pente, la course des poneys. C’était la dernière partie de la fête. D’après toutes les prévisions, les fiancés devaient arriver à temps pour y assister et ce serait Frantz qui dirigerait tout.

On dut pourtant commencer sans lui. Les garçons en costumes de jockeys, les fillettes en écuyères, amenaient, les uns, de fringants poneys enrubannés, les autres, de très vieux chevaux dociles. Au milieu des.

Page 1