‹ Le grand Meaulnes (volume 2)Chapitre 67 sur 106 · MMA CRA ND. M FE: A‘U L.N ES · texte numérisé non relu

MMA CRA ND. M FE: A‘U L.N ES

Plusieurs fois, en revenant du Vieux-Nançay, Dumas et lui avaient été intrigués par la vieille tourelle grise qu’on apercevait au-dessus des sapins. Il y avait là, au milieu des bois, tout un dédale de bâtiments ruinés que l’on pouvait visiter en l’absence des maîtres. Un jour, un garde de l’endroit qu’ils avaient fait monter dans leur voiture les avait conduits dans le domaine étrange. Mais depuis lors on avait fait tout abattre; il ne restait plus guère, disait-on, que la ferme et une petite maison de plaisance. Les habitants étaient toujours les mêmes : un vieil officier retraité, demi-ruiné, et sa fille.

Il parlait. Il parlait. J’écoutais attentivement, sentant sans m'en rendre compte qu'il s'agissait là d’une chose bien connue de moi, lorsque soudain, tout simplement, comme se font les choses extraordinaires, Jasmin se tourna vers moi et, me touchant le bras, frappé d’une idée qui ne lui était jamais venue:

— Tiens, mais jy pense, dit-il, c’est là que Meaulnes — tu sais le grand Meaulnes ? — avait dû aller.

» Mais oui, ajouta-t-il, car je ne répondais pas, et je me rappelle que le garde parlait du fils de la maison, un excentrique, qui avait des idées extraordinaires. »

Je ne l’écoutais plus, persuadé dès le début qu’il avait deviné juste et que devant moi, loin de Meaulnes, loin de tout espoir, venait de s’ouvrir, net et facile comme uné route familière, le chemin du Domaine sans nom.

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