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LA LIBERTE

Un député, M. Malzac, propose d'avantager, dans le examens, les élèves de renseignement d'État sur le autres.

Ce ne sera pas la première fois, dit-il, que la supériorit de l'enseignement public sur renseignement libre aura et affirmée. Pendant toute la durée de la monarchie d juillet, les candidats au baccalauréat étaient tenus de ju: lifier qu'ils avaient passé leurs deux dernières anné< d'études dans un établissement public d'enseignemei secondaire. Il a fallu la réaction de 1849 et de 1850 poi abolir cette règle.

Il est vrai, c'est la réaction cléricale qui a fait liberté de l'enseignement. Si celte liberté paraît retourner contre nous, c'est que nous fournissons nos ennemis des armes pour nous combattre. Et n'est pas le sabre de bois de M. Malzac qui pourn changer la fortune de la bataille.

D'abord, comment le député républicain ne voi pas qu'il est souverainement inique de faire pâtir

enfant, pendant toute une vie, d'un enseignement qu'il n'a pas choisi. Il s'en faut de beaucoup d'ailleurs, que l'empreinte de l'école subsiste durablement en nous. Combien l'Université n'a-t-elle pas formé de jésuites? Voltaire fut l'élève des bons pères. Quand Caserio figurait en petit saint-Jean dans les processions de son village, qui lui eût prédit sa destinée? En fut-il autrement, l'idée qu'on pourrait avantager un crétin aux dépens d'un élève intelligent, est si parfaitement révoltante que la loi de M. Malzac ne pourrait pas aboutir à autre chose qu'à renforcer la puissance de propagande de la congrégation.

Nous sommes dans une période de réaction caractérisée. Le parti républicain, reculant devant son œuvre, est depuis vingt ans l'arme au pied. Une armée inactive perd toute cohésion, toute discipline, toute ardeur à l'action. La confusion est au camp. Les mêmes personnages qui criaient bien haut : le cléricalisme c'est l'ennemi, nous prêchent effrontément l'entente avec le pape, et la font. C'est l'armée de Metz, moins le conseil de guerre de Versailles.

Pour s'étonner du résultat d'un pareil état de choses, il faut être candide. Pour croire qu'on pourra efficacement réagir contre le mal grandissant, par l'octroi gracieux de quelques points de faveur aux élèves de l'Etat, dans les examens scolaires, il faut être victime d'une illusion que j'admire.

Ce qui fait la force des cléricaux, contre la société laïque, c'est qu'ils joignent à tous les avantages du pouvoir officiel, tous les bénéfices de la liberté. Nous les subventionnons d'un nombre de millions bien supérieur à celui qu'indique le budget, et nous leur laissons ainsi la libre disposition de leurs fonds pour nous faire la guerre dans l'école, Au lieu de s'occuper

des examens de Sorbonne, qui ne sont en somme dans la vie que d'im profit assez douteux, que M. Malzac propose à l'État laïque de garder ses millions, et l'association internationale qui considère l'Église comme un rempart de défense sociale, aura assez à faire d'entretenir le culte, sans prodiguer ses capitaux dans la lutte scolaire. L'effort de l'enseignement congréganiste contre l'enseignement d'État, c'est l'État lui-même qui l'alimente en laissant à ses ennemis, par ses dons, la libre disposition de leurs ressources. La suppression du budget des cultes, en substituant un régime de liberté, à un régime de privilège, nous permet de faire appel à l'opinion^ qui nous échappe si nous prétendons, avec M. Malzac, lutter contre le principe même de la liberté et de la justice.

Cela ne suffira pas sans doute. Aussi longtemps que nous garderons l'Université uniliée de l'Empire, aussi longtemps que nous refuserons de libérer l'enseignement de ses chaînes, nous priverons l'action éducatrice de son plus puissant ressort : la liberté. Décentralisez renseignement, faites des Universités, diversifiez les programmes, instituez une noble rivalité entre les libres esprits des maîtres, et vous défendrez l'enseignement laïque par la liberté -féconde, non plus par l'autorité mortelle,- comme le propose M. Malzac.

M. Léopold Lacour, qui intervient dans la discussion avec l'autorité de ses études et de «on talent, se prononce hautement pour la liberté. Même venant de la réaction, la liberté d'enseignement est pour lui la bienvenue. Il n'est pas de ces républicains timides, qui se défient d'une liberté réclamée par les ennemis de la liberté. Il sait que toute libération partielle de

l'esprit humain doit nécessairement aboutir à l'afranchissement définitif.

■ Pour donner le bon exemple, il aborde bravement a question de la décentralisation universitaire, en >e cautionnant de M. Liard et surtout de M. Jean [zoulet dont il cite l'excellente brochure : Lame franchise et les Universités nouvelles selon V esprit de la Révolution.

« Il faut l'avouer, dit M. Izoulet, la Révolution a broyé la vieille France en une poussière de Municipalités sans vie, sans force, et sans initiative. Les Départements, eux aussi, sont des mécanismes, et point des organismes... Vais-je donc critiquer amèrement la- Révolution ? Je n'ai garde... Elle est hors de cause... Mais quoi donc est capable de ranimer nos léthar-. giques" provinces, et de réveiller ces Belles aubois dormante Quoi, sinon la constitution, sur les principaux points du territoire, de plusieurs grandes et puissantes Universités? »

Et M. Léopold Lacôur conclut :

<x C'est un foyer complet de pensée scientifique et philosophique, par la libre et intense collaboration des chaires supérieures de renseignement, aujourd'hui sans action l'une sur l'autre, et toutes soumises au pouvoir central. « C'est un édifice organique, c'est un encyclopédisme vivant », suivant le motde M. Izoulet. »

Voilà qui est très bien, et je ne puis qu'approuver à mon tour. Mais il faut vouloir ce qu'on veut, et savoir où l'on va. Sans m'embarrasser-de-la Révolution qui a eu le mérite de courir au plus pressé et de nous tirer d'affaire, je prends la question dans les termes mêmes où elle est posée. Les départements, les municipalités, ainsi que les tronçons d'universités, sont, nous dit-on, des mécanismes et non des organismes, des

choses sans vie, sans force, sans initiative. Je suis bien loin d'y contredire, et c'est là justement qu'apparaît la grande difficulté du débat.

M. Léopold Lacour a beau s'écrier qu'il ne s'agit pas de reconstituer l'ancienne province , on peut IuL demander pourquoi il propose de remédier à une partie seulement du mal signalé d'ensemble par M. Jean Izoulet. Le Sénat ne s'y est pas trompé quand! il a repoussé le projet de M. Bourgeois, après le faible discours de M. Challemel-Lacour. Nos pères conscrits ont en réalité barré la route aux Universités nais-* santés parce que cela sentait sa liberté provinciale) parce que créer « ces zones plus vastes, brûlées d'unel flamme spirituelle indépendante », c'est nécessairement appeler à la vie tous les organismes voisins — automates inertes que Paris met en mouvemen aujourd'hui. On ne saurait, assurément, concevoir uni Université vivante, pensante, agissante, dans une villia dépouillée du droit élémentaire de gestion municipale» dans une circonscription régionale à qui l'on refusle tout pouvoir d'administration autonome.

La vie se propage, la liberté est contagieuse, flpèl'herbe cessait de pousser dans des villes que je sais, |ib la vie intellectuelle, subitement évoquée, agitait dp nouveau le corps prêt à revivre, si le besoin d'actio V reparaissait avec l'activité mentale, s'il s'imposait que deviendraient les choses vénérables qui ne soi 'ai qu'à la condition de nous empêcher d'être ? De l'ejiiil, péditionnaire au Président de l'Elysée, chaque fon, tionnaire, embusqué dans sa forteresse, derrière spn créneaux de cartons, le ministre, hier obscur, ql,, conduit aujourd'hui le char du soleil, le sénatel,., cacochyme qui prend tous les dix ans sa pincée Li petit suffrage, le député d'arrondissement au profit ^

ii fonctionne toute l'organisation administrative, et ifin le libre citoyen de la république dûment ligotté ir tout ce monde, voilà ce qui rend principalement incite l'œuvre de libération attendue. Elle est bien irdée la Belle au bois dormant de M. Izoulet. Que de :ns j'ai vus passer depuis cent ans, sonnant du cor, us les fenêtres du palais enchanté. Que d'autres isseront. Avec M. Izoulet, avec M. Liard , avec Léopold Lacour, avec d'autres encore, j'appelle indormie et je lui dis : c'est l'heure. L'esprit sommeille-t-il? Ou va-t-il s'éveiller? Si c'est 3 l'Université que nous vient le signal de résurrecon, gloire à l'Université. Et puisque les pouvoirs iblics sont muets, indifférents ou ligués contre la vie ^laissante, puisque les citoyens déroutés attendent jscurément on ne sait quoi, il est juste, après tout, ue ce soit du foyer d'étude et de science que jaillisse i lumière attendue. Seulement que M. Léopold Lacour e s'y trompe pas : on ne fait pas la part de la vie , on e parque pas la liberté. Si l'Université est libre — et est une question de vie ou de mort, comme il le dit es bien — alors, la commune sera libre, et libre ussi la circonscription régionale, dans la mesure où î comporte l'intérêt supérieur de l'unité nationale, 'est le grand mérite de M. Izoulet d'avoir nettement osé la question, toute la question. Ne diminuons pas autorité de sa parole. Laissons-lui toute l'ampleur de a démonstration.

Je reconnais que la réaction pourra profiter, pour n temps, de la liberté générale, parce que toutes les orces de régression sont puissamment organisées iepuis des siècles, tandis que l'accord pour l'émancipation individuelle est nécessairement incertain, mal* ,isé aux hommes isolés, récemment affranchis. Il n'en

est pas moins certain que l'apprentissage de la libertc se fait uniquement par la liberté, et que toute chaîn< qui tombe est une nouvelle force pour rhunanilé Libérons donc, libérons toujours. L'esprit hésitan d'abord, tâtonnant, trébuchant aux débris de se! entraves, se confiera enfin à ses ailes étonnée^, et h sombre géhenne ne le reverra plus.

o Si renseignement congréganisto gagne du terrain dit excellemment M. Léopold Lacour, la faute n'en es point à une supériorité quelconque de cet enseigne ment pris en soi. Du point de vue professionnel pur notre avantage est admirable sur tous les degrés Mais double apparaît le problème pédagogique : côté de l'enseignement proprement dit, il y a Tédn cation, et nous Lavons toujours trop négligée. Dan nos lycées, dans nos collèges même, l'élève une foi sorti de la classe, ne trouve pour toute morale que peur des punitions; nul idéal, nulle amitié enti, l'homme qui le surveille et cet enfant. Il faudrait ur sollicitude paternelle entraînant une espèce de piélj filiale.'»

Bien dit, et bien pensé. C'est un de.s aspects ( problème dont la solution se trouve, pour moi, da la formule générale : décentralisation. Aussi Ion temps que l'Etat indifférent, travaillé de mille fluences contraires, entreprendra de lutter sur terrain contre l'Eglise, il sera vaincu. C'est q l'Eglise, puissante de l'autorité des âges, représen au regard de l'Etat, la liberté d'individualités c<| certées pour la réalisation d'un idéal. Comment pion, comment le professeur classé, étiqueté, hiérjf chisé, pièce numérotée de la monstrueuse machiii pourra-t-il remplacer cet ami simple et prévenlt

qui n'a dans la vie qu'un but : modeler l'enfanta

ne d'un dessein déterminé, le soutenir de l'influence e la puissante corporation, le suivre dans son exismce, l'aider, le marier, pour en tirer plus tard, sous tille formes, la rémunération des services rendus? Il a un idéal, cet éducateur, non pas un idéal supé- 'eur, 'comme le prétend le Figaro, puisque le prêtre L le moine ne rêvent, après tout que d'un paradis 50'ïsle. Mais l'homme n'en a pas moins l'incessante oussée d'un éternel dessein. Le pauvre pion, repréîntant bafoué du plus haut idéal qui soit de l'homme - la justice par la liberté — n'a qu'une pensée : quitter ; collège où on le martyrise. Le congréganiste c'est ne liberté ! Le maître laïque embrigadé dans l'Unisrsité impériale, c'est l'oppression, l'écrasement de caserne.

Pour lutter contre la liberté de l'Eglise, un «seul toyen : la liberté de l'individu. L'unité de l'enseignement, c'est la négation de l'effort individuel. Disersez la parole. Faites des Universités, des écoles vantes, que la libre investigation soit partout, abatz la -caserne scolaire, que nos internes libérés se réindent par petits groupes chez le professeur où ils ouvent une famille, comme en Angleterre, en Suisse, 1 Allemagne; que le maître fasse part à l'enfant de n foyer, qu'il le prépare à la vie par son enseignent comme par son exemple, qu'il oppose à l'idéal toritaire du passé, l'idéal d'expansion individuelle i l'énergie de l'être ne connaît d'autre loi que la gle de justice.

lAlors laissez se heurter librement les deux confiions de l'homme et du monde. Fata viam in- [lient.

Contre l'autorité d'en haut le pouvoir social n'a pu i qu'ici prévaloir, parce qu'il s'est institué tyrannie

u6 LE GRAND PAN

terrestre, et non liberté. Pourquoi détrôner Dieu d.( pour le restaurer ici-bas? Le roi des moaarj * ciei, P"lu Rénubliques c est tou '

chies, le monarque-Etal des nepuunq un. Ces petits dieux de la terre ne sont pas .de tad e contre celui d'en haut. Délivre. 1 homme et que 1 fonction de l'Etat soit de faire tomber 1 es cha ne, e d'assurer la règle de justice entre *™'**T™é saurez ce que c'est que l'homme, et de quelle puis sauce redoutable est armé l'esprit, vainqueur de 1 Un -

Test a esprit humain,, l'esprit *™% ™£ des entraves séculaires que l'ancien Dieu du n.onc "o t rendre enfin ses comptes. Qu'ils se rencontr

salion redoutable ou, m le piètre ni e

^U SsS Qui Dieu permet qu'on .

,,uestionne, son sort est d'avance ^. w

C?eBt la revanche attendue de *"*»*«»• a reprise entre le Titan délivré de ses chaînes et le . Sur qui l'avait foudroyé. C'est le jour p redit R 1 ud Tragique de l'Hellade, annonçant sa <| vrance à l'Jelur de tous les arts dont jouusen

mortels.

Je vivrai courbé sous des maux, sous des tures sans nombre, dit Pimmort elle ■*>*££. . expiant l'humanité secourue. Ce n est qu âpre. plice que je sortirai des fers. R.en ne peut vain.

nécessité.

"s cette nécessité, qui donc en règle le c La triple Parque, les Eumemdes a 1 infa

mémoire. , u ^

__ Ainsi leur force est supérieure a celle de

— Oui, Zeus lui-même ne saurait échapper à sa stinée.

— Et quelle est donc la destinée de Zeus sinon un îrnel empire?

— Ne me le demande pas. N'insiste pas pour le voir.

— Il est donc bien redoutable ce secret que tu tiens ché?

— 11 n'est point temps encore de révéler le mystère, faut le dérober aux yeux. A me taire, je gagne ma livrance de ces indignes liens, la fin de mes maux. Pendant de longs siècles "le vaincu courbé sous des Hures sans nombre, a gardé le silence, attendant teure marquée par le Destin. Bientôt il parlera sans ainte, le Titan qui déjà bégaye d'étranges paroles. aïs l'entendra dès que seront tombées les chaînes, la destinée s'accomplira de celui qui tint le monde ms sa main.

Que par nous les derniers liens soient brisés, les

ms de Zeus, vainqueur d'un jour, les liens de ses

mrreaux acharnés sur le rebelle.

La liberté. Toute la liberté. Confiance dans l'esprit

îlivré.

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