Strabon, 1. IV, j
stade compté à I84 w ,94. Il y a de Douvres à Calais 35 kilomètres; la distance que rapporte Strabon est trop grande. César marcha avec quatre lésions ou vingt mille hommes sans bagages et huit cents cavaliers chez les Trévires, qui ne venaient point aux assemblées, n'obéissaient pas à ses ordres, et qu'on soupçonnait de solliciter les Germains à passer le Rhin. Cette nation, fixée entre la Meuse et le Rhin, était de beaucoup la plus puissante de toute la Gaule par sa cavalerie, et possédait de nombreuses troupes à pied. Deux hommes, Induciomare et Cingétorix s'y disputaient la souveraineté. Le premier voulait être libérateur de son peuple avec l'aide des Germains, et ensuile subjuguer la Gaule avec ce même peuple. Le second, son gendre et son rival ou l'un de ses rivaux, préférait le joug de l'étranger à l'obéissance envers Induciomare. Cingétorix alla donc au-devant de César, et l'assura de sa fidélité; d'autres grands suivirent son exemple, et Induciomare, qui avait déjà rassemblé tous ceux capables de porter les armes, et fait cacher le reste de la population dans la forêt des Àrdennes, forêt immense qui traversait le territoire des Trévires, chercha à se justifier auprès de César en lui disant que, s'il n'était pas venu le trouver, c'était pour retenir plus facilement le pays dans le devoir, et l'empêcher de se porter, en l'absence de toute la noblesse, à d'imprudentes résolutions. César fit semblant de le croire, et il lui ordonna de venir dans son camp avec deux cents otages. Quand Induciomare les eut amenés, et parmi eux son fils et tous ses proches parents, lesquels avaient été spécialement désignés, César le consola et l'exhorta à rester dans le devoir ;
toutefois, ayant assemblé les principaux des Trévires, il les rallia personnellement à Gingétorix, tant à cause de son mérite que parce qu'il lui semblait d'un grand intérêt d'augmenter chez les Trévires le mérite d'un homme qui avait fait preuve envers lui d'un zèle si remarquable.
Quoique la révolte fût étouffée, César ordonna aux Trévires de se rendre au port d'Iccius. Ils devaient prendre part à la seconde expédition de César en Bretagne, mesure qui n'échappa pas aux Trévires et moins encore à Dumnorix, Éduen, chaud et brave patriote qui s'était autrefois ligué avec les Helvètes *. Comme Induciomare, ses rapports avec les Romains l'indignaient, et il était irrité de voir échouer ses projets patriotiques. Dumnorix eut recours à toutes sortes de supplications et de prétextes pour rester en Gaule. Il disait à la noblesse que César voulait la faire périr après son passage en Bretagne, ce qu'il n'osait faire à la vue des Gaulois. César en fut instruit par ses espions, et il résolut de réprimer et de prévenir Dumnorix par tous les moyens possibles; mais il ne voulait point sévir contre lui avant de le convaincre de ses menées contre les Romains, qui témoignaient néanmoins de son amour de la patrie. Pendant vingt-cinq jours que César resta dans le por à cause du vent de nord-ouest qui soufflait constamment, il ne perdit pas de vue Dumnorix. Enfin le temps devint favorable, et le proconsul ordonna aux soldats et aux cavaliers de s'embarquer. Mais, profitant de la préoccupation générale, Dumnorix sortit du camp avec la
l. César, Guerre des Gaule», 1. I, ch. ix.
cavalerie éduenne, à l'insu de César, et prit le chemin de 6on pays. César ordonna de le poursuivre et de le ramener mort ou vivant. Lorsqu'on l'eut atteint, il fit résistance, mit l'épée à la main et implora la fidélité des siens, s'écriant à plusieurs reprises qu'il était libre et membre d'une nation libre. Il fut entouré et tué. La cavalerie édue revint vers César.
Mais dans toutes ces conjonctures, il était incertain que la tranquillité fût de durée. Le brave et fidèle Labiénus fut laissé sur le continent avec quinze mille fantassins et deux mille cavaliers; il devait garder le port, pourvoir aux vivres et espionner la Gaule. Une soirée, César mit sous voiles avec quinze mille légionnaires et deux mille cavaliers. Entraîné au nord-est par la marée, il s'aperçut, au point du jour, qu'il avait laissé la Bretagne 6ur la gauche ; ce ne fut qu'à force de rames qu'il put gagner la partie de l'île où il avait débarqué Tannée précédente, A l'aspect de plus de huit cents vaisseaux, les Bretons se retirèrent; mais on devait les attaquer avant qu'ils n'augmentassent en nombre, et, dès la nuit suivante, l'armée romaine se mit en marche. Elle rencontra les insulaires à une distance de douze mille pas, Ils s'étaient avancés avec la cavalerie et les chars sur le bord d'une rivière, probablement la Stour, qui passe à Canterbury, et s'étaient placés sur une hauteur, dont les abords étaient défendus par des retranchements. Une légion les mil en déroute. Le lendemain matin, on poursuivit les fuyards; mais, à peu de distance du camp, des cavaliers envoyés par Q. Atrius à César, vinrent lui apprendre que, la nuit précédente, une violente tempête avait brisé et jeté sur le rivage presque tous les vais-
HISTOIRE DE CtiSAK.
seaux, et que le choc entre eux leur avait causé de grands dommages. Les Romains cessent la poursuite : environ quarante vaisseaux étaient perdus, le reste fut amené sur la grève et enfermé avec le camp dans des retranchements communs. Labiénus eut ordre de faire construire le plus de vaisseaux qu'il pourrait. César employa dix jours et dix nuits à la réparation de ses navires, et, au bout de ce temps, il recommença la campagne au même lieu d'où il était parti.
Les Bretons avaient assemblé un nombre considérable de combattants, et nommé pour chef ou généralissime Cassivelaunus. Ce prince était peut-être à la tête des Casses qui habitaient au nord de la Tamise, dans l'Essex et les pays environnants. 11 s'était distingué parmi ses compatriotes comme un conquérant, comme homme d'action et d'énergie. Les Bretons avaient choisi pour position une colline bordée d'une forêt; attaqués par les Romains, ils furent repoussés dans cette forêt. De là tout à coup ils attaquèrent de nouveau, et sur leurs chars, l'ennemi qui travaillait au retranchement du camp, et ils l'attaquèrent avec une grande vigueur. César, pour soutenir la garde du camp, lui envoie deux cohortes, qui étaient les premières de leurs légions; comme elles avaient laissé entre elles un très-petit espace, l'ennemi, profitant de leur étonnement à la vue de ce nouveau genre de combat, se précipita avec audace dans l'intervalle et échappa sans perte. Le genre de combat des Bretons était un perpétuel changement d'attaque et de retraite, dans lequel les hommes fatigués étaient remplacés par de nouveaux et frais combattants. On ne pouvait pas envoyer de masses contre eux; la ca-
valerie ennemie combattait avec désavantage ; les Bretons, feignant souvent de se retirer, l'attiraient loin des légions, puis, sautaient alors de leurs chars et lui livraient à pied un combat inégal. Cependant, à la longue les Romains apprirent à se défendre et enfin à les vaincre.
Ce fut dans cette guerre, sans qu'on sache où et à quel moment, qu'un simple soldat romain sauva deux centurions. La division de troupes à laquelle il appartenait s'était trouvée dans un pays marécageux. Le soldat fit des prodiges de valeur, força, dit Plutarque, l'ennemi à la fuite, mais ne retourna auprès de son corps que privé de son bouclier. L'entourage de César le reçut, plein d'admiration, avec des cris de joie ; mais le légionnaire, ému et chagrin, se jeta aux pieds du proconsul en lui demandant pardon d'avoir perdu son bouclier 1 .
Dès le lendemain de la bataille dont nous avons parlé plus haut, les Bretons avaient pris position loin du camp romain, sur des collines; ils ne se montrèrent qu'en petit nombre, et escarmouchèrent contre la cavalerie de César plus mollement que la veille. Mais, vers le milieu du jour, César ayant envoyé au fourrage trois légions et toute la cavalerie sous les ordres du lieutenant Trébonius, ils fondirent subitement et de toutes parts sur les fourrageurs, peu éloignés de leurs drapeaux et de leurs légions. Les Romains, tombant vigoureusement sur eux, les repoussèrent ; la cavalerie, comptant sur l'appui des légions qu'elle voyait près d'elle, ne mit point de relâche dans sa poursuite et en fit un grand