‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 177 sur 289 · Appien, Guerres civiles, I. II, ch. lx · texte numérisé non relu

Appien, Guerres civiles, I. II, ch. lx

Octavien, lieutenant de l'amiral M. Bibulus, du parti de Pompée.

Au milieu d'avril, César quitta Rome pour aller dans la Gaule, en passant à Ariminum et en traversant les Alpes. Pour sa guerre d'Espagne, César demanda le concours de Massilia (Marseille). Du temps de César, c'était déjà une ancienne ville, fondée par des Phocéens. Ses habitants étaient traités comme des étrangers par les Gaulois, qui étaient jaloux de leurs richesses et qui les attaquaient de temps à autre. Les Massiliens se mirent sous la protection des Romains et frayèrent par là aux légions, dèsle deuxième siècle avant Père vulgaire, le chemin delà Gaule. A présent Rome était divisée et les Massiliens devaient opter. Ils voulaient rester neutres jusqu'à la fin de la guerre ; mais cela ne faisait pas le compte de César, qui avait besoin d'argent, d'un port et de vaisseaux. Quand César arriva devant Massilia, il en trouva les portes fermées pour lui. Il mande quinze des principaux habitants ou des six cents qui siégeaient comme Timouques dans le conseil ou sénat ; il les engage à n'être pas les premiers à commencer la guerre, leur remontrant qu'ils doivent plutôt suivre le sentiment de toute l'Italie que de déférer à la volonté d'un seul. Il ajoute à cela tout ce qu'il croit capable de les guérir de leur témérité. Les députés reportent ces paroles à leurs concitoyens, et, par leur ordre, reviennent dire à César que, voyant le peuple romain divisé en deux partis, ils ne sont ni assez éclairés ni assez puissants pour décider laquelle des deux causes est la plus juste; que les chefs de ces partis, Cn. Pompée et C. César, sont l'un et l'autre les patrons de leur ville : que l'un leur a publique-

HISTOIRE DE CÉSAH. 269

ment accordé les terres des Volsques Arécomiques et des Helves; et que l'autre, après avoir soumis les Gaules, a aussi augmenté leur territoire et leurs revenus. En conséquence, ils doivent pour des services égaux témoigner une reconnaissance égale, ne servir aucun des deux contre l'autre, ne recevoir ni l'un ni l'autre dans leur ville et dans leur port 1 . Peu de temps après, L. Domitius iEnobarbe se montra devant le port de Massilia avec une petite flotte formée à ses propres frais à Cosa, sur la rive étrusque et dans l'île d'Igilium (Giglio); il ne fut pas repoussé ; on sait qu'il appartenait au parli de Pompée. Massilia le choisit pour commandant; elle obtint par là une grande importance non-seulement comme boulevard de l'Espagne, mais encore comme dépôt d'armes du consulaire, car le sénat avait nommé Domitius proconsul des Gaules 2 . César se décida donc à attaquer Massilia ; il n'avait que trois légions. Il éleva, pour l'attaque de la ville, des tours et des mantelets, fît équiper à Arles, douze galères. Achevées et armées dans l'espace de trente jours, elles furent amenées à Massilia; César en donna le commandement à D. Bru tus, et laissa C. Trébonius, son lieutenant, pour conduire le siège. Mais on avait depuis longtemps pourvu la ville d une telle quantité de munitions de guerre et de machines et l'étendue des ouvrages romains était si grande , que le siège n'avançait pas. César ne pouvait espérer s'emparer de cette place par un coup de main. Il la quitta

1. César, Guerre civile y 1. I, ch. xxxv. — Dion Cassiua, 1. XL1, ch. xix.

2. César, Guerre ciuile, I. I, ch. vi. — Suélone, Vie de César, ch. xxxi*. — Vie de Néron, ch. il. — Appieo. Guerres civiles, l. II, ch. xxxu.

donc pour se rendre en Espagne; car il devait se hâter afin de ne pas trop tarder à commencer la guerre contre Pompée.

César se rendit en Espagne par les Pyrénées. Les commencements de cette campagne furent malheureux pour lui. Mais César donna bientôt à cette guerre une direction heureuse. Les Romains et les Espagnols se joignirent à lui; il sut se les attacher par une douceur calculée : car n'oublions jamais les cruautés qu'il exerça gratuitement dans la Gaule. Les lieutenants de Pompée, Afranius et Pétréiuslui firent leur soumission au commencement du mois d'août 49. Malgré leur désir de ne pas servir contre César, ils s'enfuirent avec une partie de leurs troupes pour rejoindre Pompée et tous deux moururent l'année 46, en Afrique. L'Espagne fut soumise en quarante jours, et César lui donna pour gouverneur Q. Cassius. Ason retour d'Espagne , César n'oubl ia pas de se venger de Massilia. Il avait traversé les Pyrénées, et, passant par Narbonne, il se trouva devant la malheureuse ville. Il voulait que sa réputation de douceur, qu'il venait d'acquérir en traitant les vaincus avec une grande réserve, le précédât en Italie et jusqu'en Grèce. Et dans ce procédé on reconnaît sa grande intelligence, son habileté consommée. Il voulait prévenir les esprits en sa faveur. Il ne fit tuer personne dans Massilia, laissa de nom la liberté à la ville qui fut obligée de livrer ses armes et ses vaisseaux ainsi que son trésor ; elle dut renoncer à une grande étendue de son territoire et recevoir deux légions romaines en garnison. Strabon, qui, à cause d'Auguste, aurait aimé à dissimuler la dureté de César, laisse néanmoins sous-entendre, que depuis la prise de

Marseille, la ville n'a conservé que de faibles traces de sa richesse et de sa prospérité passées \ César avaitalteint son but : l'Espagne était entre ses mains : les Pompéiens Caton et Cotta avaient quitté, le premier la Sicile pour aller rejoindre Pompée, le second la Sardaigne pour s'enfuir en Afrique. Il était donc assuré de l'Occident.

Tandis que César était encore à Massilia, il s'était fait nommer dictateur à Rome. Lépidus lui fit part de sa nomination. Il paraît que César avait longtemps réfléchi avant de se saisir d'une magistrature à laquelle il avait été nommé d'une manière exceptionnelle et inconstitutionnelle. Il s'était fait nommer par le peuple et par le préteur, tandis que le consul seul pouvait le faire. Cette nomination fut donc illégale *, comme nous venons de le dire, car le préteur Lépidus l'avait proposée et le peuple l'avait confirmée 3 . Le droit de nommer un dictateur était lié au pouvoir consulaire par la loi de dietalore creando, ainsi que l'offre l'exemple de L. Claudius Marcellusqui proclama dictateur Q. Fluvius Flaccus en l'année 210 4 ; le même droit revenait aussi aux tribuns militaires qui avaient la puissance consulaire 5 ; mais un préteur n'avait pas ce droit, et le sénat devait être consulté 6 . César ne nomma pas non plus de magister equitum, ce qui était également une dérogation à l'ancien usage consacré. Il va donc sans dire que la nomination

Page 1