‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 184 sur 289 · Appien, Guerre civile, 1. II, ch. lt · texte numérisé non relu

Appien, Guerre civile, 1. II, ch. lt

auprès d'une pelile île à l'entrée du port, brûla plusieurs vaisseaux de transport ; tout baleau même prenant la mer fut pris ou incendié par lui. Dans sa folle confiance, il écrivit à Pompée, qu'il n'avait pas besoin de la flotte, et qu'on eût à tirer les vaisseaux à terre pour les réparer.

Cependant César, ne voyant pas arriver ses renforts, était dans une grande inquiétude. Qu'était-il arrivé? l'Italie s'était-elle révoltée? Brundusium et les troupes qui y étaient avaient pour commandant Marc-Antoine, parent de César, et dont César ne pouvait suspecter l'attachement ni la fidélité. Il ne pouvait s'expliquer le motif du retard de l'arrivée de ses troupes, retard qui, de jour en jour, le perdait davantage. Alors il prend en secret une détermination qui montre la force de son caractère, son énergie, et la puissance de sa volonté. A la dislance de douze stades, il envoie trois esclaves avec Tordre de faire disposer un petit bâtiment léger, et de le faire monter par le pilote le plus expert, afin de transporter un envoyé de César. Pendant une nuit, au milieu d'un repas, feignant une indisposition, César revêt les habits d'esclave, monte en voiture, arrive sur le vaisseau, se nomme comme l'envoyé de César, et l'on part. Mais à l'embouchure du fleuve, les vagues rejettent le bâtiment vers les rives : le pilote comprend le danger et renonce à prendre la mer. Alors César se fait connaître en disant : « Que crains-tu, tu portes César et sa fortune? » Mais les éléments restèrent les plus forts. Il fallut renoncer au départ. A. Postumius Albinus fut envoyé à Brundusium, avec l'ordre formel pour Gabinius d'amener les légions en Épire ; et si ce dernier s'y

refusait, de réitérer Tordre à Marc-Antoine; si celui-ci n'obéissait pas, d'en charger FufiusCalenus, et enfin de compte de les ramener lui-même s'il était nécessaire. Enfin Marc-Antoine força la sortie du port de Brundusium. Il passa à côté de Libon, avec sa flotte chargée de quatre légions et de huit cents hommes de cavalerie. Un vent du sud venait de la favoriser dans son entreprise. Mais ce même vent l'empêcha de faire voile pour la côte, près d'Apollonia, comme elle en avait reçu l'ordre : elle fut forcée de passer devant les camps de César et de Pompée, et d'aller prendre terre au nord de Dyrrhachium, non loin de Lissus. Mais la flotte de César n'était point encore sauvée ; quand les galères de Rhodes, qui étaient dans le port de Dyrrhachium, la virent passer, elles se mirent à sa poursuite, et à peine les vaisseaux d'Antoine étaient-ils entrés dans le port de Lissus, que la flotte ennemie parut aussi. Mais, tout à coup, un changement de vent la rejeta en pleine mer ou sur les récifs de la côte. Toutefois Antoine était séparé de César par une distance de quarante-cinq kilomètres, ou quatre jours de marche, par Dyrrhachium et toute l'armée ennemie. Antoine eut le bonheur de franchir les pics d'un contrefort occidental des monts Candaviens, appelé aujourd'hui Graba ; sur la rive droite de l'Apsus, il fit sa jonction avec César, qui était allé au-devant de lui. Pompée, de son côté, prit position sur le fleuve Génusus, non loin d'Asparagium, au sud de Dyrrhachium. Là, César eut l'habileté de se poser entre Pompée et cette ville. Pompée changea de place son camp, et là César eut le talent de l'envelopper. Mais Pompée rompt les lignes de César qui se fait battre.

HISTOIRE l)K CÉSAK.

Alors, le général républicain aurait pu prendre l'offensive. Mais César, après sa défaite, opéra sa retraite sur Apollonia. Pompée, qui le poursuivit pendant quatre jours, vit à la fin qu'il n'aboutirait à aucun résultat et il laissa tranquillement s'acheminer l'armée ennemie. César était arrivé à une situation où il fallait choisir entre le retour en Italie ou la poursuite de la campagne dans l'intérieur de la Macédoine. Il se décida pour cette dernière. L'armée se mit donc en mouvement en poursuivant le cours difficile de l'Aoos; elle traversa ensuite le Lakmon, une des chaînes du Pinde, dont les cimes s'élèvent jusqu'à 2150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ensuite, César arriva sur le versant oriental du mont Lakmon, aux sources du Pénée. A Aiginion, la jonction de l'armée de César se fit avec un corps d'armée commandé par Calvinus. L'armée du consul suivit la vallée du Pénée, laissa ce fleuve et la ville de Trikke à gauche et se dirigea au sud sur Gomphi, première ville de Thessalie à laquelle se présentèrent les soldats de César. Elle leur ferma ses portes. Elle fut prise d'assaut et livrée au pillage. De là, César se rendit à Mélropolis, à quinze kilomètres au sudest de Gomphi : cette ville voulut d'abord résister; mais ayant appris le sort de sa voisine, les habitants ouvrirent leurs portes à César. Il eut soin de leur conservation, et la comparaison du sort des Métropolites avec celui des habitants de Gomphi détermina toutes les villes de la Thessalie, à l'exception de Larisse, que Scipion occupait avec toutes ses troupes, à se soumettre à César et à recevoir ses ordres.

Peu de jours après, Pompée arriva en Thessalie. De

Dyrrhachium il avait suivi la voie Egnotie, ie long d'une partie du Genusus et ensuite jusqu'à Pella ; de là, il descendit au sud jusqu'à Larisse, où Scipion le rejoignit en ayant longé le Héliakmon (aujourd'hui Indjé- Karasou) et traversé les défilés de l'Olympe ainsi que le cours inférieur du Pénée. L'armée de Pompée comptait quarante-cinq mille fantassins et sept mille cavaliers; celle de César vingt-deux mille hommes d'infanterie et mille hommes de cavalerie. Le champ de la bataille prochaine était situé dans la partie sud-est de la Thessalie. Laïhessalie était une ancienne province de la Grèce septentrionale, formée du bassin du Pénée (aujourd'hui la Salambria) qui, après un cours de 130 kilomètres de longueur, se jelait dans le golfe Thermaïque (aujourd'hui golfe Salonique). Cette contrée, en y comprenant la province et la presqu'île de Magnésie, avait une superficie de 14,000 kilomètres carrés; c'était environ le double de la superficie du déparlement de l'Allier. On pense que sa population était de cent vingt mille habitants. La vallée ou plaine de la Thessalie était le plus large et le plus riche bassin de la Grèce. Au nord,, la Thessalie était bornée par les monts Cambuniens, terminés à l'est par l'Olympe avec ses sommets élevés, dont un de 2,874 mètres. A l'ouest, elle était limitée par le Pinde, dont le mont Tymphrestos, nœud du Pinde et de l'GËla, a 2,231 mètres d'altitude; au sud, par les monts OEta et le mont Olhrys; à l'est enfin par les monts Ossa, de 1,985 mètres de hauteur et Pélion de 1 ,545 mètres d'altitude. La plaine formée par le bassin du Pénée avait environ 80 kilomètres de longueur de l'ouest à l'est, et une

moyenne largeur de 45 kilomètres. Elle était très-fertile, produisait du blé, du vin et de l'huile en abondance. Les pâturages y étaient nombreux et les rives des cours d'eau étaient ornées de platanes et de lauriers.

Ce sont toutes ces richesses qui avaient attiré César.

Après avoir assuré ses vivres et avoir donné à ses soldats le temps de se remettre de la disgrâce de Dyrrhachium, César, voyant leur courage suffisamment raffermi, crut devoir éprouver jusqu'à quel point Pompée avait l'intention et la volonté de combattre. En conséquence, il fît sortir du camp son armée, et la rangea en bataille, d'abord à peu de distance de son camp et assez loin de celui de Pompée; mais les jours suivants il s'avança davantage et vint vers les hauteurs que l'armée républicaine occupait. Par cette manœuvre César avait relevé de jour en jour la confiance de sou armée. Il conservait cependant pour sa cavalerie un ordre spécial; comme elle était de beaucoup inférieure en nombre, il mêla parmi elle, pour le combat, des fantassins jeunes et agiles, choisis dans les premiers rangs, et qu'une habitude journalière avait familiarisés avec ce genre de manœuvre. Il avait par là obtenu que, dans l'occasion, mille de ses cavaliers ne craignissent point de soutenir en plaine le choc de sept mille cavaliers de Pompée, et qu'ils ne fussent pas trop étonnés par le nombre. Dans un combat les soldats de César tuèrent TAllobroge Égus qui, avec son frère Roscillus, était passé auparavant au parti de Pompée.

Les Celtes dont parlent les historiens, et qui faisaient partie de l'armée île César, étaient des cavaliers allo-

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broges, de celle contrée de la Gaule où se livra la dernière bataille qui détruisit son indépendance.

César, pensant qu'il ne pourrait jamais attirer Pompée au combat, crut que le mieux pour lui était de décamper et d'ôtre continuellement en marche; il espérait qu'en ne cessant de changer de camp et de parcourir le pays, il aurait plus de facilités à avoir des vivres; que chemin faisant il trouverait peut-être quelque bonne occasion d'en venir aux mains; ou que du moins il épuiserait par ce mouvement continuel l'armée ennemie, peu accoutumée à la fatigue. Ce parti pris, le signal du départ donné et les tentes pliées, César s'aperçut que l'armée ennemie, contre sa coutume, venait de s'avancer un peu plus hors de ses retranchements, et qu'il pourrait la combattre sans désavantage. Après avoir sacrifié à Mars et Vénus, il ordonna la destruction des remparts de son camp et en fît combler les fossés : le soldat devait être sa propre défense

Le moment était arrivé où le sort de Pompée et de César allait se décider. Le premier ne voulait pas être en sous-ordre, le second voulait être partout le chef. César s'inquiétait peu de dominer les hommes contre leur volonté, de les gouverner même haï par eux et de n'accorder de gloire et de puissance qu'à lui-même. Pompée ail contraire désirait un respect consenti librement, une soumission et une sympathie indépendantes.

1. César, Guerre civile, 1. III, ch. lxxxiv, lxxxv. — Appien, Guerres civiles, I. Il, ch. lxxv.

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