‹ Le grand perturbateur romain CésarChapitre 2 sur 289 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Ce livre n'a pas été écrit pour des ignorants ni pour les amis du despotisme. Il s'adresse aux hommes sérieux et instruits, à ceux qui réfléchissent et pensent, à ceux qui ont le sentiment de leur dignité d'hommes libres, aux appréciateurs de la liberté avec ses conséquences politiques et sociales.

Aussi ennemi de la démagogie que de l'arbitraire des despotes, l'auteur de ce volume croit avoir raconté les faits avec impartialité, en les faisant suivre quelquefois de jugements dont le lecteur attentif sera à même d'apprécier la justesse.

Mais avant de se former une opinion sur ce livre, il faut le lire en entier afin de suivre, en connaissance de cause, la trame des menées employées par

vin AVERTISSEMENT.

l'homme qui a fondé la monarchie militaire et les armées permanentes en Occident.

Ce volume devait paraître il y a cinq ans. Il n'a pu être publié à cause de circonstances tout à fait indépendantes de l'auteur.

L'histoire de Rome, dans sa troisième phase politique, est l'histoire de l'antiquité mourante, de sa décomposition et de sa décadence. Dès lors, la voie est ouverte au premier pas de cette période, de sinistre mémoire, qui nous est connue sous le nom de moyen âge.

L'Europe moderne a eu pour héritage des empereurs romains la forme politique et sociale qu'ils avaient fait pénétrer dans tous les rapports de la vie publique et privée , et qui avait momentanément façonné au moule impérial l'esprit et le caractère des peuples qu'ils avaient subjugués.

Un grand intérêt s'attache donc à l'histoire de la fondation de l'empire à Rome.

On répète à satiété que la décadence des Romains provenait de leurs vices, de leur sensualité, de leur luxe, de leur avidité pour la fortune , de l'orgueil et des inimitiés des hautes classes entre elles. Mais ce serait une erreur d'attribuer le principe de cette décadence au fonds même de l'empire. Ruinée avec lui, l'antiquité romaine avait commencé plus tôt l'œuvre de sa décadence. Pour

qu'une société courbe en6n le front sous le joug du despotisme, il faut qu'elle ait déjà bien démérité, il faut que déjà sa chute soit avancée, profonde.

Au déclin de la République, les luttes politiques, b l'exception de celles qui avaient pour objet l'établissement des lois Cornéliennes, n'étaient plus suscitées par la mise en cause de l'intérêt général , de la prospérité de la nation; elles ne représentaient que l'égoïsme des grands et leurs tentatives de domination dissimulées sous le prétexte du bien public. A l'époque de ces luttes peut s'appliquer ce que Tacite disait d'un autre temps : « La partie saine du peuple qui avait des rapports avec les grandes familles, les clients et les affranchis des condamnés et des proscrits, espéraient et reprenaient courage. Cette populace hideuse qui fréquentait le cirque et les théâtres, les esclaves les plus pervers, et ceux qui, après avoir consumé leurs biens, vivaient des infamies de Néron , s'affligeaient et attendaient impatiemment des nouvelles 4 . »

C'est qu'en effet cette vile multitude qui formait la majorité du peuple, attendait des troubles ou de nouvelles institutions pour assouvir ses désirs grossiers. Courant toujours après la nouveauté, elle n'est jamais satisfaite; inexpérimentée, pauvre et ignorante, dans aucun temps elle ne sut apprécier le passé, et dans le présent prévoir l'avenir.

Comme s ms une impulsion galvanique se réveille et fonctionne le système nerveux du cadavre, la société romaine , sous l'action d'une dictature ferme et sage,

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