Plutarque, Vie de Brutus, ch. m
3. Rome reconnaît les plus illustres citoyens pour auteurs de cette action immortelle. Cicéron, II e ritilippique, \\\*
détestaient, abhorraient jusqu'à l'apparence même du despotisme. Ils voyaient les institutions du passé en voie de destruction, et celte destruction n'était point entreprise dans les vues d'y substituer d'autres plus parfaites et plus en rapport avec les exigences de l'époque ; les esprits éclairés de Rome voyaient aussi l'asservissement de tous aux caprices d'un seul. La République était en voie de périr, la liberté, prise à la gorge, allait être étouffée. Le but des conjurés était de maintenir Tune et de dégager l'autre 1 .
Confiants dans la justice de leur projet, les conjurés se liguèrent entre eux sans se prêter de serments mutuels : ils ne se jurèrent point fidélité par des sacrifices. Tous gardèrent scrupuleusement le secret jusqu'au bout, jusqu'à l'acte final de leur entreprise. Leur nombre se montait à plus de soixante. Jamais conspiration ne fut
. tenue plus secrète. Le moment était critique pour Rome ; quelle était sa perspective, son avenir? Un dictateur qui courait en aventurier à la conquête du monde,
. deux consuls qui vivaient en inimitié ouverte, qui autrefois avaient suscité les troubles les plus sanglants, lorsqu'un d'eux fut tribun et que l'autre fut à la tête des troupes. A leurs côtés, comme lieutenant du dictateur magister equilum), était Lépidus, homme très insignifiant et instrument excellent du despote, puisque César le laissa, pendant sa dernière absence, quand il était en Espagne, avec dix préteurs à la tête de l'administration
1 . « Il est un autre motif bien plus important qui fait conspirer les hommes contre un prince ; c'est le désir de délivrer son pays de l'esclavage où il l'a réduit: c'est ce motif qui excita Brutus et Cassius contre César. » Discours sur Tite*Uve de Macchiavel, 1. 111, ch. vi.
romaine. Indépendamment des pompéiens et des républicains, il y avait au sein des conjurés des amis de César : c'étaient Décimus Brutus, P. Servilius Casca, C. Trébonius, C. Casca, Tillius Cimber, Minutius Ba~ tillus, Servius Sulpicius Galba, etc., etc.'
Au milieu de toutes ces circonstances, les Romains manifestèrent universellement le désir de venger la mort de Crassus et l'anéantissement de son armée. Il leur semblait aussi que le moment de l'assujettissement des Parthes était arrivé *. De là l'empressement de Rome pour une telle entreprise. Mais quiconque avait à cœur le bien et la paix de Rome, ne pouvait donner son assentiment à la gigantesque conception de cette guerre ni à son exécution dans les conjonctures actuelles. Nous avons dit le plan de César. Son entreprise devait durer trois ans. Ce calcul était hypothétique tout autant que le succès. César compromettait donc la paix, le bonheur et l'avenir de l'empire romain.
Nous avons parlé des trois hommes qui seraient mis à la tête de l'État, et qui devaient en avoir la direction durant l'absence de César. Quiconque se souvenait des désordres qu'ils amenèrent avant le retour de César après la bataille de Pharsale, devait craindre pour Rome et ne point se porter garant de sa tranquillité, ne fût-ce que pour quelques mois.
Le dépit de l'espoir déchu fut sans doute un aiguillon pour César, dépit qui lui fit accélérer la mise en œuvre de sa gigantesque campagne*. Les conjurés, de leur