Arislole, Politbiue, I. IV, ch. i
vissement excessif de toutes les jouissances et de tous les biens terrestres. C'est au terme de son existence qu'on voit clairement, de la manière la plus frappante, que dans son action il ne visait pas haut et qu'aucune étincelle divine ne l'avait atteint ni frappé. Lequel des deux est le plus élevé, est le plus glorieux, d'Alexandre laissant son œuvre inachevée, ou de César étant arrivé à son but, la préoccupation de toute sa vie? Puis il faut encore ajouter que César a de la ressemblance avec Catilina, que César dut haïr Caton !
L'homme n'est à lui-même son but que parce qu'il a en lui de divin : c'est-à-dire la raison, la liberté.
La liberté ne doit et ne peut être conquise que par une longue éducation de l'intelligence et de la volonté. Dans l'histoire universelle, manifestation de l'esprit divin, un peuple entre tous a montré un des hauts degrés où était arrivée l'éducation de l'intelligence et de la volonté : Athènes, type de l'esprit grec, nous fait voir dans toute leur beauté les institutions populaires, beauté qui devait être détruite par Socrate qui amena le principe de l'individualisme.
Chaque forme de gouvernement n'est déterminée que par] celle qui a précédé. Le passé constitue la nécessité de telle ou telle constitution : ce n'est que lorsque la dernière constitution d'un peuple corrige, amende, développe, perfectionne la constitution précédente, qu'elle augmente et favorise la liberté de l'esprit, de la raison, qu'elle en devient la sanction la plus élevée.
Quand Rome s'érigea en reine du monde connu des anciens, elle devint la proie de César, c'est-à-dire de
Findividualilé égoïste. 11 fait déifier Yimperator : les individus ne sont considérés que comme des atomes sans liaison, en dehors les uns des autres. La personnalité, durant les temps amenés par les institutions de César, était la négation de l'individu.
L'œuvre politique de César, destruction de tout ce qui pouvait rendre l'homme libre comme citoyen et par conséquent l'anoblir et l'élever, n'a exclusivement servi qu'à son élévation personnelle, qu'à fonder militairement, qu'à consolider par la force contre le droit le despotisme le plus cruel et le plus odieux, qui flétrit les sentiments et les prérogatives les plus sacrés, qui refoula les droits les [plus imprescriptibles des hommes et du corps politique et social. Cette œuvre, cet échafaudage, amena durant cinq siècles des meurtres et des crimes innombrables; et portant en elle-même les éléments de sa destruction, elle fut enfin et de plus anéantie par des races jeunes, comprenant et aimant la liberté. Le travail intellectuel de ces races aboutit à la fin et activement à la destruction du déchirement de tous les liens sociaux, amené, favorisé et exploité par César et la plus grande partie de ses successeurs. Dans cette nouvelle phase du travail de la raison, la liberté est devenue l'attribut générique de tous les hommes, et l'esclavage est reconnu absolument illégitime.
L'exemple des vices de César, les moyens iniques et la politique cauteleuse qu'il mit en œuvre pour réaliser ses vues despotiques, la grande démoralisation qu'il amena, la dissolution de tous les liens sociaux qu'il provoqua, l'audace qu'il montra à se jouer de ce qu'il y a de plus sacré, les attentats au droit, à la justice, à
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l'honneur el aux prérogatives de l'inviolabilité des hommes dont il fut l'auteur, le bien qu'il ne lit pas dans ses préoccupations dynastiques tout en en ayant les moyens et |e devoir comme magistrat suprême, le dédain qu'il jetait à tous ceux qui ne se courbaient pas sous le joug universel qu'il voulait établir pour la satisfaction de sa vanité sans bornes, ses instincts monarchiques traîtreusement déguisés sous des apparences républicaines ou populaires, sa fourberie consommée, en un mot ses assertions et ses actions fallacieuses qu'on saisit quand on suit avec impartialité et en connaissance (Je cause toutes les démarches de sa surprenante activité — font de César un grand coupable que les assises humaines n'ont point acquitté, parce qu'elles ne trouvent point de circonstances propres à révoquer le jugement que portèrent sur lui non-seulement ses contemporains mais les dix-neuf siècles qui l'ont suivi. Sa gestion des affaires de Rome qui, sous lui, avait mis le pied sur la gorge des nombreuses nations bordant la Méditerranée, sa gestion des affaires de Rome, disons-nous, amena directement, logiquement, la possibilité des règnes d'un Tibère, d'un Caligula, d'un Claude et d'un Néron. Car César avait rompu ou gangrené tous les rapports sociaux, affaibli tous les ressorts de la politique rationnelle, brisé ce qui lie les àraes aux âmes et ce qui attache les âmes à la patrie, et la patrie au ciel !
Tous les grands caractères historiques, d'une distinction éclatante, d'une élévation d'élite, qui ont contribué d'une manière quelconque au bonheur de l'humanité, à l'avancement de la civilisation, ont été adoptés et loués par les Muses. César n'a point eu d'Iliade ni
d'Énéide; il n'a pas même eu l'honneur vulgaire de la légende ; il a lui-même été l'artisan de son apothéose, trop prosaïque pour que quelque voix daignât descendre du Pinde pour en chanter la renommée. Mais la poésie a trouvé matière de charmer la postérité en glorifiant la vie d'un Alexandre, d'un Théodoric et d'un Charlemagne! — L'activité de ces hommes embrassait la société tout entière et ne se bornait pas aux détails mesquins d'une ambition uniquement personnelle et égoïste.
L'épopée ne chante que la noblesse du génie, le talent, les vertus et le sacrifice.