CHAPITRE PREMIER
liaison qu'il écarta jusqu'à ce qu'il se fût fait un parti dans la suite du héros, et qu'il fût arrivé à ses fins. Pompée voulait commander souverainement par le sénat et la loi, il voulait les dominer; mais il souleva contre lui la jalousie et la crainte de la monarchie. On lui résista. Cela fit naître en lui la méfiance et des sentiments d'hostilité qui le forcèrent de passer au peuple. Pour lui, ce pas était sans efficacité ; mais César lui donna de l'influence , sans avoir de jalousie ni de crainte. Client ou favori humble, il laisse mettre de côté par un autre le sénat et les lois, se fait frayer le chemin par lequel il compte s'élever. Quant à la haine, elle frappe de préférence le consulaire, l'apostat, auquel revient tout l'odieux dune puissance partagée , tandis que lui , César, dont le doigt invisible dirigeait toutes ses démarches, passait encore à l'époque du triumvirat pour moins dangereux.
Peu après son retour à Rome, en l'année 67, César épousa Pompéia 4 , petite-fille de Sylla par Cornélie sa fille, mariée à Q. Pompée Rufus, tué en 88 à l'instigation du tribun Sulpicius. Une alliance par mariage avec la famille de Pompée le Grand devait sembler suspecte à ses adversaires dans les conjonctures actuelles. Et quand César donna plus tard la main de sa fille Julie à Pompée, quand il épousa au môme moment Calpurnie, fille de L. Pison, et qu'ensuite il rechercha la main de Pompéia, fille de son gendre , il ne pouvait plus rester de doutes sur les vues politiques de semblables alliances. Le lien de la parenté fut encore consolidé par des services essentiels , qu'ils se rendaient mutuellement.
Sn<Hnno, Via de César, ch. vi, — Plutarque, Vie de. César, cîi. v.
Aussi longtemps que les Rhodiens entretinrent une armée de terre et une marine considérables, ils firent la police des mers. S'ils ne purent pas empêcher entièrement la piraterie exercée par les nombreuses villes maritimes des côtes méridionales de l'Asie Mineure, ils leur imposèrent cependant certaines bornes. La jalousie des Romains ne permit plus de flottes étrangères dans ces parages; c'est surtout après la destruction de Corinthe et de Garthage que la piraterie devint un métier lucratif. Les villes et les îles qui s'y adonnaient avaient contracté des ligues réelles, protégées contre les rois de Syrie par ceux d'Egypte et de Chypre, aveclesqueis ils étaient constamment en guerre. Phasélis, sur la côte orientale de la Lycie, et Délos, étaient des marchés d'esclaves où l'on en vendait quelques fois dix mille dans une journée. Tant que les Romains ne souffrirent pas de ces désordres, ils les tolérèrent ; car ce fut même par ces pirates qu'ils obtenaient leurs esclaves domestiques, d'origine syrienne, grecque, etc., et qui avaient une culture intellectuelle indispensable à leur luxe. Mais il arriva une époque où la nature phénicienne des habitants des côtes de la Carie, de la Lycie, delà Cilicie, de l'Isaurie, et enfin de l'île de Crète, se réveilla dans toute sa brutalité, favorisée de plus par les encouragements que lui donna Mithridate. Ces pirates ligués se rendirent maîtres de quatre cents villes ; ils eurent même l'audace de visiter les côtes de l'Italie et de la Sicile; sous les yeux de la capitale, ils osèrent attaquer le port d'Ostie ; ils enlevèrent avec d'autres prisonniers Antonia, fille du sénateur Antonius; ils pillèrent les temples d'Actium, d'Épidaure, de Calaurie, deTénare, de Samothrace, de Samos, etc., etc. C'est en vain que le proconsul P. Servilius défait en 78 les
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Isauriens en Cilicie et enlève plusieurs villes aux pirates 4 . Le commerce et toutes les transactions maritimes sont arrêtées; le prix des marchandises monte sans cesse; une disette enfin menace Rome. En Tannée 67, le tribun du peuple Aulus Gabinius, proposa, soit de lui-même, soit à l'instigation de Pompée, qu'un des consulaires fût investi pour trois ans, avec une autorité absolue et irresponsable, du commandement des mers et de toutes les côtes de la Méditerranée jusqu'à quatre cents stades dans l'intérieur 2 . La rogation de Gabinius fut adoptée, sauf par le sénat, et l'on nomma Pompée.
Pompée, qui ne se trouvait pas à l'aise dans la position d'ami et même de favori du peuple, avait désiré de nouveaux exploits guerriers pour rafraîchir ses lauriers fanés. César l'avait encouragé dans ce désir : il le seconda parce qu'il craignait qu'un séjour prolongé de Pompée dans Rome n'aboutît à le réconcilier avec le parti conservateur, et secondement, parce qu'il n'était point encore en état lui-même de soutenir seul la lutte contre l'aristocratie. Il ne pouvait oser quelque chose que protégé par Pompée; et son égide le couvrait, soit de loin, soit de près. L'absence de Pompée avait même cet avantage pour César, que, lui présent, il attirait d'autant plus sur lui-même l'attention des Romains. 11 était donc de son intérêt que Pompée s'élevât encore, en dépit de l'aristocratie, et qu'il quittât Rome. En ami perfide, il servit donc le caprice de Pompée, qui consistait, ainsi que nous l'avons dit, à désirer un commandement à l'extérieur.