‹ Le grand perturbateur romainChapitre 119 sur 277 · Plutarque, Vie de Ciear, cli. nu · texte numérisé non relu

Plutarque, Vie de Ciear, cli. nu

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amilié, ii leur fil une réponse fiienveillanle, et exigea qu’on lui amcnâl des otages. De leurcôlé, les Sicaml)res qui, du moment où l’on commençait à construire le pont, et sur l’avis des üsipèles et des Tenctlières réfugiés elle/ eux, avaient tout préparé pour fuir, venaient d’abandonner leur pays, emportant tous leurs biens, et s’étaient retirés dans les déserts et dans les forêts'. Nous avons dit plus haut ce que fil César sur la rive droite du Rhin et combien de temps il y resta.

Pour surexciter toujours et de plus en plus l’étonnement cl l’admiration de la populace romaine, de celte populace ignorante, irréfléebie, aussi facile à gagner qu’elle est oublieuse, il était indispensable pour César de précipiter les événements. Quoiqu’à son retour du Rbin, on fût en automne, il décida qu’on ferait une descente dans la lointaine Bretagne, que les Romains connaissaient si peu. Jusqu’au point de douter si c’était une île' ou un continent, si elle appartenait à l’Europe ou à une autre partie du monde. César savait que les Bretons avaient fourni des secours à ses ennemis dans presque toutes les guerres contre les Gaulois. Si la saison ne lui permettait pas de terminer celle expédition, il pensait qu’il lui serait cependant très-utile de visiter seulement cette île, d’en reconnaître les habitants, les localités, les ports, les abords, toutes choses presque inconnues aux Gaulois. Ayant donc fait venir de tous côtés des marchands, il ne put rien apprendre de satisfaisant sur la Bretagne, rien que «pielques vagues

1. (V*Mr, Guerre àvt CaK>f, l. IV, oh. xvili. 'l. Dion 1. XWIX, ch. i..

HISTOIRK ÜK CÉSAR.

notions sur ses côtes (ju’ils visitaient pour y chercher de l’étain.

Pour acquérir quelques connaissances avant de s'engager dans l’expédition, il envoya avec une galère C. Volusénus sur les côtes de la lhetagnc. Il lui reconmianda de revenir au plus tôt dès qu’il aurait tout vu. Lui-nièine, avec toutes les troupes, partit pour le pays des Morins (peuple du Boulonnais), d’où le trajet en Bretagne est très-court. H y rassemble tous les vaisseaux qu'il peut tirer des régions voisines et la Hotte qu’il avait construite l’été précédent pour la guerre des Vénèles. Cependant, instruits de son projet par les rapports des marchands, les Bretons envoient à César des députés de plusieurs cités, qui promettent de livrer des otages et de se soumettre à l’empire du peuple romain. Après les avoir entendus, César leur fait de bienveillantes promesses, les exhorte à persévérer dans ces sentiments, et enfin les renvoie accompagnés de Commius, qu’il avait lui-même, après ses victoires sur les Atrébates (peuple de l’Artois), fait roi de cette nation ; c’était d’ailleurs un homme dont le courage et la prudence lui étaient connus, qu'il pensait lui être dévoué et (jui avait un grand crédit en Bretagne. Il lui ordonne de visiter le plus grand nombre possible de nations, de les exhorter à se mettre sous la foi du peuple romain, et de leur annoncer sa prochaine arrivée chez elles.

La plus grande partie des Morins se soumirent tà César et cette soumission venait à propos parce qu’il ne laissait point par conséquent d’ennemi derrière lui. Une grande partie de l’armée romaine sous le commandement de Q. TituriusSabinuset L. Aurunculéius Cotta, lieutenants

IIISTOIRK ÜK CÉSAR.

do (]ôsur, resta cliezles Ménapes et sur los points du territoire des Morins, dont il n’avait point encore reçu de députés. Il préposa à la garde du port son lieutenant P. Sulpicius Rufus, avec la garnison qui fut jugée nécessaire. Quatre-vingts vaisseaux de charge devaient transporter deux légions ou dix mille hommes, et dixhuit vaisseaux de charge, que le vent retenait dans un autre port, étaient destinés à la cavalerie. Tout ce que César avait de galères fut destiné à son questeur, à ses lieutenants et aux préfets.

Les ancres de la Hotte flurent levées vers la troisième veille; César ordonna à sa cavalerie d’aller s’emban|uer au port voisin et de le suivre; celle-ci fit peu de diligence, et il n’avait que scs premiers vaisseaux lorsqu’il toucha à la Bretagne, environ à la quatrième heure du jour. Il jeta l’ancre devant le lieu qu’occupe maintenant la ville de Deal. Là il vit les troupes ennemies occupant, sous les armes, toutes les collines. En ces lieux, la mer était si resserrée par les montagnes, que le trait lancé de ces hautcui s pouvait atteindre le rivage. Jugeant l’endroit tout à fait défavorahle pour un débarquement, il resta à l’ancre jusqu’à la neuvième heure et attendit l’arrivée du reste delà flotte. Quand le vent et la marée furent devenus en même temps favorables, il fit lever l’ancre et s’arrêta à sept milles de là environ devant une pl.age ouverte et unie.

Mais les Bretons, s’apcrcevantdii dessein des Romains, envoyèrent en avant leur cavalerie et les chariots de guerre dont ils avaient coutume de se servir dans les combats, les suivirent avec le reste de leurs troupes et s’opposèrent au débarquement des étrangers. Plusieurs

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circoiislunces le rendaienl extrêmement difficile : la grandeur des vaisseaux romains forcés de s’arrêter en pleine mer, l'ignorance où étaient les soldats romains et gaulois de la nature des lieux; les mains embarrassées, accablés du poids énorme de leurs armes, ils devaient là la fois s'élancer du navire, résister à l’effort des vagues et lutter avec l’ennemi; tandis f(ue celui-ci combattait à pied sec, en s’avançant très-peu dans la mer, libre de tous scs membres, connaissant parfaitement les lieux, lançait ses traits avec assurance et poussait ses chevaux faits à cette manojuvre. Frappés d’un tel concours de circonstances, et tout à fait inexpérimentés dans ce genre de combat, les soldats de César ne s’y portaient pas avec celle ardeur et avec ce zèle qui leur étaient ordinaires dans les combats de pied ferme.

César, s’en étant aperçu, ordonna d’éloigner un peu des vaisseaux de charge les galères dont la forme était moins connue des Bretons et la manœuvre plus facile et plus prompte, de les diriger à force de rames, de les tenir devant le flanc découvert de l’ennemi, et de là, à l’aide des frondes, des traits et des machines, de le repousser et de le chasser de sa position. Ce mouvement fut d’une grande utilité aux Romains. Car, étonnés de la forme des navires romains, de leur manœuvre et du genre inconnu des machines romaines, les Bretons s’arrêtèrent et firent même quelques pas en arrière. Les soldats romains hésitaient encore, surtout à cause de la profondeur de la mer: le porte-aigle de la dixième légion, après avoir invoqué les dieux pour que sa légion eût l’honneur du succès: «Compagnons, dit-il, sautez à la mer, si vous ne voulez livrer l’aigle aux ennemis;

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pour moi, certes! j’aurai fait mon devoir envers la République et le général. » Aces mots, prononcés d'une voix forte, il s’élance du navire et porte l’aigle vers l’ennemi. Alors les Romains, s’exhortant mutuellement à ne pas souffrir une telle honte, se jettent tous hors du vaisseau. A cette vue , ceux des navires voisins les suivent et marchent à l’ennemi.

On combattait, mais les soldats romains cependant ne pouvant ni garder leurs rangs, ni lutter de pied ferme, ni suivre leurs enseignes, et forcés de se ranger sous le premier drapeau qui s’offrait à eux, à quelque vaisseau qu’il appartint, étaient dans une grande confusion. Les ennemis au contraire, connaissant tous les bas-fonds, avaient à peine vu du rivage quelques Romains débar- (|uer, qu’ils poussaient contre eux leurs chevaux et les attaquaient au milieu de leur embarras , un grand nombre en enveloppait un petit; les autres, prenant en flanc le gros de l’armée de César, l’accablaient de leurs traits. Témoin de ce désavantage, le proconsul fit remplir de soldats les chaloupes des galères et les esquifs d’observation, elles envoya au secours de ceux qu’il voyait dans une situation critique. Dès que les soldats romains eurent pris terre et que tous les autres les eurent suivis, ils fondirent sur les ennemis et les mirent en fuite, mais sans pouvoir les poursuivre bien loin, la cavalerie n’ayant pu suivre sa roule ni aborder dans nie. Les ennemis, après leur défaite, envoyèrent des députés à César pour demander la paix. Ils promirent de donner des otages, et de faire tout ce qu’il ordonnerait. Iis rendirent la liberté à Commius qu’ils avaient jeté dans les fers, ils rejetèrent sur la multitude

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le tort de cet acte, et César ne fit que se plaindre de ce qu’après lui avoir, de leur propre mouvement, envoyé demander la paix sur le continent, ils lui eussent fait la guerre sans motif. Il donnèrent sur-le-champ une partie des otages, et promirent que le reste, qui devait venir de contrées éloignées, serait livré sous peu de jours.

Il ne resta à César pas même l’ombre d’une conquête. Sa cavalerie avait quitté les rives de la Gaule quatre jours après lui; comme les dix-huit vaisseaux qui la portaient approchaient de la Bretagne et étaient eu vue du camp, il s’éleva tout à coup une si violente tempête, qu’aucun ne put suivre sa route, et qu’ils furent, les uns rejetés dans le port d’où ils étaient partis, les autres poussés vers la partie inférieure de l’ile, qui est à l’occident, et où ils coururent de grands dangers. La ilotte de César, de son côté, n’avait pas été ménagée par la tempête; plusieurs vaisseaux furent brisés. La consternation se répandit dans l’armée romaine; on se voyait coupé du continent, sans cavalerie, sans vaisseaux et sans aucune provision de blé. Les Bretons le savaient; pour devenir libres, ils n’avaient (ju'à se fier à l’hiver et à la lamine, et c’est aussi ce qui fut décidé. César devait finir comme un aventurier, victime de son étourderie. Mais César eut le bonheur de désarmer le sort.

Les douze vaisseaux les plus avariés donnèrent le bois et ce qui est nécessaire au radoub des autres encore en état de service. Le zèle des soldats et des équipages eut bientôt remis la flotte à flot. Les chefs bretons furent surpris, ils tinrent conseil, ne quittèrent pas leurs positions, et parurent dans le camp romain.

Rien ne témoignait de leurs intentions hostiles : la distance à laquelle on était oblige d’aller chercher les otages justifiait le retard qu’ils mettaient à les délivrer. Mais les Bretons dissimulaient. Ils se cachèrent pendant une nuit dans une forêt, dans le voisinage de champs où fut envoyée une légion pour fourrager; une poussière épaisse qui s’élevait dans celte direction fil soupçonner à César quelque entreprise de la part de l’ennemi ; il y courut avec les cohortes de garde, et vit les siens pressés par l’ennemi qui les avait enveloppés à la fois de sa cavalerie et de ses chariots. Mais des secours arrivèrent ; les Romains triomphèrent sur l’inexpérience stratégique des ennemis, qui envoient le même jour des députés à César demander la paix. Il doubla le nombre des otages qu’il leur avait demandés précédemment, et ordonna de les lui amener sur le continent, parce que le temps de l’équinoxe approchait et qu’il ne voulait point exposer à une navigation d’hiver des vaisseaux en mauvais état. Pour sauver sa réputation. César accepta avec joie, de (|uelqucs barbares. Une promesse illusoire de soumission, et se hâta de rentrer dans la Gaule après une courte absence de trois semaines. Il n’y avait pas lieu de se glorifier de cette expédition. Aussi, fjuc fiiit-il dans ses Cnmirientaires? Il ne la représente que comme entreprise dans un seul but de découverte. Il en fil une tout autre relation pour les Romains, et réveilla à Rome l’admiration la plus exagérée'; une simple et insignifiante invasion y fut convertie en conquête d’un monde nouveau, et le sénat décréta qu’on

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