‹ Le grand perturbateur romainChapitre 157 sur 277 · I. César, Guerre civile, I. I, cb. tu · texte numérisé non relu

I. César, Guerre civile, I. I, cb. tu

HISTOIRE DE CÉSAR

par surprise Ariininum (Rimini), la première ville d'Italie sur sa roule. César quitta incognito Ravenne; il assistait à des jeux, et le soir môme de son départ, il donna un repas afin d'éloigner tout soupçon. Arrivé aux rives du Rubicon, il se plongea dans une profonde méditation, dit-on; il dit, est-il rapporté, à Asinius Pollion et à ses autres compagnons : « Nous pouvons encore rétrograder, mais de l'autre côté du pont, la guerre nous attend. » Ces paroles ont pu être prononcées par César, elles exprimaient exactement la situation et sont dans son caractère. Ce que plusieurs autours y ajoutent doit être regardé comme une mauvaise plaisanterie. Luimême ne parle pas de ce géant qu'on apercevait de l'autre côté du fleuve, qui lirait des sons d’un jonc, et qui, en se saisissant de la trompette d’un soldat, donna tout à coup le signal du départ. Les paroles prononcées parCésar ne cliangeaient rien à ses résolutions. Ce qu’il mettait à exécution avait été depuis longtemps résolu, combiné, convenu.

Quand il eut franclii le fleuve, il mit le pied sur le sol de la patrie, après neuf ans d’absence; il arriva avant le jour à Ariininum. Là, il fut rejoint par les tribuns M. Antoine et Q. Cassius,C. CurionelM. Cadius ; là aussi, ïiinpei'ator commence ii jouer sa grande farce. 11 présente à sa pclile armée les tribuns en costumes d’esclaves et de fugitifs ! « Hélène causa la guerre de Troie, dit Cicéron ', M. Antoine alluma la guerre civile à Rome. » Pour inspirer encore plus de courage et d'allacliemcnt à ses guerriers. César leur avait doublé pour toujoure leur

l, Plutarque, Vie d'Aiilohie, cli. vi.

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solde'. Il se forma une garde sur le dévouement de la(|uelle il pouvait compter.

Par le passage du Rubicon, par ce pas audacieux, téméraire, il voulait surprendre scs ennemis, afin de ne pas leur laisser le loisir d’armer contre lui. Le dé était jeté. Les propylées d’une terrible lutte par terre et par mer venaient de s’ouvrir’. C’est surtout sur César que s’appesantit le reproche d'avoir été le sujet de la seconde guerre civile; car il avait amené volontairement sa rupture avec le sénat, afin d’avoir un motif apparent de justice pour faire la guerre. Si en ce moment la guerre était une résistance à son corps défendant, pour se soustraire à un tribunal séant à Rome, destiné à le perdre, il porte cependant la faute d’avoir offert tant de prises à des juges impartiaux. Le prétexte de vouloir venger l’affront fait aux tribuns était tout à fait frivole, car un veto acheté ne méritait aucune considération ; ensuite, combien de veto n’avait-il pas lui-même prononcés contre'des intercessions de tribuns? César avait rompu avec le sénat parce qu’il était utile de rompre avec lui, afin d’avoir un prétexte de réaliser le plan de toute sa vie. I)és son entrée dans la carrière politique, il s’était posé un but : ce but était de fonder son trône despotique sur les ruines de la République. C’est sur la même voie que César se trouve comme régénérateur du parti de Marius, comme consul et comme proconsul des Gaules. Un plan de conduite ferme et conséquent se contourne habilement à travers le tissu compliqué de ses machi-

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