Appien, GncrTtt ciiiles, 1. Il, cli. LXitm
2, Appicn, Guerres citi/ri, I. Il, ch. cxivi.
UISTOIKE du; CËSAn.
l’année pre'cédente, avait été principal de la dixième légion, homme d’une rare valeur. Aussitôt que le signal est donné : a Suivez-moi, dit-il, vous qui fûtes autrefois mes compagnons, et servez votre général avec le zèle que vous lui avez promis. Voici notre dernier combat; après cette bataille, il aura recouvré son honneur, et nous la liberté. » En môme temps, se tournant vers César : « Général, lui dit-il, je me conduirai aujourd'hui de telle sorte que, vivant ou mort, je sois loué par toi. » A ces mots, il s’élança le premier de l’aile droite, et environ cent vingt volontaires de la même centurie le suivirent'. Rompant les lignes ennemies, ces hommes y firent un grand carnage : enrm Crastinus fut tué par un coup de glaive qu’il reçut dans la bouche ^ Toute la cavalerie de Pompée accompagnée d’essaims d’archers et de frondeurs, attaqua alors celle de César qui, ne soutenant pas le choc, se replia lentement et en bon ordre sur elle-même; la cavalerie républicaine, chargeant avec une grande impétuosité et déployant ses escadrons, commençait à envelopper par le flanc l’aile droite de César. A cette vue. César donna ordre aux trois mille hommes formant une quatrième ligne en flanc et dont nous avons déjà parlé, de s’ébranler; ils chargèrent avec tant de violence la cavalerie de Pompée, que pas un ne tint ferme, et que tous, ayant tourné bride, non-seulement quittèrent la place, mais s’enfuirent à la hâte vers les plus hautes montagnes. Eux partis, les frondeui-s et les archers se
1, C«;«ar, Guerre civil), I. III, di. xci. — Appicn, Guerres civiles, I. Il, rli. Lxxxit.
2. Plutarque, Vie rie Pompée, ch. LXXi — Id., Tie de César, ch. txiv.
HISTOIRK DE CfiS.MI.
trouvèrent sans défense et sans appui, et tous furent taillés en pièces. Du même pas, les cohortes de César se portèrent sur l’aile gauche de Pompée, dont le centre soutenait encore les efforts de l’armée ennemie, l’enveloppèrent et la prirent à revers.
En même temps, le général révolutionnaire fit avancer la troisième ligne qui, jusque-là, s’était tenue tranquille à son poste. Ces troupes fraîches, ayant relevé celles qui .étaient fatiguées, les soldats de Pompée, d’ailleurs pressés à dos, ne purent résister, et tous prirent la fuite.
Quand Pompée, le brillant officier de Sylla dictateur, le destructeur de la piraterie arabe, le vainqueur de Mithridate et de César même devant Dyrrhachium, vit sa cavalerie en déroute, et ne comptant pas beaucoup sur son infanterie, au lieu de rallier son centre et son aile droite, il crut sa défaite déjà consommée, perdit la tête, et quittant le champ de bataille, il se retira dans son camp, gardé environ par 3,500 hommes. Là, il s’assit muet dans sa tente. Après avoir forcé les ennemis en déroute de se jeter dans leurs retranchements. César ne voulant pas leur donner- le temps de se remettre, exhorta ses soldats à profiter de leur avantage et à attaquer le camp; et ceux-ci, bien qu’accablés par la chaleur, car la bataille s’était prolongée jusqu’au milieu du jour, ne refusèrent aucune fatigue et obéirent. Le camp fut d’abord fort bien défendu par les cohortes (|ui en avaient la garde. Quant aux soldats qui avaient fui de la bataille, pleins de frayeur et accablés de fatigues, ils avaient jeté leurs armes, leurs enseignes, et avaient songé bien plus à se sauver qu’à défendre le camp.
HISTOIRE DE CIÏSAR.
Bientôt même ceux qui avaient tenu bon sur le retranchement ne purent résister à une nuée de traits ; couverts de blessures, ils abandonnèrent la place, et, conduits par leurs centurions et leurs tribuns, ils se réfugièrent sur les hauteurs voisines du camp.
Quand Pompée, retiré dans sa tente, fut instruit que les soldats révolutionnaires attaquaient aussi ses retranchements, il ne proféra que ces paroles : « Ainsi même jusque dans notre camp'. » Ensuite il se dépouilla de .ses insignes de généralissime, monta à cheval, quitta le camp par la porte décumane accompagné de quatre amis, et se rendit sans s’arrêter à Larissa où il arriva le lendemain à la pointe du jour, ayant franchi une distance d’environ trente-deux kilomètres. La direction que prit Pompée semble indicpier qu’il avait établi son camp sur la rive droite de l’Apidanus et non sur celle de l’Enipéiis, comme quelques auteurs l’admettent. Dans ce dernier cas, Pompée n’aurait pas dû fuir vers Larissa, mais bien à Lamia, sur le golfe Maliaque (aujourd’hui golfe de Zeitoun). Pompée ne s’arrêta point à Larissa ; il se rendit incontinent par IcPénée ou le long du Pénée au bord de la mer et monta sur un vaisseau de transport.
Les succès obtenus à Dyrrhachium par le talent militaire incontestable de Pompée avaient augmenté sa gène en face de l’aristocratie. Il aurait volontiers évité une bataille; son intérêt était sans contredit de temporiser, tandis ([ue César devait saisir la première occa-
I. Appirn, Ciirrres civiles, I. Il, ch. I AXXI. — Plutarque, Vie de Pompee, ch. LXXII.
HISTOIRE DE CESAR
sion propre ù amener une solution à sa cause; mais Pompée, entouré de 200 sénateurs qui prétendaient représenter le sénat romain en Thessalie, fut empêché de suivre ses vues personnelles. Il dut donc se résoudre, malgré lui, à combattre et céder aux criailleries des nobles seigneurs qui soupiraient après leur retour à Rome'. La suite de l’inconséquence et de la faiblesse, fut la ruine de la constitution romaine, dont le génie s’évanouit depuis la défaite essuyée en Thessalie, quoique de temps à autre on en vit reparaître le pâle rellel.
Asinius Poljion qui, à l’âge de vingt-sept ans, se trouvait à la bataille de Pbarsale, en combattant dans l’armée césarienne, A. Pollion, consul en l’année éü, qui a écrit une histoire des guerres civiles de Rome en 17 livres et estimé des anciens, ne porte le nombre des tués dans l’armée de Pompée qu’à six mille*, parmi lesquels se trouvaient dix sénateurs, et parmi ceux-ci Lucius Domitius Ænobarbe et ijuaranle chevaliers des familles les plus distinguées de Rome. Ce qui senible exagéré, c’est que, d’après César *, il n’aurait eu que
1. Cict^roiif dont le raie <^Uit presque tians importance à cette épotiue et qui fut alors paisablement làciiu, donne un autre motif k la détermination de Pumpée : « ... Déaespéraul delà victoire, dit-il, je comoirnçai par conKdiler la paix, pour Ia4|uelle Je nrélals toujours déclaré. Il (Puuipéc) entrait <iuelquefois dans mon sciUiincnt, et il l'aurait embrassé, je crois, sans un combat qui lui tu naître de la contlance pour scs troupes. Depuis ce inomeul, on ne reconnut plus, dans ce grand hoiimn*, les qualités d'un général. U mit en ligne une milice torniée à lu hâte avec des légions endumes dans le métier du la guerre; il fut défait honteusement, il perdit son camp et prit seul la fuite. * Lettres ù divers, l. VII, lellre 3.
2. Appien, fïMcrrej civiles^ I, II, ch. i.xxxil. — Dutarquc, Vie de Césaty Ctl. XLVI.