Drumann, t. III, p. 5C
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IIISTOMtK DE CESAR.
drachmes à chaf]ue homme Mais les soldats lui répondirent qu’au lieu d’éternelles promesses on ferait mieux de tout payer à la fois. Peu s’en fallut que Salluste ne fût tué. A cause de son immoralité Sallusle avait été expulsé du sénat en l’année .50, par Appius Claudius, alors censeur. Pour qu’il eût une voix dans le sénat, César venait de le nommer préteur. 11 avait pris la fuite pour revenir à Rome et instruire César de ce qui venait de se passer. Une partie des soldats l’avaient poursuivi; dans leur irritation et en chemin, iis commirent des violences et tuèrent même deux sénateurs, les prétoriens Cosconius et Galba*. Campés au Champ de Mars, César leur fit demander ce qu’ils exigeaient : mais ils ne voulurent avoir atfaire qu’à lui en personne ; ils proféraient d’effroyables menaces qui exposaient la ville aux plus grands dangers, au pillage même*. César ne pouvait disposer que d’une légion, de celle qu’ Antoine employait à la sécurité de Rome. Pouvait-on compter dessus? Dans cette conjoncture il ne fallait pas paraître avoir peur et quelles que fussent les craintes des amis de César, il résolut de payer d’audace. Mais à cette audace il joignit la ruse et l’ironie. César n'hésita donc pas à se présenter aux mutins avec
1. AppléD, Ciitrre» civiles, 1. II, ch. xcil. — PluUrqne, Vie de César, rli. Li,
2. Dioti Cassius, 1. XLII, ch. ui. — Plutarque, Vie de César, ch. u. I.’homme qui entreprenait une réforme «lana les iiiæurs, n'adressa que do légers reproches A ses soldats sur ce qu'ils araient assassiné Cosconius et Galh.i, de rang prétorien, et leur Ht dislribuer à chacun mille drachmes et leur donna des terres en Italie. Plularque, Vie de César, u.
3. Suétone, Vie de César, ch. Lxx. — Appicn , Guerres civiles, 1. Il, eh. xcii.
HISTOIKE DE CESAR.
toute la dignité d’un Imperator. Sur son ordre de dire ce qu’ils voulaient, dans leur confusion ils n’os(*renl plus lui parler des présents promis. Ils ne demandèrent donc à grands cris que leur congé, dans l’espoir que César parlerait lui-méme des présents, ayant encore besoin d’armées pour les guerres projetées. Mais, contre l’attente générale, il répliqua immédiatement sans hésiter : « Je vous licencie. » L’étonnement fut grand et le silence profond ; alors César ajouta : « et je vous donnerai tout ce que je vous ai promis dès que j’aurai célébré le triomphe avec d’autres. » Les légionnaires furent confondus. Ils réfléchirent avec jalousie combien les apparences seraient contre eu.x, s’ils quittaient le généralissime pendant de grandes guerres : ils réfléchirent fi la parole qui venait de leur être dite que d’autres triompheraient à leur place, qu’ils perdraient le riche butin à faire en Afrique et en dernier lieu combien ils s’attiraient la haine de César et de leurs adversaires. Enfin rompant le silence. César les apostropha en les appelant citoyens au lieu de sokluts et ce seul mot changea entièrement leurs dispositions, parole qui est une preuve patente de l’immense révolution politique et dans les mœurs qui avait séparé le soldat du citoyen. Ils se repentirent ouvertement et prièrent le général de les amener avec lui à la guerre. Par un coup de théâtre habile, César termina donc celte émeute dangereuse. Quand il leur tourna le dos pour descendre de la tribune, ils lui demandèrent de punir les coupables d’entre eux. César hésita un moment, restant à la place où il était, simulant une grande indécision. Enfin il regagna la tribune et dit qu’il ne punirait personne,
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mais qu’il était peiné que la dixième légion, qui s’élait toujours si fortement distinguée, ait. participé à ces troubles. « Je la licencie seule, ajouta-t-il, mais je tiendrai mes promesses envers elle à mon retour de la Libye. Au surplus, je donnerai à tous une portion de terre après la guerre terminée; je ne ferai point comme Sylla, je ne déposséderai personne; je ne rassemblerai pas dans la même ville ceux à qui on a pris et ceu.x à qui on a donné pour en faire des ennemis irréconciliables. Mais je distribuerai les terres de l’État, j’y joindrai mes biens, et, si cela ne suffit pas, j’en achèterai pour les y ajouter. » Et cette foule vulgaire le crut sur parole, battit des mains en signe d’applaudissement : la dixième légion seule était en proie à la tristesse parce que César se montrait irréconciliable envers elle. Elle lui demanda de la décimer, car elle avait pris la chose au sérieux! Alors César, voyant chez tous le repentir et qu’il n’était besoin de nouveau stimulant, pardonna à tous indistinctement ' et le tour fut fait.
Cette clémence n’était cependant pas naturelle ni généreuse chez César : elle n’était que calculée. Les chefs d’émeute, C. Avienus, A. Fontéius, T. Saliénus, M. Tiro etc. Clusinas, tes deux premiers tribuns militaires, les autres officiers, furent punis plus tard lorsqu’ils étaient sur la terre d’Afrique, comme séditieux et mauvais citoyens ; César les fit quitter l’armée et embarquer % D’autres furent envoyés à des postes où
1. Appicii, Guerret ewile$, I. Il, eh. xciii, iciv. — Dion Caului, I. XLII,
cil. LU i LIV.