RÉSUMÉ
Quand César eut en main le pouvoir comme chef d’Ëtat tout puissant, il ne s’en servit que dans son intérêt personnel et dynastique. Il y avait cependant autre chose à faire.
L’esprit guerrier d’une nation, dans son origine colonie militaire, dégénéra naturellement à la longue en passion pour les conquêtes; l’amour de la patrie ne fut plus qu’égoïsme, l’ambition des citoyens ne consista plus que dans l’avidité des richesses et l’envie de dominer. Dès qu’à la place de l’activité, de la continence et de la modération, la mollesse, la débauche jet l’arrogance eurent envahi le cœur des chefs, la fortune changea avec les mœurs.
L’accroissement trop rapide des richesses et des propriétés, l’indulgence pour les crimes de la noblesse, l’abaissement de la classe moyenne, la prodigalité avec laquelle on accordait le droit de citoyen, le persiflage des mœurs du passé, les nouveaux principes du temps sur la vertu, la mauvaise éducation de la jeunesse des classes supérieures, les débauches sans frein ni loi, l'accroissement rapide et honteux des fortunes et de la pré-
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HISTOIRE DE CÉSAR
pondérance d’un petit nombre de citoyens, l’extravagante et excessive autorité du militaire et principalement celle des vétérans, furent les toxiques qui agirent lentement dans Rome sur toutes les parties pobles des corps politique et social.
Les citoyens oublièrent les prérogatives attachées à leur caractère politique et n’éprouvèrent plus que la satisfaction des besoins matériels ; manger, boire, dormir et aller aux jeux du cirque. Le soldat était tout puissant et Vimperator passait pour plus (|u’un homme. Le jour où pour la première fois il sc fit raser^ fut une fête, et lui seul avait le droit, même après sa mort, d'empoisonner l’atmosphère des émanations putrides de son cadavre.
Solon, Périklès, Sylla avaient su remédier, pour un temps au moins, aux désordres d’Athènes et de Rome. Alexandre avait su réunir dans sa personne et de la manière la plus parfaite les qualités d’un capitaine de sang royal macédonien, du chef indépendant du système des républiques grecques, du souverain asiatique de la grande monarchie des Perses.
Tandis qu’il faisait époque dans l’art militaire, qu’il donnait une direction toute nouvelle au commerce, qu’il e'tablit partout en Asie des villes coloniales grecques, qu’il ordonnait des voyages par lesquels les homes de la géographie et de l’histoire naturelle furent considérablement reculées, Alexandre, en digne élève d’Aristote, étudia, en société de philosophes, la nature de la véritable éducation et culture de l’esprit, le caractère des peuples de l’Asie et la façon la plus convenable de les gouverner. Second Alcibiade, par l'aménité de son
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esprit et de scs inanlires, il sema le parcours de ses expéditions et de ses conquêtes des créations de la beauté grecque, tant des arts que de la vie : il institua des jeux gymnastiques, des fêtes musicales, en sorte que ses courses lointaines resseiublaient plutôt à des cortèges de Bacchiis qu’à des campagnes militaires et dévastatrices. Alexandre possédait surtout le sens plastique, la faculté de créer, d’organiser cl enfin non-seulement le pouvoir et l’art de s’attacher les hommes, mais encore ceux de les réunir par une œuvre politique nouvelle. Comme Achille et Cimou, Alexandre sauva l'Occident delà domination du despotisme oriental, du despotisme des princes et des rois du harem (pii, à défaut de l’amour des peuples, s’appuient sur la force militaire.
« Les filais qui ont tenu allernalivemenl l’empire de la Grèce, dit Aristote, ont voulu propager le système de leur organisation politique. Ils ont donc établi ou l’oligarchie ou la démocratie pour leur propre intérêt, et celui des peuples n’y entrait pour rien. Voilà pourquoi on ne trouve <pje bien rarement ce gouvernement moyen qui s’appelle République. De tous ceux qui, dans les temps reculés, ont exercé l’auloritc suprême, il ne s’est trouvé qu’un seul homme, qui ait établi cet ordre de choses*. » Dans ce passage d’Aristote, il a en vue Alexandre (jui laissa effectivement leurs constitutions propres à Athènes et à Sparte.
Qu’a fait César ‘î Tous ses sentiments, toutes ses préoccupations ne sont que personnels et vulgaires. Chez lui, la satiété matérielle de la vie ne fut qu’un simple assou-