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LA CLAUSE NAVALE ET L ACCORD MONDIAL

auquel les flottes correspondent est rempli, et il n'est besoin d'entretenir plus longtemps ces flottes. Dans le montant total des obligations allouées à chaque nation, est compris le coût des navires de guerre qu'elle a fait construire depuis le 1®^ août 1914. Ce coût n'est pas à la charge de chaque nation individuellement, mais il est payé par le monde confédéré.. Or, on ne peut manger son gâteau et l'avoir encore. Combien cet argent serait plus utile s'il était affecté à payer les dettes créées par la construction des navires ! Combien plus utile s'il était employé à la reconstitution du monde !

Mais il y a d'autres considérations vitales. A quoi ces vaisseaux de guerre serviraient-ils, à quels besoins répondraient-ils si le monde tombe d'accord sur l'établissement de la paix ? Ils deviendraient absolument inutiles. Seuls, l'Angleterre, la Hollande, les Etats-Unis, la France et le Japon possèdent des colonies ; d'après le traité, le seul cas où ces nations pourraient faire, elles-mêmes, usage de leur marine serait celui d'une insurrection dans ces colonies. Le dixième de leur puissance navale au 1®^ août 1914 y suffira certainement. Ces marines

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pourraient aussi être employées, aux termes de la convention, quand le monde confédéré aurait à faire respecter les clauses de l'accord international, contre la nation qui aurait tenté de les violer; elles ne seraient employées, dans ce cas, que si la rupture de toutes relations et communications par mer, par terre et par les voies télégraphiques était insuffisante. Tous les navires de toutes les autres nations seraient alors placés sous les ordres du Congrès International et, bien que les flottes aient été réduites, elles suffiraient certainement à imposer le respect du traité ; il est probable qu'on aura d'ailleurs très peu à y recourir.

Un grand facteur qui entre en considération sur ce point c'est que, durant ces dernières années, ainsi qu'il est mentionné dans un autre chapitre, les perfectionnements de la navigation aérienne diminueront considérablement le rôle des vaisseaux deguerre. Une grande flotille d'aéroplanes détruirait les navires agresseurs bien avant qu'ils aient atteint la côte vers laquelle serait dirigée l'attaque. Durant cette guerre, aucun pays belligérant n'a été capable de débarquer sur une côte bien défen-

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due ; cette possibilité deviendra de plus en plus rare à mesure que Temploi des avions se généralisera en se perfectionnant. De plus, les canons de terre ont une portée plus grande que ceux de la marine, en sorte qu'il sera de moins en moins possible aux vaisseaux de guerre de demeurer à la portée des batteries côtières.

Le désir de domination universelle de TAUemagne et son programme naval étaient, dans une grande mesure, à blâmer pour Taccroissement rapide des flottes anglaises et françaises. En présence des efforts allemands de la dernière génération en vue de devenir Tune des plus grandes puissances navales, TAngleterre, la France et les Etats-Unis ont été contraints d'accroître le nombre de leurs vaisseaux de guerre. Mais, avec une Allemagne désireuse de prendre place au Congrès des Nations et d'y rester, le besoin de flottes puissantes disparait. Les républiques Sud-Américaines paraissent satisfaites de leurs frontières actuelles; ni les Etats-Unis ni le Canada ne les regardent avec un désir de conquête. L'Allemagne, seule, a été la cause de flottes aussi considérables dans le monde ;

l'adoption de ce plan fera cesser la nécessité de les entretenir.

Une fois arrêté le plan précis d'an Congrès International entre toutes les nations, il n'y aura plus besoin de nouvelles constructions navales. Il y a tout au plus deux nations qui, si une barrière était établie autour de chacune d'elle pour interdire l'exportation de ses produits, ne pourraient se suffire en fait. Au contraire, toutes les autres nations pourraient, au moyen d'une nouvelle adaptation de leurs ressources, subsister avec les seuls fruits de leur travail et de leurs terres. Les deux exceptions sont TAngleterre et son antipode, le Japon. L'existence, pour ces pays, est absolument dépendante du libre usage des mers, puisque ce sont, dans leur continent respectif, les plus grandes puissances maritimes et commerciales. Or, il ne fait pas de doute que l'Angleterre n'a pas le moindre désir d'acquérir de nouveaux territoires, et que le Japon se contente parfaitement de ses possessions actuelles, malgré les affirmations réitérées de t^ertains, politiciens, d'après lesquels le Japon ferait, sous peu, la guerre aux Etats-Unis à propos des Iles

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Philippines. Les problèmes de la Russie le préoccuperont à Texclusion de tout rêve d'expansion. Il n'est pas besoin d'imaginer que les Etats Balkaniques nourrissent des ambitions de domination mondiale. L'Autriche peut être mise à part. La France, de toute évidence, se contente de son empire africain ; et la Norvège et la Suède ont toujours poursuivi les voies pacifiques du progrès intérieur.

L'Allemagne n'a plus de colonies. L'attitude des Etats-Unis peut être jugée par leur renonciation à l'île de Cuba et leur refus d'envahir le Mexique, ainsi que par la volonté nettement exprimée de donner l'indépendance aux Philippines aussitôt que celles-ci seront à même de s'administrer librement.

Ainsi nous avons le spectacle d'un monde de nations, les unes satisfaites de la répartition territoriale actuelle, les autres empêchées par leur faiblesse naturelle de réaliser toute ambition qu'elles pourraient nourrir.

Dès lors, si les nations concluent un accord tel que nous le préconisons, laissant au Congrès International la pleine autorité d'assurer la police dans le monde, il semblerait qu'il n'existât aucune raison

pour que les frontières actuelles ne restassent pas telles qu'elles sont pendant une nouvelle période d'un siècle ; et dans ce cas, il n'y aurait pas la moindre nécessité de nouvelles constructions navales.

Si TAllemagne doit être une puissance sans colonies, elle n'a besoin que de fortifier ses ports ; une flotte serait superflue. Jusqu'ici, la flotte allemande ne s'est pas révélée d'une grande valeur comme arme de combat, sauf dans le torpillage de navires hôpitaux et de navires marchands. Et si l'Angleterre participe à un accord aux termes duquel elle ne pourra d'ici cent ans employer sa flotte contre l'Allemagne, celle-ci n'a rien à craindre.

Songez quelle économie en impôts et dettes nationales s'ensuivrait ! Durant les trente dernières années, l'Allemagne a dépensé plus de 2.500 millions pour organiser sa flotte; il ne lui reste rien qui justifie cette dépense.

D'autres grands avantages résulteront de l'adoption de ce plan. Les plus importants chantiers maritimes du monde seront nécessaires, pendant des années, pour la reconstruction de la flotte marchande détruite; ces chantiers auront besoin de

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tous les matériaux qui pourront être consacrés à ce but. Continuer à construire de nouveaux vaisseaux de guerre, quand les hostilités auront cessé, préparant par là une nouvelle guerre mondiale, au lieu de pourvoir à ce grand besoin de navires marchands, ce serait retarder indéfiniment le retour à la prospérité. Quand la paix viendra, il faudra compter avec la tâche considérable de ramener chez eux des millions de soldats et d'infirmières — aux Etats- Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Australie, aux Indes, au Japon, en Chine, etc. C'est une tâche qui devra être exécutée immédiatement. Elle exigera la quantité maximum de navires. Si, durant cette période critique, les récoltes venaient plus ou moins à manquer dans un pays, le transport de ces hommes et femmes devrait être plus ou moins ajourné, celui des récoltes devenant plus urgent. Mais si ce plan est adopté, dès que la paix sera signée, les chantiers maritimes pourront arrêter la construction des vaisseaux de guerre et concentrer toute leur énergie dans la construction des navires marchands. Et comme toutes les sommes alors dépensées pour les vaisseaux de guerre seraient

remboursées, ceux-ci deviendraient la propriété du monde confédéré ; ils n'auraient pas besoin d'être achevés, et Targent prévu pour leur construction serait affecté à ce travail plus important de construction de navires marchands.

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