‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 56 sur 183 · LES 1Ï0YENS DE PACIFICATION · texte numérisé non relu

LES 1Ï0YENS DE PACIFICATION

c'était un ultimatum que cette lettre. Son irritation redoubla lorsqu'il sut que les docteurs de Paris avaient écrit en même temps aux cardinaux, et que le Sacré- Collége tout entier se laissait inspirer par cet esprit nouveau ^ . Sa cause était donc perdue ; le siège d'Avignon allait lui échapper pour toujours. C'était exact, mais d'une autre façon qu'il le craignait. En ce moment critique et suprême, Clément sembla vouloir revenir à résipiscence et obéir aux conseils qui lui venaient de toutes parts. Il parut décidé à donner sa démission et s'en ouvrit à plusieurs. Soudain, une indisposition le frappa. 11 souffrit pendant plusieurs jours, puis, se croyant mieux, il sortit de sa chambre pour entendre la messe. A peine rentré, il s'affaissa mortellement atteint. Il n'eut que le temps d'invoquer Dieu, la sainte Vierge et le saint cardinal qu'il avait créé, Pierre de Luxembourg : il mourut presque aussitôt 2. C'était le 16 septembre 1394. Le corps du l'ape fut inhumé en grande pompe dans la cathédrale des Doms; puis, sept ans après, il alla rejoindre aux Célestins les restes vénérés du bienheureux Pierre de Luxembourg^.

Il est assez difficile de porter un jugement équitable sur Clément VII. Son caractère fut aussi complexe que sa vie fut agitée. Issu d'une famille illustre, orné de tous les dons de l'esprit et de l'éloquence, protecteur éclairé des lettres et des arts, il eût pu être, en des temps moins troublés, un pape digne de la tiare, un Colonna ou un Borghcse, un Martin V ou un Paul V.

i. DiBoCLAT, t. IV, p. 700. — D'ACHÉRY, SpicH. 1,783. — Bil)I. Nat. Paris mss. lat. 1463, p. 98", UtU3, f» 24. — 2. Chronic. Karoli VI lib. W, c. 5. —3. Alpartil (Marlin d'), Chronica aclilalorum (edit. Euri.e], p. 123.)

Nous l'avons dit ailleurs : ritalie ne lui avait jamais pardonné le massacre de Césène permis par lui, non plus que son retour à Avignon; la France subit en murmurant ses exactions et ses profusions. Le monde chrétien regrettera toujours de ne l'avoir point vu descendre généreusement de ce trône pontifical sur lequel la révolte et î'intrigne l'avaient fait asseoir, et où la force des armes et des habiletés trop humai-nes l'avaient maintenu. Clément VII est sans cesse ballotté au gré des circonstances, des passions ou des intérêts. Il tâche de s'imposer aujourd'hui parla politique, demain par la force. Pendant seize ans, il vit d'expédients ; il promet des bénéfices à tel évêque, il prodigue les bonnes paroles à tel roi, il encourage tel prétendant ambitieux, il cherche à plaire ou à s'imposer aux sept royaumes qui ]e reconnaissent.

Tantôt il reçoit le roi de France avec la plus grande magnifiicence dans son palais d'Avignon, il hii accorde îa nomination à certains évêchés et à sept cent cinquante bénéfices (nov. 1389). Tantôt il prépare la descente en Italie du jeune dnc d'^Orléans, unit ses intérêts aux siens et aspire de nouveau à s'imposer aux Romains par la force (1393). Il ne répudie pas « la voie de fait », pourtant indigne de sa cause et de son caractère sacré. « 11 soumet les clercs aux magistrats civils et aux princes, dit Clémangis, et chacun d'eux est plus pape que le pape lui-même * ». 11 se conduit en toute circonstance comme un souverain habile mais égoïste, qui vit pour lui-même et pour son ambition plutôt que pour son peuple et pour son devoir : Omnia serviliier pro dominatione, aurait dit Tacite.

Juste un siècle auparavant, le 13 décembre 1294,

1. « ut principum benevolentiam facilius aasequeretur, assecutam foveret, fotamque conservaret, conservatam amplificaref, pluiima ultro dona et xenia illis dabat. >

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