FiNKE, p. 10a
4. NiEM, dans Von der Hardt, t. II, p. 380. Thierry, qui était alors abréviateur de la Curie, assistait à cette déroute, (p. 381.)
5. Lettres récemment découvertes aux archives de l'État à Venise. Cf. FisKE, p. 106 et 167.
che le Sénat lui promit qu'il ne ferait aucune opposition au projet de réunion d'un concile à Bologne où Jean XXIII exerçait depuis longtemps un pouvoir absolu ^ .
Heureusement une mort, à la fois honteuse et tragique, le débarrassa bientôt du sacrilège et voluptueux Ladislas qui venait de piller Rome une seconde fois et qui était entré à cheval dans la basilique de Saint- Jean de Latran. Malade par suite de ses débauches et peut-être empoisonné, il se fit transporter à Naples où il succomba (6 août 1414}. Ce fut pour la pacification de l'Église un obstacle de moins. Remarquons-le en passant, la prise de Rome a toujours été fatale à ces conquérants d'aventures, soit à cause de la séduction fascinatrice qu'elle exerce, soit à cause des déboires inévitables qu'elle leur prépare. Genséric et Odoacre ont été sous ce rapport les précurseurs des Othon, des Barberousse, des Ladislas et de bien d'autres, dont l'histoire sait les noms.
S 3. — Préliminaires du concile.
De son côté, Sigismond poursuivait obstinément le bût que plusieurs prélats, des écrivains distingués et surtout la voix publique ^ désignaient à ses efforts : la convocation d'un concile général qui rendît définitivement la paix à l'Église.
Descendu dans la haute Italie, il ne négligeait rien pour assurer la réussite de son grand dessein. L'état
1. GuiRAiiD, U État pontifical après le grand Schisme, p. 23.
2. Thierry de Niem s'en est principalement fait l'écho dans son livre intitulé De modis uniendi, écrit en 1410. — Yon der Hardt, t. I, p. V, p. 68. — 0pp. Gersonii, t. II, p. 16!.
286 LE GRAÎs^D SCHISME. -
de la clirétienté le préoccupait beaucoup plus que les intérêts particuliers de Jean XXIII.
Celui-ci, forcé par les circonstances à reprendre l'idée d'un concile, voulait le tenir dans une ville qui serait sous sa domination, ou tout au moins neutre, et surtout indépendante de l'Empire. Il avait donné dans ce sens des instructions formelles à ses légats, les cardinaux de Ghalant et Zabarella.
Mais au dernier moment, saisi par je ne sais quel esprit de vertige et d'erreur, il leur dit : « J'avais résolu de vous indiquer certaines villes et de vous empêcher d'en choisir d'autres : aujourd'hui j'ai changé d'avis, je m'en remets à votre prudence, et je vous donne par lettres pleins pouvoirs ^ »
Les deux légats partirent pour Côme où se trouvait Sigismond. Celui-ci avait déjà fixé son choix sur la ville impériale de Constance, dont ses familiers lui avaient fait remarquer les avantages. 11 parvint facilement à faire entrer dans ses vues les délégués du Pape.
D'ailleurs, ces prélats, comme la plupart de ceux qui étaient de l'entourage de Jean XXIII, n'avaient pour lui qu'une médiocre estime; ils étaient attachés à sa fortune plus qu'à sa personne, ils le supportaient sans l'aimer, ils entretenaient parfois correspondance avec ses rivaux et ils étaient prêts à tous les abandons. Pierre d'Ailly lui-même ne croyait pas à la bonne foi de Jean, qui avait cherché à se faire enlever par les troupes de Ladislas pour ne pas assister au concile qui se préparait'**.
Au fond, les cardinaux^ en général, désiraient se
A. Ces lettres ont été imprimées récemment par Palacky, Documenta MJag.. Hus,^. 512. — Cf.McRATOra, Rer. italie. Script., t. XIX, p. 928. 2. FiXKE, p. 182 et 34 i.
débarrasser, par n'importe quel moyen, de ce pontife compromis et compromettant *. Quand Jean XXIII apprit le choix fait par Sigismond et les légats , quand il vit ses propres desseins si ouvertement contrariés, il déplora amèrement sa faiblesse et ce qu'il nommait son aveuglement; il était trop tard : le chef de l'Empire pressait les événements et activait les négociations avec les rois catholiques ^.
Le 30 octobre 1413, il annonça à la chrétienté que, par suite d'une entente avec le Pape, un concile général s'ouvrirait à Constance le 1*" novembre de l'année suivante. 11 y assisterait en personne et il y invitait les prétendants et les princes.
Le roi de France, sincèrement attaché à Jean XXIII, se montra très froid dans sa réponse à Sigismond ^. 11 comprenait vaguement sans doute que le roi des Romains s'emparait d'un rôle que lui-même avait rempli jadis. Charles VI se borna d'abord à déclarer qu'il n'empêcherait personne de se rendre à Constance; plusr tard, il se décida à s'y faire représenter.
Le nouveau roi d'Aragon, Ferdinand, répondit au contraire avec énergie, et contesta vivement la supériorité que le roi des Romains s'attribuait sur lui^.
Le Pape, à qui Sigismond avait forcé la main, voulut en vain essayer quelque résistance. Vaincu par l'obstination du roi des Romains, intimidé par ses objur-
i. FiNKE, p. 345.
2. Ibid., p. 239 et suiv. — Léonard AnExiN, dans Mlratoki, t. XIX, t. 928.
3. Cf. VON DER Hardt, t. VI, p. 5. — AscHBACir, Gesch. K. Sigismund's, t. I, 373. — Chronic. Karoh VI, lib. XXXIV, c. 42. — Lesfast, Histoire du concile de Pise, t. II, p. 191.
4. Ces pièces ont été publiées pour la première fois par Doelusger en 1863, Geschichte des 15 und 10 Jahrhunderls, t. II, 8, 367-374. — Cf. Hefele, t. X, p. 323.
gâtions et ses reproches, il se résigna enfin à lancer de Lodi la bulle de convocation au concile [9 décembre 1413).
Cette résolution peu spontanée ne fut pas sans re-. grets. Quand la République fut proclamée à Rome, après la mort honteuse de Ladislas, le pontife voulait retourner dans sa capitale pour y rétablir son autorité, disait-il. 11 espérait peut-être échapper par ce moyen au concile qu'il redoutait et à la cession qu'il entrevoyait.
Les cardinaux s'opposèrent à ce voyage : ils parvinrent à lui faire espérer que l'assemblée de Constance ne durerait pas longtemps, qu'elle le confirmerait dans ses pouvoirs, et qu'il pourrait ensuite rentrer dans la ville éternelle avec une autorité plus grande que jamais^.
Toujours méfiant parce qu'il se savait légitimement soupçonné, Jean exigea des bourgeois de Constance des garanties nombreuses et solides pour la protection de sa personne. Comme les citoyens de la ville lui opposaient quelques difficultés, le Pape envoya Jean de Broigne, cardinal d'Ostie, pour les aplanir et pour y préparer son entrée solennelle.
Enfin, le l^"" octobre 1414, Jean partit de Bologne pour Constance. Il traversa le Tyrol et y rencontra Frédéric V, duc d'Autriche. Il se lia dès l'abord avec lui d'une amitié intéressée; il ne lui cacha pas ses craintes et ils conclurent ensemble une sorte de ligue défensive. Le Pape ne se sentait pas sans reproche, il n'était point sans peur, et il ne croyait pas devoir négliger une seule précaution pour assurer sa liberté au sein du concile. Ces appréhensions, dit-on, étaient
1. Gregouovics, Geschichte der Stadt Rom im Mitielalter, t. VI, p. 596 et suiv. — S. AsTosiN, Summa historialis, p. ni, lit. XXII, c. 6. — Finke, t. I, p. 237 et suiv.
partagées par son entourage. Son bouffon, faisant allusion à certain jeu de hasard et à la ville de Trente près de laquelle il se trouvait, lui dit un jour : « Père saint, qui passe Trente, perd ^. »
Nous avons vu à Constance même l'antique manuscrit du chanoine Ulrich de Richenthal sur le concile qui allait commencer. Ce volume est orné de gravures naïves et assez grossières. Dans l'une d'elles, le vieux chroniqueur représente Jean XXIII tombant de voiture dans les montagnes du Tyrol et s'écriant : Jaceo hic in nomine diaboli^. Une autre page le montre arrivant sur les bords du lac de Constance, découvrant la ville et disant : « C'est ici le piège où l'on prend les renards ^ ! »
Son audace ancienne avait fait place à je ne sais quel fatalisme qui paralysait chez lui toute pensée et toute force de résistance. Un jour, Barthélémy Valori lui disait de se mettre en garde contre les périls qu'il pourrait courir en assistant à un synode tenu dans une ville étrangère. « Je sais que îe concile de Constance ne sera pas pour moi, répondit le Pape ; mais que puisje y faire^ si ma destinée m'y mène '' ? »
Pendant qiie tous ces événements se déroulent dans la haute Italie et la basse Allemagne, le pape légitime Grégoire XII porte un peu partout, au hasard des
1. Lenfant, Histoire du concile de Constance, t. 1, 1. I, p. 19.
2. Une gravure semblable se trouve aussi dans le livre curieux qui porte le nom d'Heinrich Steyner et qui fut imprimé à Augsbourg en 1336. L'original d'Ulrich est conservé au musée Rosgarten à Constance, ainsi qu'un exemplaire de Steyner. Sur Richenthal, cf. Marmor, Bas Konzil zu Konstanz. (Constance, 1898.)
3. Cf. RicnENTHAt, p. 2'i. — Trithemius, Chronicum Birsaugiense, t. II, p. 336.
4. Vita di B. Valori, dan YArch. stor. ilal., t. IV, l»'^^ p., p. 262. — Cf. Pastor, Histoire des Papes, 1. 1, p. 203.
luttes politiques et religieuses, son errante souveraineté. Jamais peut-être le bon droit n'a été plus méconnu, la puissance spirituelle plus contestée, le pouvoir temporel plus méprisé.
Poursuivi par ses nombreux ennemis , le pontife passe de Gaëte en Dalmatie, de la Dalmatie à Césène et de Césène à Rimini où règne le fidèle Malatesta. 11 vient de refuser la pension de 50,000 florins que lui avait offerte Jean XXIII s'il voulait se désister ; il décline les invitations au futur concile que lui adresse le roi des Romains, mais consent pourtant à s'y faire ' représenter. Entouré de quelques cardinaux sûrs et prudents comme Condulmaro ^ et Dominici ^, convaincu que le concile ne sera légitime et ne deviendra œcuménique que par sa participation, il se résigne à attendre les événements, et à reparaître au moment le plus favorable pour rendre la paix à l'Église.
d. Ce cardinal était Vénitien de naissance et abbé commendataire de Saint-Georges le majeur. En 1431, il devint pape sous le nom d'Eugène IV.
2. Jean Dominici était né à Florence de parents d'humble condition. Il entra tout jeune dans l'ordx-e de Saint-Dominique; Il fut nommé par Grégoire XII archevêque de Raguse, et bientôt après cardinal (12 mai 1408). Aussi éloquent que pieux, et aussi savant que zélé, il joua un très grand rôle dans les événements qui vont suivre.