‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 16 sur 182 · MADAME D AIGUILLON · texte numérisé non relu

MADAME D AIGUILLON

Richelieu fut encore plus généreux, plus tendre aussi, pour une autre de ses nièces, la fille de sa

1. Charlotte de Montmorency : « M"** la Princesse est sanscivilité ». {Les Contreveriiez),

2. Peut-être à cause de ce mal, Voiture ne buvait que de Teau, alors que son père était marchand de vin. Dtnant un jour avec lui, le chansonnier Blot, bon vivant et grand <( biberon »^ lui décocha Timpromptu :

Ha ! Voilure, tu dégénères !

Retire-toi, si tu m'en crois ; Tu ne vaudras jamais ton père :

Tu ne vends de vin, ni n'en bois.

sœur Françoise ; j'ai nommé la célèbre Alarie- Magdeleine Vignerot du Pont-de-Courlay qu'il avait mariée, contre son gré, à Antoine de Beauvoir duRoure, sieur de Combalet* et qu'il fit plus lard duchesse d'Aiguillon.

Le cardinal fut d'autant plus attaché à M""* de Combalet qu'il l'avait tout d'abord sacrifiée à son ambition : elle avait été le gage de sa réconciliation avec M. de Luynes, parent du mari. Cette jeune et belle personne fut ainsi donnée par Tévêque de Luçon à un vilain homme, mal bâti, couperosé, grossier dans ses expansions conjugales ^ et qu'elle ne pouvait souffrir. Ils vécurent assez mal et l'on fit — sans aucune vraisemblance d'ailleurs — sur son nom « Marie de Vignerot » l'anagramme « Vierge de ton mari^ »; ils ne restèrent unis que quelques mois, Combalet ayant ou la galanterie de se faire tuer au siège de Monlauban (1621).

La jeune veuve n'avait nulle envie d'être sacrifiée de nouveau à la politique : une expérience lui avait suffi, et, dans son horreur du mariage, elle fit — un peu légèrement — le vœu de se faire carmélite. Dame d'atours de la reine par la grâce

1. Richelieu nomma le frère de M"» de Combalet général des galères ; mais ce neveu ne répondit pas à ses espérances : c'était un vrai benêt, bossu par surcroit. Ce Vignerot n'en fut pas moins la souche des ducs de Richelieu. La satire des Mil vers se moque •de lui et de sa bosse.

2. La satire des Mil vers le traite de mulet, et dans un sens bien peu flatteur.

3. Cet anagramme est de Dulot, un prêtre quelque peu fou et poète à ses heures, qui était attaché à l'archevêque de Rouen, Harlay de Chanvallon, premier de ce nom.

<lu cardinal, elle resta cepondant à la cour dégiiis(^e en vieille dévote et toute disposée à le devenir. Klle avait compté sans la fortune de son oncle qui la débarrassa de son vœu et de ses oripeaux surannés. Elle était alors dans tout Téclat de sa beauté et les prétendants accoururent : le comte de Bélhune, le comte de Sault vinrent papillonner autour d'elle, mais se brûlèrent les ailes; très fière, «lie les rebuta. Elle fut, à son tour, dédaignée : le jeune Louis de Bourbon comte de Soissons* ne lui aurait pas déplu : cette alliance eût — à tous points de vue — été à la convenance du Cardinal : M"* la comtesse de Soissons^, la mère, chapitrée par ses grands amis M"* et M. de Senncterre '^, y eût consenti; elle était toute conlite en attentions pour la jolie veuve ; mais elle dut compter avec son fils. Très hautain, très entiché de son rang, le comte de Soissons qui, de plus, détestait Richelieu et « refusa toujours de le subir », répondit sèchement : « que M""' de Combalet était veuve d'un trop mince gentilhomme alors qu'il était, lui, de la naissance la plus relevée qu'on puisse être ».

Un vaudeville, sans grand fondement du reste, semble la fiancer vaguement au vieux duc de

1. M. le Comte, disait-on tout court. De môme que le chef de l.i branche des Bourbon-Condé s'appelait M. le pnuce, le chef des Bourbons-Soissons s'appelait M. le comte. Cela datait des guerres de religion, où l'on avait pris l'habitude de distinguer ainsi ces deux maisons dont l'origine commune était Louis l"" de Condé.

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