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tout ce qu’elles ont, et perdent aussi gayement, et [| patiemment, quand la chance ne leur en dict 123 point, que s'ils n’auoient rien perdu, et en ay veu s’en retourner en leur village tous nuds, et chantans, apres auoir tout laissé aux nostres, et est arriué vne fois entre les autres, qu’vn Canadien perdit et sa femme et ses enfants au jeu contre un François, qui lui furent neantmoins rendus apres volontairement. |
Les hommes ne s’addonnent pas seulement au jeu de paille, nommé Aescara, qui sont trois ou quatre cens de petits joncs blancs egalement couppez, de la grandeur d’vn pied ou enuiron; mais aussi à plusieurs autres sortes de jeu; comme de prendre vne grande escuelle de bois, et dans icelle auoir cinq ou six noyaux ou petites boulettes un peu plattes, de la grosseur du bout du petit doigt, et peintes de noir d’vn costé, et blanches et jaunes de l’autre : et estans tous assis à terre en rond, à leur accoustumée, prennent tour à tour, selon qu'il eschet, cette escuelle, auec les deux mains, qu’ils esleuent vn peu de terre, et à mesme temps l'y reposent, et frappent un peu rudement, de sorte que ces boulettes sont contraintes de se remuer et sauter, et voyent comme au jeu [de dez, de quel costé elles se reposent, et si elles 124 font pour eux, pendant que celuy qui tient l’escuelle la frappe, et regarde à son jeu, il dit continuellement et sans intermission, Tet, tet, tet, tet, pensant que cela excite et faict bon jeu pour luy. Mais le jeu des femmes et filles, auquel s’entretiennent aussi par-fois des hommes et garcons auec elles, est particulierement auec cinq ou six noyaux, comme ceux de nos abri-
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cots, noirs d'vn costé, lesquels elles prennent auec la main, comme on faict les dez, puis les iettent vn peu en haut, et estans tombez sur vn cuir, ou peau estenduë contre terre exprez, elles voyent ce qui faict pour elles, et continuent à qui gaignera les colliers, oreillettes, ou autres bagatelles qu’elles ont, et non iamais aucune monnoye; car ils n’en ont nulle cognoissance ny vsage; ains mettent, donnent et eschangent vne chose pour vne autre, en tout le pays de nos Sauuages.
le ne puis obmettre aussi qu’ils pratiquent en quelques-vns de leurs villages, ce que nous appelons en France porter les momons : car ils deffient et inuitent les autres villes et villages de les venir voir, 125 joüer auec eux, etgaigner leurs || vstensilles s’il eschet et cependant les festins ne manquent point : car pour la moindre occasion la chaudiere est tousiours preste, et particulierement en hyuer, qui est le temps auquel principalement ils se festinent les vns les autres. Ils aiment la peinture et y reüsissent assez industrieusement, pour des personnes qui n'y ont point d’art ny d’instrumens propres, et font neantmoins des representations d'hommes, d'animaux, d’oyseaux et autres grotesques, tant en relief de pierres, bois et autres semblables matieres, qu'en platte peinture sur leurs corps, qu'ils font non pour idolatrer; mais pour se contenter la veuë, embellir leurs Calumets et Petunoirs, et pour orner le deuant de leurs Cabanes.
Pendant l’hyuer, du filet que les femmes et filles ont filé, ils font les rets et filets à pescher et prendre le poisson en esté, et mesme en hyuer sous la glace
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à la ligne, ou à la seine, par le moyen des trous qu’ils y font en plusieurs endroicts. Ils font aussi des flesches auec le cousteau, fort droictes et longues, et n’ayans point de cousteaux, ils se seruent de pierres trenchantes, et les empennent de plumes || de queuës et d’aisles d’Aigles, parce qu’elles sont fermes et se portent bien en lair; la poincte auec vne colle forte de poisson, ils y accommodent vne pierre acerée, ou vn os, ou des fers, que les François leur traictent. Ils font aussi des masses de bois pour la guerre, et des pauois qui couurent presque tout le corps, et auec des boyaux ils font des cordes d’arcs et des raquettes, pour aller sur la neige, au bois et à la chasse.
Ils font aussi des voyages par terre, aussi bien que par mer, et les riuieres, et entreprendront (chose incroyable) d’aller dix, vingt, trente et quarante lieuës par les bois, sans rencontrer ny sentiers ny Cabanes, et sans porter aucuns viures sinon du petun et vn fuzil, auec l’arc au poing, et le carquois sur le dos. S’ils sont pressez de la soif, et qu’ils n’ayent point d’eau, ils ont l’industrie de succer les arbres, particulierement les Fouteaux, d’où distile vne douce et fort agreable liqueur, comme nous faisions aussi, au temps que les arbres estoient en seue. Mais lors qu’ils entreprennent des voyages en pays loingtain, ils ne les font point pour l’ordinaire inconsiderément, et sans en auoir eu la || permission des Chefs, lesquels en va conseil particulier ont accoustumé d’ordonner tous les ans, la quantité des hommes qui doiuent partir de chaque ville ou village, pour ne les laisser desgarnis de gens de guerre, et quiconque voudroit