‹ Le grand voyage du pays des HuronsChapitre 44 sur 57 · ER TS · texte numérisé non relu

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mais; mais on les accommode à diuerses reprises, pour ce que ces piqueures leur causent de grandes douleurs et en tombent souuent malades, jusques à en auoir la fievre, et perdre l'appetit, et pour tout cela ils ne desistent point, et font continuer iusqu’à ce que tout soit acheué, et commeils le desirent, sans tesmoigner aucune impatience ou depit, dans l’excez de la douleur : et ce qui m’a plus faict admirer en cela, à esté de voir quelques femmes, mais peu, accommodées de la mesme façon. l’ai aussi veu des Sauuages d’vne autre Nation, qui auoient tous le milieu des narines percées, ausquelles pendoit vne assez grosse Patinotre bleuë, qui leur tombait sur la levre d'en haut.

Nos Sauuages croyaient au commencement que nous portions nos Chappelets à la ceinture pour parade, comme ils font leurs Pourceleines, mais sans comparai- || son ils faisoient fort-peu d’estat de nos Chappelets, disans qu’ils n’estoient que de bois, et que leur Pourceleine, qu’ils appellent Onocoirota, estoit de plus grande Dion

Ces Pourceleines sont des os de ces grandes coquilles de mer, qu’on appelle Vignols, semblables à des limaçons, lesquels ils decoupent en mille pièces, puis les Mient sur un graiz, les percent, et en font des coliers et brasselets, auec grand” peine et trauail, pour la dureté de ces os, qui sont toute autre chose que nostre yuoire, lequel ils n’estiment pas aussi à beaucoup prés de leur Pourceleine, qui est plus belle et blanche. Les Brasiliens en vsent aussi à se parer et attiffler comme eux.

l’auois à mon Chappelet vne petite teste de mort

en buys, de la grosseur d’vne noix, assez bien faicte, beaucoup d’entr’eux la croyaient auoir esté d’vn enfant viuans, non que ie leur persuadasse : mais leur simplicité leur faisoit croire ainsi, comme aux femmes de me demander à emprunter mon capuce et manteau en temps de pluye, ou pour aller à quelque

195 festin : mais elles me prioyent en vain, | comme il est aysé à croire. Pour nos Socquets ou Sandales, les Sauuagos et Sauuagesses les ont presque tous voulu esprouuer et chausser, tant ils les admiroient et trouuoient commodes, me disant apres, Auiel, Saracogna, Gabriel, fais-moy des souliers; mais il n’y auoit point d'apparence, et estoit hors de mon pouuoir de leur satisfaire en cela, n'ayant le temps, l’industrie, ny les outils propres : et de plus, si i’eusse vne fois commencé de leur en faire, ils ne m'eussent donné aucun relasche, ny temps de prier Dieu, et de croire qu'ils se fussent donné la peine d'apprendre, ils sont trop faineants et paresseux : car ils ne font rien du tout, que par la force de la necessité, et voudroient qu'on leur donnast les choses toutes faictes, sans auoir la peine d’y aider seulement du bout du doigt; comme nos Canadiens, qui ayment mieux se laisser mourir de faim, que de se donner la peine de cultiuer la terre, pour auoir du pain au temps de la necessité.

[| De leurs conseils et guerres.

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