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cident et proposent tout ce qui est des affaires de leur Republique, non par vn commandement absolu, comme jay dict; ains par supplications et remonstrances, et par la pluralité des voix qu'ils colligent, auec de petits fetus de joncs. Il y auoit à Quieunonascaran le grand Capitaine et chef de la Prouince des Ours, qu’ils appelloient Garihoùa andionxra, pour le distinguer des ordinaires de guerre, qu’ils appellent Garihoùa doutaguéta. Iceluy grand Capitaine de Prouince auoit encore d’autres Capitaines sous luy, tant de guerre que de police, par tous les autres bourgs et villages de sa Turisdiction, lesquels en chose de
198 || conséquence le mandoient et aduertissoient pour le bien du public, ou.de la Prouince : et en nostre bourg, qui estoit le lieu de sa residence ordinaire, il y auoit encore trois autres Capitaines, qui assistoient tousiours aux conseils auec les anciens du lieu, outre | son Assesseur et Lieutenant, qui en son absence, ou quand il n’y pouuoit vacquer, faisoit les cris et publications par la ville des choses necessaires et ordonnées. Et ce Garihoüa andionxra n’auoit pas si petite estime de luy-mesme, qu’il ne se voulust dire frere et cousin du Roy, et de mesme egalité, comme les deux doigts demonstratifs des mains qu'il nous monstroit ioints ensemble, en nous faisant cette ridicule et inepte comparaison.
Or quand ils veulent tenir conseil, c’est ordinairement dans la Cabane du Capitaine, chef et principal du lieu, sinon que pour quelque raison particuliere il soit trouué autrement expedient. Le cry et la publication du conseil ayant esté faicts, on dispose dans la Cabane, ou au lieu ordonné, vn grand feu, à
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lentour duquel s’assizent sur les nattes tous les Conseillers, en suite du grand Capitaine qui tient le premier rang, assis en tel endroict, que || de sa place 199 il peut voir tous ses Conseillers et assistans en face. Les femmes, filles et ieunes hommes n’y assistent point, si ce n’est en vn conseil general, où les ieunes hommes de vingt-cinq à trente ans peuuent assister, ce qu'ils cognoissent par vn cry particulier qui en est faict. Que si c’est vn conseil secret, ou pour machiner quelque trahison ou surprise en guerre, ils le tiennent seulement la nuict entre les principaux Conseillers, et n’en descouurent rien que la chose proiettée ne soit mise en effect, s’ils peuuent.
Estans donc tous assemblez, et la Cabane fermée, ils font tous vne longue pose auant que de parler, pour ne se precipiter point, tenans cependant tousiours leur Calumet en bouche, puis le Capitaine commence à haranguer en terme et parole hauts et intelligibles vn assez longtemps, sur la matiere qu’ils ont à traiter en ce conseil : ayant finy son discours, ceux qui ont à dire quelque chose, les vns apres les autres sans s’interrompre et en peu de mots, opinent et disent leurs raisons et aduis, qui sont par apres colligez auec des pailles ou petits ioncs, et là dessus est conclud ce qui est iugé expedient.
| Plus, ils font des assemblées generales, sçauoir 200 des regions loingtaines, d’où il vient chacun an vn Ambassadeur de chaque Prouince, au lieu destiné pour l'assemblée, où il se faict de grands festins et dances, et des presens mutuels qu’ils se font les vns les autres, et parmy toutes ces caresses, ces resiouyssances et ces accolades ils contractent amitié de nou-
ueau, et aduisent entr’eux du moyen de leur conseruation, et par quelle maniere ils pourront perdre et ruyner tous leurs ennemis communs : tout estant faict, et les conclusions prises, ils prennent congé, et chacun se retire en son quartier auec tout son train et equipage, qui est à la Lacedemonienne, vn à vn, deux à deux, trois à trois, ou gueres d’auantage.
Quant aux guerres qu’ils entreprennent, ou pour aller dans le pays des ennemis, ce seront deux ou trois des anciens, ou vaillans Capitaines, qui entreprendront cette conduite pour cette fois, et vont de village en village faire entendre leur volonté, donnant des presens à ceux desdits villages, pour les induire et tirer d’eux de l'ayde et du secours en leurs guerres, et par ainsi sont comme Generaux d’armées. | I en vint vn en nostre bourg, qui estoit vn grani vieillard, fort dispos, qui incitoit et encourageoit les ieunes hommes et les Capitaines de s’armer, et d’entreprendre la guerre contre la Nation des Aïtiuoindarons ; mais nous l'en blasmasmes fort, et dissuadasmes le peuple d’y entendre, pour le desastre et mal-heur ineuitable que cette guerre eust peu apporter en nos quartiers, et à l’aduancement de la gloire de Dieu.
Ces Capitaines ou Generaux d’armées ont le pouuoir, non seulement de designer les lieux, de donner quartier, et de ranger les bataillons; mais aussi de disposer des prisonniers en guerre, et de toute autre chose de plus grande consequence : il est vray qu'ils ne sont pas tousiours bien obeys de leurs soldats, en tant qu’eux-mesmes manquent souuent dans la bonne conduite, et celuy qui conduit mal, est sou-
uent mal suiuy. Car la fidele obeyssance des suiects depend de la suffisance de bien commander, du bon Prince, disoit Theopompus Roy de Sparte.
Pendant que nous estions là, le temps d’aller en guerre arriuant, vn ieune homme de nostre bourg, desireux d'honneur, || voulut luy seul, faire le festin de guerre, et deffrayer tous ses compagnons au iour de Passemblée generale, ce qui luy fut de grand coust et despence, aussi en fut-il grandement loüé et estimé : car le festin estoit de six grandes chaudieres, auéc quantité de grands poissons boucanez, sans les farines et les huiles pour les graisser.
On les mit sur le feu auant iour, en l’vne des plus grandes Cabanes du lieu, puis le conseil estant acheué, et les resolutions de guerre prises, ils entrerent tous au festin, commencerent à festiner , et firent les mesmes exercices militaires, les vns après les autres, comme ils ont accoustumé, pendant le festin, et apres auoir vuidé les chaudieres, et les complimens et remerciemens rendus, ils partirent, et s’en allerent au rendez-vous sur la frontiere, pour entrer és terres ennemies, sur lesquelles ils prindrent enuiron soixante de leurs ennemis, la pluspart desquels furent tuez sur les lieux, et les autre amenez en vie, et faits mourir aux Hurons, puis mangez en festin.
Leurs guerres ne sont proprement que des surprises et deceptions ; car tous les [ans au renouueau, et pendant tout l’esté, cinq ou six cens ieunes hommes Hurons, ou plus, s’en vont s’espandre dans vne contrée des Yroquois, se departent cinq ou six en vn endroict, cinq ou six en vn autre et autant en vn
autre, et se couchent sur le ventre par les champs et forests, et à costé des grands chemins et sentiers, et la nuict venuë ils rodent par tout, et entrent iusques dans les bourgs et villages, pour tascher d’atraper quelqu’vn, soit homme, femme ou enfant, et s’ils en prennent en vie, les emmenent en leur pays pour les faire mourir à petit feu, sinon apres leur auoir donné vn coup de massuë, ou tué à coups de flesches, ils en emportent la teste; que s’ils en estoient trop chargez, ils se contentent d’en emporter la peau auec sa cheuelure, qu’ils appellent Onontsira, les passent et les serrent pour en faire des trophées, et mettre en temps de guerre sur les pallissades ou murailles de leur ville, attachées au bout d’vne longue perche. Quand ils vont ainsi en guerre et en pays d’ennemis, pour leur viure ordinaire ils portent quant-eteux, chacun derriere son dos, vn sac plein de farine 204 de bled || rosty et grillé dans les cendres, qu'ils mangent cruë, et sans estre trempée, ou bien Hd cent vol auec vn peu d’eau chaude ou froide, et n’ont par ce moyen à faire de feu pour apprester leur manger, quoy qu’ils en fassent par-fois la nuict au fond des bois pour n’estre apperceus, et font durer cette farine iusqu’à leur retour, qui est enuiron de six semaines ou deux mois de temps : car apres ils viennent se rafraischir au pays, finissent la guerre pour ce coup, ou s’y en retournent encore auec d’autres prouisions. Que si les Chrestiens vsoient de telle sobrieté, ils pourroient entretenir de tres-puissantes armées auec peu de fraiz, et faire la guerre aux ennemis de l’Eglise, et du nom Chrestien, sans la foule du peuple, ny la ruyne du pays, et Dieu n’y seroit point
tant offencé, comme il est grandement, par la pluspart de nos soldats, qui semblent plustost (chez le bon homme) gens sans Dieu, que Chrestiens naiz pour le Ciel. Ces pauures Sauuages (à nostre confusion) se comportent ainsi modestement en guerre, sans incommoder personne, et s’entretiennent de leur propre et particulier moyen, sans autre gage ou esperance de recompense, que || de l’honneur et 205 loüange qu’ils estiment plus que tout l’or du monde. Il seroit aussi bien à desirer que lon semast de ce bled d'Inde par toutes les Prouinces de la France, pour l'entretien et nourriture des pauures qui y sont en abondance : car auec vn peu de ce bled ils se pourroient aussi facilement nourrir et entretenir que les Sauuages, qui sont de mesme nature que nous, et par ainsi ils ne souffriroient de disette, et ne seroient non plus contrains de courir mendians par les villes, bourgs et villages, comme ïls font iournellement pource qu’outre que ce bled nourrist et rassasie grandement , il porte presque toute sa sauce quant-etsoy, sans qu'il y soit besoin de viande, poisson, beurre, sel ou espice, si on ne veut.
Pour leurs armes, ils ont la Massuë et l’Arc, auec la Flesche empennée de plumes d’Aigles, comme les meilleures de toutes, et à faute d’icelles ils en prennent d’autres. [is y appliquent aussi fort proprement des pierres trenchantes collées au bois, auec vne colle de poisson tres-forte, et de ces Flesches ils en emplissent leur Carquois, qui est faict d’vne peau de chien passée, qu’ils portent en escharpe. Ils por- | tent 206 aussi de certaines armures et cuirasses, qu’ils appel-
ent Aquientor, sur leur dos, et contre les jambes, et
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autres parties du corps, pour se pouuoir defendre des coups de Flesches : car elles sont faictes à l’espreuue de ces pierres aiguës ; et non toutefois de nos fers de Kebec, quand la Flesche qui en est accommodée sort d’vn bras roide et puissant, comme est celuy d’vn Sauuage : ces cuirasses sont faictes auec des baguettes blanches, coupées de mesure, et serrées l’vne contre autre, tissuës et entrelassées de cordelettes, fort durement et proprement, puis la rondache ou pauois, et l’enseigne ou drappeau, qui est (pour le moins ceux que j’ay veus) vn morceau d’escorce rond, sur lequel les armoiries de leur ville ou prouince sont depeintes et attachées au bout d’une longue baguette, comme vne Cornette de caualerie. Nostre Chasuble à dire la saincte Messe, leur agreoit fort, et l’eussent bien desiré traiter de nous, pour le porter en guerre en guise d’enseigne, où pour mettre au haut de leurs murailles, attachée à vne longue perche, afin d’espouuenter leurs ennemis, disoient-ils.
207 Les Sauuages de l'Isle l’eussent encore || bien voulu
traiter au Cap de Massacre, ayans desia à cet effect, amassé sur le commun, enuiron quatre-vingts Castors : car ils le trouuoient non seulement tres-beau, pour estre d’vn excellent Damas incarnat, enrichy d’vn passement d’or (digne present de la Reyne), mais aussi pour la croyance qu’ils auoient qu’il leur causeroit du bon-heur et de la prosperité en toutes leurs entreprises et machines de guerre.
Comme l’on a de coustume sur mer, pour signe de guerre, ou de chastiment, mettre dehors en euidence le Pauillon rouge : Aussi nos Sauuages, non seulement és iours solennels et de resiouyssance, mais
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principalement quand ils vont à la guerre, ils portent
pour la plus-part à l’entour de la teste de certains :
pennaches en couronnes, et d’autres en moustaches, faicts de longs poils d’Eslan, peints en rouge comme escarlatte, et collez, ou autrement attachez à vne bande de cuir large de trois doigts. Depuis que nos François ont porté des lames d’espées en Canada, les Montagnets et Canadiens s’en seruent, tant à la chasse de l'Eslan, qu'aux guerres contre leurs ennemis, qu'ils sça- || uent droictement et roidement darder, emmanchées en de longs bois, comme demyespicques. |
Quand la guerre est declarée en vn pays on destruit tous les bourgs, hameaux, villes et villages frontieres, incapables d’arrester l’ennemy, sinon on les fortifie, et chacun se range dans les villes et lieux fortifiez de sa lurisdiction, où ils bastissent de nouuelles Cabanes pour leur demeure, à ce aydés par les habitans du lieu. Les Capitaines assistés de leurs Conseillers, trauaillent continuellement à ce qui est de leur conseruation, regardent s’il y a rien à adiouster à leurs fortifications pour s’y employer, font balayer et nettoyer les suyes et araignées de toutes les Cabanes, depeur du feu que l’ennemy y pourroit ietter par certains artifices qu’ils ont appris de ie ne sçay quelle autre Nation que l’on m'a autresfois nommée. Ils font porter sur les guerites des pierres et de l’eau pour s’en seruir dans l’occasion. Plusieurs font des trous, dans lesquels ils enferment cequ'ils ont de meilleur, et peur de surprise les Capitaines enuoyent des soldats pour descouurir l’ennemy, pendant qu'ils encou-
ragent les autres de faire des armes, || de se tenir 209
prests, et d’enfler leur courage, pour vaillamment et genereusement combattre, resister et se deffendre, si Pennemy vient à paroistre. Le mesme ordre s’obserue en toutes les autres villes et bourgs, iusqu’à ce qu'ils voyent l’ennemy s’estre attaché à quelques-vns, et alors la nuict à petit bruit vne quantité de soldats de toutes les villes voysines, s’il n’y a necessité d’vne plus grande armée, vont au secours, et s’enferment au dedans de celle qui est assiegée, la deffendent, font des sorties, dressent des embusches, s’attachent aux escarmouches, et combattent de toute leur puissance, pour le salut de la patrie, surmonter l’ennemy, et le deffaire du tout s'ils peuuent.
Pendant que nous estions à Quieunonascaran, nous vismes faire toutes les diligences susdites, tant en la fortification des places, apprests des armes, assemblées des gens de guerre, prouision de viures, qu’en toute autre chose necessaire pour soustenir vne grande guerre qui leur alloit tomber sur les bras de la part des Neutres, si le bon Dieu n’eust diuerty cet orage, et empesché ce mal-heur qui alloit menaçant nostre bourg d’vn premier || choc, et pout n’y estre pas pris des premiers, toutes Les nuicts nous barricadions nostre porte auec des grosses busches de bois de trauers, arrestées les vnes sur les autres, par le moyen de deux paux fichez en terre.
Or pour ce qu’vne telle guerre pouuoit grandement nuyre et empescher la conuersion et le salut de ce pauure peuple, et que les Neutres sont plus forts et en plus grand nombre que nos Hurons, qui ne peuuent faire qu’enuiron deux mille hommes de guerre, ou quelque peu d’auantage, et les autres cinq
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